L’abondance du saumon coho dans l’Alsek réjouit et inquiète

(Photo : Pêches et Océans Canada)
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Pour une deuxième année de suite, les saumons cohos abondent dans le bassin versant des rivières Alsek et Tatshenshini, qui traversent le sud-ouest du Yukon, incitant Ottawa à doubler les limites de pêche récréative. Le Sous-comité du saumon du Yukon s’en réjouit, mais s’inquiète des effets sur les autres saumons.
Le 9 octobre, Pêches et Océans Canada a fait passer la limite à quatre cohos par jour et à huit en possession. La veille, le comptage vidéo à la rivière Klukshu avait recensé un total de 5837 cohos, soit 45 % de plus que la moyenne sur 10 ans, avant de prendre fin alors que la montaison se poursuivait.
Pour Dennis Zimmermann, ces chiffres font d’abord plaisir. Il est président du Sous-comité du saumon du Yukon, un organisme consultatif public créé en 1995 en vertu de l’Accord-cadre définitif pour orienter la conservation et la gestion du saumon sur le territoire.
« C’est une bonne nouvelle. On n’en a pas beaucoup pour le saumon au Yukon ces temps-ci », souligne-t-il.
Il rappelle notamment le moratoire de sept ans sur la pêche du saumon quinnat dans le fleuve Yukon ainsi que les « sacrifices » consentis par les Premières Nations et les pêcheurs commerciaux et sportifs à l’échelle du territoire pour préserver ces poissons.
Selon lui, cette situation offre l’occasion de participer à une pêche au saumon et de garder celui-ci « dans le cœur et dans l’esprit des Yukonnais », mais aussi dans « leurs assiettes », une question de sécurité alimentaire, ajoute-t-il.
Des inquiétudes
Cette abondance suscite toutefois des inquiétudes.
Le coho arrive tard dans la saison, après le quinnat et le saumon rouge, deux espèces aux populations fragilisées et qui sont importantes pour la culture et la subsistance des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik.
L’aîné Koklux Chuck Hume, qui passe beaucoup de temps au village de Klukshu, un camp de pêche traditionnel situé à environ une heure au sud de Haines Junction, s’inquiète particulièrement du sort du quinnat.
Les saumons quinnats se font de plus en plus rares, et on voit pourquoi : les cohos frayent par-dessus les nids de quinnats et expulsent leurs œufs hors du nid.
Koklux Chuck Hume, aîné des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik et membre du Sous-comité du saumon du Yukon
Dennis Zimmermann partage ces inquiétudes et les étend au saumon rouge, dont les nids pourraient également être perturbés. « C’est une préoccupation pour nous, c’est sûr », dit-il, affirmant que « les cohos sont assez agressifs lorsqu’ils fraient. »
Chuck Hume croit que l’abondance du coho s’explique en partie par l’abandon de certaines pratiques traditionnelles. « Autrefois, notre peuple pêchait beaucoup de cohos, que l’on faisait sécher pour nourrir les chiens pendant l’hiver et pour se nourrir. Mais cela ne se fait plus vraiment aujourd’hui, on n’a plus de chiens à nourrir », indique-t-il.
Pour l’aîné, il faut réduire le nombre de cohos. « Le meilleur moyen est probablement par la pêche sportive.»
Dennis Zimmermann y voit aussi une occasion pour les pêcheurs récréatifs de « montrer leur engagement envers la conservation » en prélevant une partie des cohos, une solution « gagnant-gagnant ». Il rappelle toutefois que l’accès au secteur peut devenir difficile et dangereux si l’hiver arrive tôt.

« Aucune preuve »
Questionné sur les inquiétudes liées à la perturbation des frayères par le saumon coho, Pêches et Océans dit ne pas avoir de preuve. Le ministère, qui n’a pu offrir d’entrevue téléphonique, a répondu par écrit.
« Le ministère ne dispose d’aucune preuve permettant d’établir une corrélation entre l’abondance ou la survie du saumon coho, du saumon rouge et du saumon chinook dans la rivière Alsek », a indiqué Michelle Rainer, conseillère en communication dans un courriel. Le ministère a ajouté qu’il « ne dispose d’aucune preuve indiquant que les saumons coho adultes […], qui y sont présents depuis des milliers d’années, posent un risque quelconque pour l’écosystème naturel de ce cours d’eau. »
Selon les biologistes de Pêches et Océans Canada, l’abondance du coho vers le bassin versant de la rivière Alsek s’expliquerait « fort probablement » par des conditions favorables à la reproduction et à la croissance des saumons en eau douce, ainsi que par une alimentation propice dans le Pacifique Nord et le golfe d’Alaska au cours des trois dernières années.
Les comptages à la rivière Klukshu montrent une tendance à la hausse du coho depuis 1976, mais ils ne reflètent pas toute la population de l’Alsek, qui n’est pas estimée à l’échelle du bassin. Les comptages peuvent aussi être interrompus par la météo avant la fin de la migration, comme c’est le cas cette année.
Selon Pêches et Océans Canada, moins de 100 saumons cohos ont été conservés par les pêcheurs récréatifs sur les rivières Alsek et Tatshenshini en 2025.
Le ministère prévoit des prises de 100 à 150 poissons cette saison.
Dennis Zimmermann espère que les pêcheurs seront au rendez-vous. « Avoir la chance d’attraper un saumon au Yukon, au Canada, c’est vraiment quelque chose de spécial. »
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