Des chercheurs étudient des microbes mangeurs de pétrole au large de la baie d’Hudson

Une équipe composée de chercheurs de l’Université du Manitoba et de gardiens du savoir inuit utilisent les eaux de l’inlet Chesterfield, sur la rive ouest de la baie d’Hudson, comme laboratoire vivant pour étudier des microbes capables de se nourrir des résidus de pétrole dans l’océan.
Eric Collins, maître de conférences et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les services écosystémiques microbiens marins de l’Arctique à l’Université du Manitoba, indique que l’équipe de recherche a mis en évidence la capacité de ces microbes à consommer des combustibles fossiles.
Il précise que ces organismes pourraient également être utilisés pour repérer des marées noires.
Les recherches révèlent que les microbes sont sensibles aux températures. Ils se comportent différemment dans le Nord comparativement à des climats plus chauds, en raison de la basse température de l’océan, indique Eric Collins.
Il faut un mois aux microbes de l’Arctique pour commencer à consommer la même quantité de pétrole que celle que les microbes du golfe du Mexique commencent à consommer après deux semaines, ajoute-t-il.
Certains microbes peuvent être nuisibles lorsqu’ils favorisent la prolifération d’algues. Ils peuvent étouffer d’autres organismes aquatiques, mais ces variétés ne sont pas présentes dans la région, précise Eric Collins.
Tracer un lien entre la science et les savoirs traditionnels
L’initiative a démarré en 2022, sous le nom de projet Genice II, sous l’impulsion du Centre des sciences de l’observation de l’Université du Manitoba, à Winnipeg.
Les chercheurs allient la méthode scientifique aux connaissances traditionnelles inuit (Inuit Qaujimajatuqangit) pour, à terme, mieux connaître les communautés microbiennes présentes sous la glace.
Les scientifiques travaillent avec la Sapujiyiit Society, un groupe communautaire inuit de gardiens du savoir qui assure une surveillance environnementale menée par la communauté dans le hameau. Ils prélèvent des échantillons sur la glace.
Cette relation a été essentielle à la réussite de notre projet, indique le microbiologiste Eric Collins.
Les microbes étudiés par les chercheurs sont aussi à la base de la chaîne alimentaire marine. Ils se retrouvent dans la chair d’animaux à la base de l’alimentation de certains Inuit de la baie d’Hudson.
L’activité microbienne est essentielle pour le kiviaq (oiseaux marins fermentés) et le mikigaq (baleine fermentée), car elle fournit les nutriments et les vitamines nécessaires à la fermentation.
Pour les chercheurs, les échantillons de microbes collectés ces dernières années constituent des données de référence qui permettront de les comparer d’une année sur l’autre et d’identifier d’éventuelles variations de population.
De nouvelles espèces microbiennes ont également été découvertes au cours de ces travaux.
Les Inuit de tous les âges seront invités à proposer des noms inuktitut pour ces espèces en octobre, comme l’explique Nicole Wilson, professeure agrégée d’environnement et de géographie à l’Université du Manitoba.
Avec les informations de La Presse canadienne
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