Aux T.N.-O., la gestion complexe des polluants dans l’eau potable

Un texte de Mohamed-Amin Kehel
Durant la dernière année aux Territoires-du-Nord-Ouest (T.N.-O), de nombreuses écoles ont signalé des concentrations en plomb supérieures à la limite acceptable. Le plomb n’est néanmoins pas le seul polluant qui est surveillé par les autorités territoriales.
Pour remédier à la situation, un vaste programme de dépistage du plomb dans les écoles du territoire a été lancé en octobre 2025 par le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO).
Selon le site web du GTNO, 45 établissements ont été ciblés par ces analyses, et plus de 300 appareils doivent être remplacés ou modifiés.
Le plomb n’est cependant qu’une substance parmi d’autres que les autorités territoriales surveillent pour assurer la salubrité de l’eau potable.
En tout, 29 paramètres sont évalués, allant de la couleur de l’eau à son acidité en passant par la présence de polluants comme le mercure, l’uranium et le cyanure.
Le 14 avril dernier, la sénatrice des T.N.-O., Dawn Anderson, s’est levée à la Chambre pour mettre la lumière sur les défis liés à l’eau potable pour les Ténois (nouvelle fenêtre).
Elle a notamment commencé en soulignant la pollution au trihalométhane (THM) à Hay River, sur la rive sud du Grand lac des Esclaves.
À Hay River, le taux moyen de THM au cours de l’année écoulée a dépassé la limite nationale de 100 microgrammes par litre, a-t-elle mentionné.
En conséquence, la ville du Slave Sud a été sous le coup d’un avis concernant la qualité de l’eau potable entre novembre et février.<
Les THM, c’est quoi?
Les THM font partie de la catégorie des sous-produits de désinfection, des substances issues de l’interaction entre des matières organiques et le chlore, utilisé pour décontaminer l’eau.
Nous avons besoin de ce chlore comme décontaminant, explique Michael Swystun, agent d’écosalubrité au GTNO, pour être sûr d’éliminer les bactéries et les virus.
Leur découverte est toutefois récente, et leurs effets encore en partie méconnus.
Il a été découvert dans les années 70 que la désinfection de l’eau pouvait avoir des effets secondaires, rappelle Manuel Rodriguez, professeur à l’Université Laval en aménagement du territoire et titulaire de la chaire de recherche en eau potable.
« En général, les produits chimiques, comme les sous-produits de désinfection, sont associés à des risques chroniques, c’est-à-dire que les risques sont associés à une exposition pendant plusieurs années », affirme Manuel Rodriguez, professeur à l’Université Laval en aménagement du territoire et titulaire de la chaire de recherche en eau potable.
Le risque est réel s’il y a une exposition à long terme, donc, sur une durée de vie ou 70 ans, confirme Michael Swystun. En général, la science dit que ça peut être lié à un risque accru de cancer colorectal.
Le site web de Santé Canada apporte également une explication : Des études chez l’humain ont révélé des liens entre l’exposition aux THM dans l’eau potable et le cancer de la vessie.
Néanmoins, se passer de produits chlorés pour désinfecter l’eau n’est pas une option, puisque des bactéries comme des coliformes ou l’Escherichia coli représentent un risque plus imminent pour la santé.
Le fait de boire de l’eau potable contenant beaucoup de trihalométhane sur une très longue période pourrait provoquer le cancer, mais le fait de boire de l’eau non désinfectée avec du chlore pourrait s’avérer encore plus risqué pour la santé, explique le site web du GTNO.
Comment s’en protéger?
Les premières mesures à la disposition des autorités sont les tests réguliers pour surveiller la quantité de ces sous-produits de désinfection dans l’eau potable.
Chaque communauté a la responsabilité de récolter quatre échantillons de THM par an, explique Michael Swystun
Cette stratégie est en conformité avec les recommandations de Santé Canada, qui préconise sur son site au minimum une surveillance trimestrielle des THM.
Par la suite, si la concentration dépasse les seuils acceptables, les autorités territoriales lancent un avis de santé publique pour guider les populations concernées.
Si on a une situation avec un excès de THM, les filtres sont généralement la meilleure option, explique l’agent environnemental.
Il précise que les filtres avec la certification NSF sont ceux que recommande la santé publique ténoise.
La qualité des infrastructures de traitement d’eau joue aussi un rôle important pour réduire ces polluants.
Une usine qui est capable d’enlever davantage la matière organique va produire une eau qui va avoir moins de sous-produits de désinfection, explique Manuel Rodriguez.
L’ennui, c’est qu’une grande partie des installations d’épuration des Territoires du Nord-Ouest « ont été construites il y a 30 ou 40 ans, quand on n’en savait pas beaucoup au sujet des THM, affirme Michael Swystun ».
À Hay River, par ailleurs, le gouvernement fédéral a promis en avril 20 millions de dollars pour une nouvelle station de traitement des eaux usées.
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