L’Assemblée législative du Yukon comptera plus de femmes que d’hommes

Un texte de Marie-Soleil Desautels
Le 3 novembre, pour la première fois, les Yukonnais ont élu une Assemblée législative avec une majorité de femmes. Sur les 21 circonscriptions, 9 seront représentées par des hommes. Onze femmes et une personne non binaire seront députées, représentant en tout 57 % de la législature.
J’accueille cette nouvelle avec un grand sourire, dit Janny Gaspard, membre du conseil d’administration d’À voix égales, un organisme dédié à l’amélioration de la représentation des genres en politique au Canada.
Selon elle, avoir plus de diversité dans une assemblée conduit à des politiques publiques plus inclusives et mieux adaptées aux besoins de la population.
C’est une très bonne nouvelle pour la société en général, dit-elle.
C’est seulement la deuxième fois au Canada qu’une majorité de députées siégera dans une législature après des élections générales.
La première fois, c’était en Colombie-Britannique en 2024, avec 49 femmes députées sur 93 sièges, soit environ 52 %. En 2021, les Territoires du Nord-Ouest avaient obtenu une majorité de députées, mais c’était à la suite d’une élection partielle.
Le point de vue des femmes est différent, continue Mme Gaspard. Si une députée vit ou a vécu un enjeu, ou qu’elle a une mère, une sœur ou une voisine qui le vit, ça apporte une sensibilité accrue.
Linda Moen, élue pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) dans Mountainview, est l’une de ces nouvelles voix. Cette ancienne conseillère de la Première Nation Kwanlin Dün espère aussi porter celle des femmes autochtones.
Je suis vraiment heureuse de voir que les partis politiques font plus de place aux femmes, dit-elle, en ajoutant que la cheffe du parti lui a offert un soutien exceptionnel. Être élue en tant que femme autochtone envoie un message fort à travers le Canada, poursuit-elle.
Une majorité de candidates
Lors de la campagne électorale, 27 candidates se sont présentées sur les 61 personnes en lice, du jamais vu depuis au moins une décennie.
Sur les 21 circonscriptions électorales, trois d’entre elles n’avaient d’ailleurs que des candidates femmes. Yvonne Clarke, du Parti du Yukon, était l’une d’entre elles. Elle a été réélue, cette fois dans la nouvelle circonscription de Whistle Bend Nord.

Wow!, s’exclame Mme Clarke face à cette majorité de députées. Elle milite depuis des années pour une présence accrue de femmes en politique, notamment au sein du comité directeur canadien des Femmes parlementaires du Commonwealth.
Mme Clarke croit que cette majorité ne pourra pas être ignorée à l’Assemblée.
Quand les femmes vont dire quelque chose d’important, ce sera entendu, dit-elle.
La députée admet cependant qu’il y a « eu beaucoup d’explications condescendantes et paternalistes de la part d’hommes » durant ses quatre ans et demi dans l’opposition. L’Assemblée législative, à sa dissolution, comptait sept femmes et un député non binaire sur les 19 députés, soit 37 % de femmes.
Est-ce que d’avoir plus de femmes améliorera l’atmosphère? Janny Gaspard est optimiste.
Les femmes font la politique autrement, dit-elle. La partisanerie pourrait être mise de côté à certains moments pour le bien de tous.
Ça reste à voir
Pour la cheffe du NPD, Kate White, « ça reste à voir ». Membre de l’Assemblée législative depuis 2011, elle compte parmi les femmes ayant le plus d’ancienneté.
Bien qu’elle se dise très heureuse de cette majorité d’une importance « majeure », elle dit avoir connu du sexisme à l’Assemblée législative jusqu’à encore tout récemment et même durant la campagne électorale.
Je me suis fait dire que j’étais agressive durant la campagne, affirme-t-elle. Je ne pense pas qu’on aurait utilisé ce terme si j’étais un homme.
Mme Gaspard rappelle que le changement prend du temps à s’installer et que les femmes, entre elles, tendent aussi à être sévères.
Linda Moen espère qu’une certaine solidarité féminine prévaudra. Comme celle entre femmes autochtones.
Elle raconte d’ailleurs que, durant la soirée électorale, Margaret Commodore, ancienne députée du Yukon et première femme autochtone au Canada à être nommée à un poste au Cabinet, a tenu à lui dire que sa grand-mère a été l’une des premières personnes à la soutenir.
J’ai trouvé ça fantastique et merveilleux que ma grand-mère soit ainsi mentionnée. Et me voilà, toutes ces années plus tard, prenant ma place en tant que députée élue.
Toutes s’entendent sur une chose : il faut poursuivre le travail des femmes et soutenir celui d’organisations non gouvernementales. Et il faut aussi encourager d’autres femmes à se lancer.
C’est amusant et vous pouvez faire une différence, dit Yvonne Clarke. Allez-y!
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