Nouvelle région dans l’Arctique canadien : la nation dénée se plaint d’être exclue

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Le chef national de la nation dénée, Norman Yakeleya. (Kirsten Murphy/Radio-Canada)
Le gouvernement fédéral omet de consulter la nation autochtone dénée dans la création d’une nouvelle région administrative nordique.

La création d’une nouvelle région administrative et opérationnelle par Pêches, Océans (MPO) et la Garde côtière Canada (GCC) suscite l’indignation du chef de la nation dénée, Norman Yakeleya, dont le peuple n’a pas été consulté.

Le 24 octobre dernier, le ministre de MPO et de GCC, Jonathan Wilkinson, et le président d’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), Natan Obed, annonçaient la création d’une région administrative autonome de l’Arctique, incluant les quatre régions de l’Inuit Nunangat située dans les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Québec et Terre- Neuve-et-Labrador.

La création de cette région, qui a pour objectif de faciliter la participation des habitants du Nord aux décisions, va de pair avec la création d’un bureau de Pêches et Océans à Rankin Inlet, au Nunavut, et d’un bureau de la Garde côtière à Yellowknife, capitale des Territoires du Nord-Ouest.

« Je ne sais pas pourquoi ils nous ont laissés hors du processus alors que le Traité 11 s’étend jusqu’à l’Arctique », interroge le Chef de la Nation dénée Norman Yakeleya. Nous sommes sur des cours d’eau majeurs avec le Mackenzie, le grand lac des Esclaves et le grand lac de l’Ours. Nous sommes perplexes devant les intentions du gouvernement quant à la réconciliation avec les peuples autochtones. Nous voulons faire partie des décisions de cogestion. »

Considérant que le gouvernement a négligé un partenaire primordial dans les prises de décisions, M. Yakeleya a l’intention d’amener le dossier devant les cinq Grands Chefs dénés, pour savoir de quelle façon ils veulent qu’il tente de résoudre ce problème.

La réponse du gouvernement

En réponse aux critiques de la Nation dénée, l’attaché de presse de Pêches, Océans et Garde côtière Canada, Jocelyn Lubczuk, fait savoir à l’Aquilon que l’annonce de la création de la nouvelle région était une première étape et que les communautés, les organisations et les individus autochtones seront consultés.

« Nous nous sommes engagés à travailler avec les collectivités du Nord pour veiller à ce qu’elles participent au processus décisionnel concernant leurs ressources et leur environnement », écrit- il. « […] Une décision sur les limites de la nouvelle région sera prise en consultation avec les dirigeants de l’Arctique et sera mise en œuvre par étapes.

Les représentants présents à l’annonce, de gauche à droite: la présidente de Nunavut Tunngavik Inc., Aluki Kotierk; le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed; le nouveau directeur régional du ministère des Pêches et des Océans, Gabriel Nirlungayuk; le commissaire adjoint de la Garde côtière, Neil O’Rourke; le premier ministre nunavutois, Joe Savikataaq, et le ministre canadien des Pêches et des Océans, Jonathan Wilkinson. (Sara Frizzell/Radio-Canada)
Se rapprocher des gens du Nord

Le commissaire adjoint Neil O’Rourke dirigera le nouveau centre de la Garde côtière canadienne à Yellowknife à partir du 1er décembre. Ce n’est pas situé dans l’Inuit Nunangat mais la localisation a été choisie en fonction des facilités de transport et de la présence dans la capitale ténoise d’autres agences fédérales et de la Force opérationnelle interarmées Nord. De plus, le territoire desservi inclut pour l’instant le système navigable de l’Arctique, explique M. O’Rourke, dont le fleuve Mackenzie et la baie d’Hudson.

Le gouvernement fédéral a demandé au ministère MPO et à la GCC de se rapprocher des gens du Nord — pas exclusivement des Inuits, contrairement à ce que le communiqué fédéral laisse croire — et de créer une nouvelle gouvernance permettant une prise de décision continue.

« Nous cherchons le modèle, explique Neil O’Rourke, nous n’avons pas de mécanisme de gouvernance préétabli. » Auparavant, l’Arctique était divisé entre différentes régions, administratives pour Pêches et Océans, opérationnelles pour la Garde côtière.

Création de postes

La création d’une nouvelle région s’explique aussi par l’augmentation des activités dans ses frontières.

« Il y a eu une croissance du trafic maritime de 20 % dans les cinq dernières années, note le commissaire adjoint. Avec les bateaux qui fournissent les collectivités, les croisières, la croissance de l’industrie, dont la mine Baffinland, le Nord devient de plus en plus intéressant pour plusieurs pays. Nous assurons la sûreté maritime et la protection de l’environnement, c’est très important de comprendre les gestes, ce que les collectivités veulent voir en réaction de ces développements, et de travailler avec tous les partenaires. Nous essayons de garder un œil sur les intérêts de tout le monde. »

Le nouveau bureau de la garde côtière à Yellowknife sera afférent à celui de Pêches et Océans Canada et abritera une petite équipe. M. O’Rourke explique que différents postes sont à combler, des fonctionnaires, des ressources humaines, mais aussi des emplois plus opérationnels. « Il y aura de l’embauche à Yellowknife, dit-il, mais nous cherchons aussi à décentraliser l’emploi dans les collectivités.»

La Garde Côtière cherche à embaucher davantage d’Autochtones et de gens du Nord pour travailler dans la flotte, et est en contact étroit avec le Collège de l’Arctique (Nunavut) et le Centre de formation maritime.

Les employés de la base opérationnelle de la Garde à Hay River demeureront en poste au sud du Grand Lac des Esclaves, dans le sud du territoire.

Impliquer les communautés

L’annonce de la création de la nouvelle région a été faite le 24 octobre à Iqaluit (Nunavut) et à Inuvik (nord des T.N.-O.). Dans cette dernière ville, la Société régionale inuvialuit (SRI) a signifié son support à la démarche. La SRI fait déjà partie du projet pilote de l’Initiative de connaissance améliorée de la situation maritime; c’est dans ce cadre que Tuktoyaktuk (nord des T.N.-O.) participera à l’évaluation de nouveaux systèmes d’information sur la circulation maritime. Ulukhaktok (nord des T.N.-O.) a été une des quatre collectivités choisies pour acheter des bateaux de sauvetage.

« La Société Régionale Inuvialuit reconnait le caractère positif de ces gestes pour s’assurer que les Inuits sont impliqués dans la prise de décision », a fait savoir par voie de communiqué le président et directeur général de la SRI, Duane Ningaqsiq Smith. « Nous devons travailler ensemble au développement de corridors de transport à travers le territoire de la SRI et l’Inuit Nunangat. En même temps, nous devons protéger les écosystèmes sensibles et nos sites culturels. »

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Denis Lord, L'Aquilon

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