Au Nunavik, une campagne électorale presque invisible

Au nord du 55e parallèle, peu d’éléments laissent entrevoir qu’une course à cinq partis est en cours pour élire le prochain gouvernement du Québec. Dans plusieurs villages du Nunavik, pas une seule affiche électorale n’était visible à un peu plus de trois semaines du scrutin.
Lors des dernières élections générales québécoises, en 2022, le taux de participation dans la circonscription d’Ungava s’élevait à 30,21 %, bien en deçà de la moyenne provinciale de 66,15 %.
Cette circonscription nordique est la plus vaste de la province, couvrant une superficie plus grande que celle de l’Alberta. Outre le Nunavik, elle comprend une vingtaine de municipalités peu peuplées, dont Chibougamau, Chapais et la région d’Eeyou Istchee de la Baie-James.
Selon les données compilées par Élections Québec, l’âge moyen des habitants de la circonscription est inférieur à 33 ans et plus des deux tiers d’entre eux s’identifient comme Autochtones.
Plusieurs résidents interrogés par La Presse canadienne lors d’un récent voyage au Nunavik ont déclaré ne pas savoir qu’une campagne provinciale était en cours et ne pas suivre, en général, la politique provinciale.
Les cinq principaux partis ont officiellement inscrit un candidat pour représenter la circonscription.
L’absence d’affiches électorales ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas de campagne dans le Nord, a déclaré la candidate libérale Sandrine Rioux dans un courriel. Pour rejoindre les électeurs, le parti prévoit diffuser des publicités sur les stations de radio du Nord, tout comme Québec solidaire et le Parti québécois.
Le Parti québécois a souligné que sa candidate, Sonia Caron, avait rencontré plusieurs organismes au Nunavik, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Mme Caron a déjà établi des liens solides avec les intervenants du Nord, ce qui lui permet d’adapter ses méthodes pour rejoindre les électeurs, notamment par téléphone ou par vidéoconférence, a écrit un porte-parole du parti par courriel.

Contrairement à Mme Caron, qui a été désignée en avril, le candidat de Québec solidaire, Antoine Côté, a été nommé tardivement. Pour cette raison, et vu la taille de la circonscription, aucune affiche électorale n’a été installée, a expliqué le parti dans un courriel. Toutefois, M. Côté poursuit tout de même sa campagne, a-t-il ajouté.
Nous proposons également beaucoup de contenu sur nos différentes pages pour tenter de susciter l’intérêt des gens envers nos idées, étant donné que de plus en plus de personnes consomment du contenu politique en ligne, a expliqué un porte-parole du parti.
Le Parti libéral prévoit également mener des campagnes numériques ciblées sur Facebook et Instagram, adaptées aux enjeux auxquels font face les différentes communautés de la circonscription.
Adapter la communication
Les réalités de la Jamésie, de l’Eeyou Istchee et du Nunavik sont différentes, et nos stratégies de communication doivent en tenir compte, a écrit Mme Rioux. Elle s’est engagée à ce que son premier déplacement officiel, si elle est élue, soit à Kuujjuaq, au Nunavik.
Les demandes adressées au Parti conservateur et à la Coalition avenir Québec concernant leurs candidats sont restées sans réponse.
Les chiffres recueillis au cours des deux dernières décennies montrent à quel point les communautés autochtones du Québec se sont largement détournées de la participation aux élections québécoises.
En mai, l’organisme provincial de surveillance électorale, Élections Québec, a publié des données indiquant que le taux de participation moyen aux élections provinciales dans les communautés autochtones du Québec s’élevait à environ 19 % entre 2007 et 2022, comparativement à près de 68 % à l’échelle de la province. Ces taux varient d’une communauté à l’autre.

Les changements climatiques et le logement
Malgré ce faible taux de participation, certains résidents ont exprimé de vives préoccupations quant aux enjeux auxquels font face leurs communautés.
Un vendredi matin au début de septembre, une vingtaine de résidents se sont rassemblés au centre communautaire de Puvirnituq, un village d’environ 2000 habitants situé au Nunavik, pour discuter et profiter d’un soleil exceptionnellement chaud pour la saison.
Les résidents affirment que les changements climatiques et le logement comptent parmi les préoccupations de la population locale.
Selon le recensement de 2021, le Nunavik comptait un peu plus de 14 000 résidents, avec un taux de croissance naturelle trois à quatre fois supérieur à la moyenne québécoise.
Une porte-parole d’Élections Québec a récemment déclaré que l’organisme ne menait pas de campagne visant à accroître la participation électorale dans les communautés autochtones, mais qu’il s’attachait plutôt à garantir l’accessibilité du vote.
Ces efforts comprennent l’envoi de documents trilingues contenant des renseignements sur le vote en français, en anglais et dans les langues locales aux boîtes postales des communautés inuit, cries et naskapies, a précisé la porte-parole Julie St-Arnaud-Drolet.
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