Vidéo d’un ours polaire affamé : les excuses de National Geographic négligent les Inuits et les peuples du Nord

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La vidéo virale d’un ours polaire squelettique et affamé, filmée au Nunavut (Nord canadien) par le groupe écologiste SeaLegacy, avait suscité la controverse après que National Geographic ait affirmé que le réchauffement climatique était la cause de l’état de l’animal. (Cristina Mittermeier/SeaLegacy)
Dans son numéro du mois d’août 2018, la revue National Geographic affirme être allée trop loin en établissant un lien définitif entre les changements climatiques et l’ours polaire squelettique et affamé d’une vidéo virale partagée en décembre dernier.

L’article, écrit par la cofondatrice de SeaLegacy et participante à la prise de photos et au tournage de la vidéo de l’ours polaire au Nunavut, Cristina Mittermeier, explique que même si l’objectif de ces images était de montrer le caractère urgent des changements climatiques, il était impossible de savoir exactement pourquoi l’ours était malade.

Perdre le contrôle du message

La cofondatrice de l’organisme basé à Qualicum Beach, sur l’île de Vancouver, affirme qu’elle et le cofondateur Paul Nicklen ont « perdu le contrôle du message ». Aucun des deux n’a affirmé que l’état de cet ours était lié aux seuls changements climatiques, raconte-t-elle, contrairement à National Geographic qui a repris la vidéo.

La revue avait sous-titré la vidéo ainsi : « Voici à quoi ressemblent les changements climatiques ».

Cristina Mittermeier précise toutefois que les ours polaires dépendent de la banquise pour chasser et qu’un Arctique qui se réchauffe rapidement signifie qu’au fil des ans, la banquise disparaît pour des périodes de temps de plus en plus grandes.

« Cela veut dire que plus d’ours polaires seront coincés sur terre, où ils ne peuvent pourchasser les phoques, les morses et les baleines qui sont leurs proies, et où ils vont lentement mourir de faim. »

Cristina Mittermeier, cofondatrice de SeaLegacy
Où sont les Inuits et les habitants du Nord dans cette discussion?

Après la publication de la vidéo en décembre dernier, des voix avaient contesté le lien établi par National Geographic entre l’ours affamé et les changements climatiques.

Leo Ikakhik, qui collabore avec des organisations comme le Fonds mondial pour la nature (WWF) pour surveiller les activités des ours polaires, notamment dans le but de diminuer leur mortalité, soupçonnait plutôt que la bête était malade ou qu’elle se remettait d’une ancienne blessure qui l’avait rendue incapable de chasser.

Selon lui, les Inuits sont conscients des impacts des changements climatiques, entre autres sur les habitudes alimentaires des ours.

Pour la mairesse d’Iqaluit, Madeleine Redfern, ce qui manque toujours dans l’article qui vient d’être publié, c’est le point de vue des Inuits. « C’est choquant que les Inuits et les habitants du Nord ont été exclus », affirme-t-elle.

Madeleine Redfern, mairesse d’Iqaluit (ville de l’est-Arctique canadien) avait critiqué la vidéo virale en décembre dernier. (Kieran Oudshoorn/Radio-Canada)
« Je comprends que l’Arctique est important pour les citoyens du monde, mais en même temps, nous devons nous assurer que les voix du Sud, ou le « complexe du sauveur blanc » fondé sur de la désinformation, ne dominent pas les récits nationaux et internationaux. » Madeleine Redfern, mairesse d'Iqaluit

La controverse autour de la vidéo de l’ours polaire n’est pas un cas unique, selon elle, ce qui lui fait dire que les organisations écologistes actives dans le nord devraient compter plus de membres inuits dans leurs rangs.

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