Des jeunes du Nord poursuivent le gouvernement fédéral pour inaction climatique

Deux jeunes originaires du Nord sont parmi les 15 plaignants dans l’affaire La Rose c. Sa Majesté le roi, le premier procès constitutionnel sur le climat qui est entendu par une Cour fédérale à Vancouver.
Le groupe de jeunes de 17 à 26 ans, dont Kira Young et Leandrea Reeves, soutient que la législation fédérale et la tendance des gaz à effet de serre menacent gravement leurs droits fondamentaux. Le procès a commencé lundi.
Pagayer dans la fumée
Kira Young, qui vient de Yellowknife, a rejoint la poursuite judiciaire après l’évacuation de sa ville natale en raison d’un incendie de forêt en 2023.
L’événement lui a fait comprendre la vulnérabilité du Nord face aux changements climatiques.
« J’anticipais un certain deuil, non seulement pour ce qu’on a déjà perdu, mais aussi pour les pertes à venir. »
Elle a l’intention de raconter son récit sur cette expérience, ainsi que celui de son expédition en canot-camping lors d’un incendie forestier passé.
Il y a quelques années, la famille de Kira Young et des amis ont entrepris de naviguer sur la rivière Keele pendant deux semaines, pour atteindre le fleuve Mackenzie.
Ce périple restera gravé dans sa mémoire, tant pour sa beauté que pour la confrontation directe avec la dure réalité du changement climatique.
« La fumée devenait de plus en plus dense », se rappelle-t-elle. « Tout d’un coup, on ne voyait plus la rive opposée. »
Une menace à la culture autochtone
Leandrea Reeves est une membre de la Première Nation Tlingit de Taku River. Elle avoue tout de même ne pas avoir ressenti un profond sentiment d’appartenance à sa culture autochtone pendant son enfance, ce qu’elle attribue à la colonisation et à l’histoire des pensionnats.
Aujourd’hui, elle s’efforce de rétablir un lien avec son histoire.
Originaire de Whitehorse, elle poursuit des études pour devenir enseignante. Son travail à la Direction de l’éducation des Premières Nations du Yukon lui permet de perpétuer certaines traditions, comme la cueillette de baies, la chasse et le piégeage, des pratiques menacées de disparition en raison du changement climatique.
« Certaines des choses que nous cueillissions autrefois, on ne les trouve plus », affirme-t-elle, précisant que la faune est aussi touchée par les changements radicaux des saisons.
Leandrea Reeves prévoit de témoigner mardi au sujet de l’importance du territoire pour sa culture et ses traditions.
Le territoire s’occupe de nous. Si nous ne le choyons pas en retour, je ne pourrai plus poursuivre ces activités culturelles. C’est l’une de mes plus grandes craintes.
Leandrea Reeves
Le souhait des plaignantes
Leandrea Reeves s’implique dans cette poursuite depuis deux ans et souhaite que le gouvernement admette ses lacunes dans la lutte contre les changements climatiques.
Pour sa part, Kira Young sait parfaitement que le gouvernement ne peut pas revenir en arrière. Cependant, elle voit une occasion unique de limiter les conséquences à venir.
« On demande à la Cour fédérale de rendre un jugement exigeant que le gouvernement canadien mette en place un plan pour réduire les émissions de gaz à effet de serre conformément aux meilleures données scientifiques disponibles. »
L’affaire La Rose c. Sa Majesté le roi, entamée en 2019, a été initialement rejetée par un tribunal en 2020. Cependant, elle a été relancée à la suite d’une décision de la Cour d’appel en 2023. Le procès devrait s’étendre sur quatre semaines, et les plaidoiries finales devraient avoir lieu en février.
D’après un article de Liny Lamberink
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