Ouest canadien: Le lien entre la fracturation hydraulique et les séismes en débat

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Un site de fracturation hydraulique près de Lost Hills, en Californie. (David McNew/Getty Images)
La communauté scientifique semblait unanime sur la question : la fracturation hydraulique cause la majorité des séismes qui surviennent dans l’Ouest canadien. Une nouvelle étude albertaine tend pourtant à nuancer cette assertion. Explications.

Les rapports sur le sujet ne manquent pas. En mars 2016, une étude parue dans la revue scientifique Seismological Research Letters rapportait que 60 % des tremblements de terre survenus dans le bassin sédimentaire de l’Ouest canadien seraient causés par les activités entourant la fracturation hydraulique.

La fracturation hydraulique, c’est quoi ?
La fracturation hydraulique est une technique qui consiste à injecter sous la terre un mélange d’eau et de produits chimiques à haute pression pour briser des couches rocheuses et permettre d’exploiter des gisements de gaz naturel ou de pétrole. Il s’agit d’une technique utilisée par l’industrie pour optimiser la récupération d’hydrocarbures dans les réservoirs.

Une nouvelle étude (en anglais) menée par Mirko van der Baan, professeur au département de physique à l’Université de l’Alberta et publiée début juin nuance ces résultats.

« En Alberta et en Colombie-Britannique, 99 % des puits qui ont connu une fracturation hydraulique n’ont pas eu de séisme associé à ça. Mais, maintenant on ne sait pas pourquoi 1 % des traitements a causé des anomalies », poursuit le chercheur.

Dans quelques régions, il y a une corrélation entre la fracturation hydraulique et le nombre de séismes. Mais c’est rare que ça déclenche un séisme de taille potentiellement endommageant

Mirko van der Baan, professeur au département de physique à l’Université de l’Alberta

L’étude entend procéder à une analyse plus globale de ces questions, en analysant les données sismiques de cinq États américains et les trois provinces canadiennes les plus à l’Ouest.

« Dans la plus grande partie des états et provinces, il n’y a pas eu d’augmentation du nombre de séismes par an, même s’il y a un changement dans la production qui a beaucoup augmenté », ajoute Mirko van der Baan.

Un financement privé et public

« Une bonne partie du financement de l’étude provient de compagnies pétrolières. Une autre partie du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada », admet le chercheur.

Le Microseismic Industry Consortium qu’il dirige est de fait en partie financé de pétrolières de diverses tailles.

La région de Fox Creek, au nord-ouest d’Edmonton, qui a connu ces dernières années une augmentation importante des séismes, fait ainsi l’objet de nombreuses analyses scientifiques. Une étude de l’Université de Calgary parue en novembre 2016 affirmait sans ambages : « La série de tremblement de terre [dans la région] démontre une corrélation spatiale et temporelle avec la fracturation hydraulique ».

La réglementation en Alberta
La réglementation albertaine oblige les sociétés qui utilisent la fracturation hydraulique comme technique d’extraction de surveiller l’activité sismique dans un rayon de cinq kilomètres de leurs puits. Si un événement sismique de magnitude supérieure ou égale à 4 est recensé, les opérations de fracturation hydraulique doivent cesser immédiatement. Leur reprise est conditionnée à l’obtention d’une approbation de l’Agence de la réglementation de l’Alberta.

Sur les 6 premiers mois de l’année 2017, 36 tremblements de terre de faible magnitude ont eu lieu dans la région de Fox Creek, soit 59 % du total sur la province, selon les données de Ressources naturelles Canada.

Les séismes ont-ils un lien avec les activités de fracturation hydraulique ? « Absolument », répond Ryan Barlett, porte-parole de l’agence de réglementation de l’énergie de l’Alberta.

Leur prolifération dans la région de Fox Creek ces dernières années est « imputable aux activités de fracturation hydraulique », poursuit-il, précisant toutefois que celles-ci n’avaient pas de conséquences sur les infrastructures et sur l’environnement ».

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