Deuxième journée d’audiences de l’enquête nationale sur les violences contre les femmes autochtones, dans le Nord du Canada

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Les trois témoins Inukshuk Aksalnik, Hagar Idlout-Sudlovenick et Elisapi Davidee-Aningmiuq, qui sont présentes depuis lundi pour les audiences publiques de la Commission de l’ENFFADA, ont formulé leurs recommandations aux commissaires. De gauche à droite: Christa Big Canoe, Inukshuk Aksalnik, Hagar Idlout-Sudlovenick, Elisapi Davidee-Aningmiuq et Lillian Lundrigan. (Garrett Hinchey/CBC)
La commission chargée de l’enquête canadienne sur les violences contre les femmes autochtones a tenu sa deuxième journée d’audiences publiques à Iqaluit, au Nunavut. Les témoins ont évoqué les conséquences de la pénurie de logements, la nécessité de mettre en valeur la langue des Inuits et l’importance de soutenir les organismes culturels et communautaires.

Les témoins Elisapi Davidee-Aningmiuq, Inukshuk Asalnik et Hagar Idlout-Sudlovenick ont été reçues devant les commissaires pour une deuxième journée consécutive, cette fois dans le cadre d’un contre-interrogatoire. Elles leur ont par ailleurs émis des recommandations au sujet des relations interculturelles entre les Inuits et le gouvernement fédéral.

« Nous croyons qu’il serait important que la [Gendarmerie royale du Canada] mène une enquête interne pour s’examiner et examiner leur façon de traiter les peuples autochtones [et] les Inuits. »

Inukshuk Aksalnik, témoin et membre de la Qikiqtani Inuit Association

La coordinatrice de programmes au Centre communautaire Tukisigiarvik d’Iqaluit, Elisapi Davidee-Aningmiuq a pour sa part demandé qu’un meilleur soutien soit offert aux organismes qui travaillent directement auprès des communautés, puisqu’ils permettent selon elle de renforcer la sécurité des femmes.  « Bien souvent, elles ont honte de demander de l’aide, a-t-elle mentionné. C’est très important que les centres puissent offrir un lieu où les gens peuvent se confier en toute confidentialité. »

« Apprendre d’une activité culturelle, c’est très thérapeutique. »

Elisapi Davidee-Aningmiuq, témoin

La médecin métisse Janet Smylie, qui a travaillé pendant 25 ans auprès de groupes autochtones et de communautés éloignées, a par ailleurs abordé la question de la dichotomie entre la recherche scientifique et le savoir traditionnel autochtone. Selon elle, les deux systèmes de connaissances auraient tout intérêt à apprendre l’un de l’autre. Elle a aussi insisté sur l’importance de la prise en charge par les Autochtones de leurs propres soins de santé. « Si nous étions responsables de notre bien-être, les choses iraient mieux », a ajouté la médecin.

La médecin métisse Janet Smylie (à gauche) a émis des recommandations aux commissaires de la Commission de l’ENFFADA. Elle a notamment suggéré que les différents paliers de gouvernements lancent un programme national pour supporter les familles autochtones et renforcer les communautés. (Garrett Hinchey/CBC)
Les retombées de la crise du logement

Le Nunavut, le territoire le plus septentrional du Canada, fait face à une importante pénurie de logements et un taux record de surpeuplement depuis les dernières années. En 2016, 39% des résidents de ce territoire éprouvaient des besoins impérieux en matière de logement, selon la Société d’habitation du Nunavut.

« La construction de logements est coûteuse dans cette région, et encore plus dans les communautés isolées. »

Hagar Idlout-Sudlovenick, témoin et membre de la Qikiqtani Inuit Association

Selon Hagar Idlout-Sudlovenick, plusieurs personnes ne possèdent pas leur propre logement, mais elles sont plutôt hébergées chez des membres de leur famille à court ou moyen terme. « Il y a une sorte d’itinérance cachée », a-t-elle souligné.

La témoin a aussi rappelé que la pénurie de logements avait une incidence sur la santé mentale des résidents et sur les éclosions de tuberculose, une maladie infectieuse qui a refait surface il y a une dizaine d’années dans le Nord du Canada.

Mettre en valeur la langue

« Encore aujourd’hui, il y a une barrière langagière entre les professionnels de la santé et les Inuits », a déploré Hagar Idlout-Sudlovenick.

Elisapi Davidee-Aningmiuq croit que mettre davantage en valeur l’inuktitut, la langue des Inuits, renforcerait l’identité des communautés et contribuerait davantage au processus de guérison.

« C’est important pour nous d’être compris plutôt que d’avoir à comprendre les autres. »

Elisapi Davidee-Aningmiuq, témoin
Elisapi Davidee-Aningmiuq (à droite) à reçu une Médaille polaire en 2016 pour avoir aidé des Inuits à renouer avec leur culture. Elle travaille aujourd’hui au Centre communautaire Tukisigiarvik qui offre un soutien aux familles dans le besoin. (Garrett Hinchey/CBC)
Quatre jours d’audiences publiques à Iqaluit

Jusqu’à jeudi, les commissaires Michèle Audette, Marion Buller, Qajaq Robinson et Brian Eyolfson reçoivent des experts, dont des représentants d’organisations inuites et de groupes culturels. Les familles et les survivantes ne figurent pas parmi les témoins à ces audiences publiques.

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a été lancée afin d’identifier les causes systémiques de la violence envers les femmes autochtones. Depuis l’automne 2016, plus de 1270 survivantes et familles ont livré des témoignages aux commissaires.

D’ici le mois d’octobre, la Commission de l’ENFFADA tiendra ses dernières audiences publiques dans les capitales du Nunavut, du Québec, du Manitoba et de Terre-Neuve-et-Labrador. Il sera question de violence coloniale, de soutien aux familles, de protection de l’enfance et d’exploitation sexuelle.

En juin, l’ENFFADA a obtenu du gouvernement canadien une prolongation de six mois de son mandat. Les quatre commissaires ont jusqu’au 31 décembre pour entendre les témoignages d’autres familles et survivantes. Le rapport final doit quant à lui être déposé d’ici le 30 avril 2019.

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