Les Noirs sont concernés par environ un quart (25 %) de tous les cas de l’Unité des enquêtes spéciales de la Police de Toronto entraînant la mort, des blessures graves ou des allégations d’agression sexuelle, selon le plus récent rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne. (Photo : stacey_newman/iStock)

À Toronto, les Noirs sont « disproportionnellement » arrêtés, inculpés et tués par la police

Le nouveau rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) confirme qu’à Toronto les Noirs sont plus susceptibles que les autres personnes d’être arrêtés et inculpés, de faire l’objet d’un usage excessif de la force et d’être frappés ou tués par la police, et de façon disproportionnée. 

« Le temps des débats sur l’existence d’un parti pris anti-noir est révolu. La CODP appelle le Service de police de Toronto, la Commission de services policiers de Toronto, la ville de Toronto et le gouvernement de l’Ontario à prendre des mesures immédiates pour lutter contre le racisme systémique et anti-noir dans les services de police et à respecter et protéger les Noirs de Toronto. Il est temps d’apporter des changements transformateurs dans les institutions et les systèmes d’application de la loi qui produisent des résultats aussi disparates. La confiance et la sécurité de la communauté, en particulier la sécurité des Noirs, en dépendent. »Ena Chadha, commissaire en chef intérimaire de la CODP.

Un impact disparate est le titre du deuxième rapport lié à l’enquête de la CODP sur le profilage et la discrimination raciale par le Service de police de Toronto.

Le document inclut deux sous-rapports du criminologue Scot Wortley. Il a analysé des données quantitatives du Service de police de Toronto de 2013 à 2017.

Parmi les conclusions, on retrouve que bien qu’ils ne représentent que 8,8 % de la population de la Ville Reine, les Noirs représentaient 32 % de toutes les accusations dans l’ensemble de données, alors que les Blancs et d’autres groupes racisés étaient sous-représentés.

Pas de surprise

Pour l’avocat Anthony Morgan, spécialiste en justice raciale et directeur de l’unité de lutte contre le racisme noir de la ville de Toronto,  les communautés noires et leurs alliés n’ont pas besoin d’un autre rapport montrant les problèmes systémiques du maintien de l’ordre à Toronto.

« Aucune des conclusions de ces rapports ne constitue un choc ou une véritable surprise. »l'avocat Anthony Morgan

Au contraire, a-t-il dit, ce rapport est destiné aux politiciens et aux personnes en position de pouvoir dans le système judiciaire, et il espère qu’il sera au coeur des discussions entre eux.

D’autres conclusions du rapport :

  • seulement un cinquième de toutes les accusations débouchait sur une condamnation, ce qui soulève des inquiétudes de nature systémique quant aux pratiques d’accusation;
  • les Noirs représentaient plus du tiers (34 %) des personnes accusées d’infractions de la route « non perceptibles », c’est-à-dire qui ne peuvent être confirmées qu’après que la police a observé l’origine ethnique du conducteur ou l’a interpellé et questionné;
  • les Noirs représentaient près de 4 personnes sur 10 (38 %) accusées de possession de cannabis, même si les taux de condamnation et de nombreuses études démontrent que les personnes noires consomment du cannabis à peu près dans les mêmes proportions que les personnes blanches;
  • les Noirs étaient concernés par environ un quart de tous les cas de l’Unité des enquêtes spéciales de la police de Toronto (UES) entraînant la mort, des blessures graves ou des allégations d’agression sexuelle.

En réponse au rapport, le maire de Toronto John Tory a annoncé qu’il mettrait en branle des « réformes radicales » au Service de police de Toronto​ « pour lutter contre le racisme systémique ».

Nous devons avoir un service de police qui travaille pour tout le monde et qui est bénéfique pour l’ensemble de nos communautés.John Tory, maire de Toronto

En juin, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans les plus grandes villes canadiennes pour dénoncer la violence raciste et l’impunité policière dans la foulée de la mort lundi dernier de George Floyd à Minneapolis aux États-Unis après qu’un policier blanc ait pressé son genou contre sa nuque. (Photo : Josie Desmarais/iStock)

Un fardeau disproportionné

Les résultats mis en lumière dans les rapports Disparité raciale dans les interpellations et les accusations et Recours à la force par le service de police : Rapport final sont « très inquiétants » selon la Commission et confirment ce que les communautés noires disent depuis des décennies, à savoir que les Noirs portent un fardeau disproportionné en matière d’application de la loi.

La CODP continue d’entendre les communautés noires de Toronto parler des effets néfastes du maintien de l’ordre, y compris des accusations excessives et du recours excessif à la force. Les données publiées aujourd’hui sont conformes aux préoccupations relatives au racisme systémique et aux préjugés anti-noirs au sein de la police, que nous entendons depuis plus de quatre décennies.Extrait du rapport de la Commission

Rappelons qu’en novembre 2017, la CODP a lancé une enquête publique sur le profilage racial et la discrimination raciale effectués par la police de Toronto contre des personnes noires. L’enquête avait pour but, selon la Commission elle-même, « de contribuer à instaurer un climat de confiance entre la police et les communautés noires ».

L’enquête devait déterminer les points problématiques et formuler des recommandations en vue de leur élimination. La prochaine étape de l’enquête consistera à rédiger un rapport final qui examinera la formation, les politiques, les procédures et les mécanismes de responsabilité.Extrait du rapport de la Commission

Un manifeste pour l’autonomisation des Noirs

Dans le contexte de la publication du rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne, l’écrivain et chercheur Errol A. Gibbs a écrit A Black Empowerment Manifesto (en anglais seulement), qu’il définit comme un appel à l’action pour aborder les questions relatives à l’autonomisation des Noirs afin « d’assurer l’avenir des prochaines générations des 30 prochaines années (2020-2050)».

M. Gibbs dit que l’inspiration pour son manifeste lui est venue après 50 ans d’observation des défis des Noirs en Amérique du Nord et dans le monde entier.

L’impact de la pandémie de COVID-19 a révélé la vulnérabilité sanitaire des personnes de couleur, en particulier des Noirs et des peuples autochtones. La mort de George Floyd, un Noir américain de 46 ans, à Minneapolis, dans le Minnesota, le 25 mai, lors d’une arrestation pour utilisation présumée d’un faux billet, a aggravé cet événement historique en ouvrant des fissures dans la division raciale entre Noirs et Blancs. Il a suscité une réaction sans précédent de la part de personnes de toutes les origines, couleurs, cultures et milieux sociaux et économiques. Ils sont descendus dans les rues pour manifester, dans le monde entier, y compris au Canada, dans ce que les observateurs du monde entier appellent des événements historiques.Errol A. Gibbs

Au mois de juin, peu après la mort de George Floyd, le premier ministre du Canada a dit que le racisme envers les Noirs existait aussi au pays.

Justin Trudeau a dit également entendre les inquiétudes, la colère et la peine des gens qui manifestent contre le racisme systémique au pays. « Le statu quo où les jeunes font face à la violence à cause de la couleur de leur peau est inacceptable », avait-il alors ajouté.

Le rapport final de toutes ces études inclura les résultats des entrevues menées auprès des membres de la communauté et de la police, de même que des recommandations adressées aux intervenants du milieu policier pour lutter contre la discrimination raciale.

Avec les informations de la Commission ontarienne des droits de la personne, CBC News, Radio-Canada, EMG Optimum Happiness Index (OHI) Project. 


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