Le programme de réduction du coût des aliments dans le Nord est jugé inefficace

Le montant de la subvention et le prix 4 litres de lait sont affichés dans cette épicerie d'Iqaluit en décembre 2014. (Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne)
Le montant de la subvention et le prix 4 litres de lait sont affichés dans cette épicerie d’Iqaluit en décembre 2014. (Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne)
Un programme fédéral de subvention visant à réduire les coûts astronomiques des produits alimentaires vendus dans les épiceries du Grand Nord canadien est jugé inefficace par une chercheuse, qui estime que plus d’aliments périmés se retrouvent sur les tablettes.

Une professeure agrégée de l’Université de Toronto, Tracey Galloway, croit que le programme Nutrition nord Canada (NNC) devrait inclure des prix plafonds obligatoires pour les produits de première nécessité.

Elle a présenté les conclusions de sa recherche, parues plus tôt ce mois-ci dans une publication scientifique, dimanche à Iqaluit.

Sans un plafond obligatoire, les détaillants ont la liberté d’établir les prix comme ils l’entendent, a-t-elle fait valoir, ajoutant n’avoir observé aucune baisse des prix.

Les prix des produits alimentaires vendus dans le Nord sont de deux à trois fois plus élevés que dans le sud du pays. Les raisins, par exemple, coûtaient récemment plus de 28 $ le kilo au Nunavut.

Insécurité alimentaire pour les trois quarts des élèves inuits du préscolaire

De tels prix sont source d’une importante insécurité alimentaire dans la région. En 2014, une nutritionniste du Nunavut évaluait que les trois quarts des élèves inuits de niveau préscolaire vivaient dans des foyers aux prises avec l’insécurité alimentaire. La moitié des jeunes âgés de 11 à 15 ans se couchent avec la faim au ventre, concluait-elle.

Le programme NNC auquel 77 millions de dollars ont été injectés a été lancé en 2011 pour remplacer l’ancien programme Aliments-poste. L’initiative a pour but de réduire les coûts des produits alimentaires en finançant l’expédition de ceux-ci dans 121 communautés disséminées sur les trois territoires canadiens ainsi que dans les régions nordiques des provinces.

Ottawa révise actuellement le programme NNC et a mené des rencontres publiques un peu partout dans le Nord.

Le gouvernement soutient que le prix du panier d’épicerie moyen d’une famille de quatre personnes a chuté d’environ 5 % de 2011 à 2015. Il avance par ailleurs que le poids des articles acceptés pour l’expédition a augmenté d’environ 25 %.

Tracy Galloway, professeure agrégée, Université de Toronto. (Elyse Skura/Radio-Canada)
Tracy Galloway, professeure agrégée, Université de Toronto. (Elyse Skura/Radio-Canada)

Or, Mme Galloway n’attribue pas la réduction des prix au programme NNC, mais au fait qu’il y a eu un écart entre la date d’entrée en vigueur du programme et la fin d’Aliments-poste.

La baisse reflète donc, selon elle, la différence de prix entre les aliments qui sont subventionnés et ceux qui ne le sont pas. Elle ne permettrait toutefois pas de comparer les effets des deux différentes mesures gouvernementales.

« Hier, je me suis rendue à l’épicerie pour acheter une soupe en canne. Quand j’ai regardé en dessous [j’ai remarqué] une date d’expiration qui remontait à 2015 », a par ailleurs raconté la chercheuse.

Les prix varient grandement d’une communauté à une autre, a-t-elle également relevé, citant à l’exemple Iglookik et Hall Beach, où Mme Galliway dit avoir remarqué un écart des prix de 10 %.

Les deux localités situées à 70 kilomètres l’une de l’autre sont desservies en denrées alimentaires par les mêmes avions, a-t-elle précisé.

Revoir la liste et y inclure les produits de première nécessité

Mme Galloway propose que la liste des articles inclus dans le programme NNC soit revue et que des plafonds soient établis pour les prix des produits de première nécessité.

Aucun porte-parole du ministère des Affaires autochtones et du Nord n’était disponible pour commenter l’étude de Mme Galloway, dimanche.

Les conclusions de la chercheuse font, en outre, écho à des critiques formulées par le passé par les Inuits.

« [Son étude] prouve au-delà de tout doute ce que nous dénonçons tous : le programme Nutrition Nord échoue », a dit le représentant de l’organisme Nunavut Tunngavik, James Arreak.

 

 

 

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