Agressions sexuelles sur des enfants : l’organisme représentant les Inuits du Canada tient une conférence

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« Même s’il y a des choses qui sont inhérentes à nos vies, ça ne veut pas dire que nous allons continuer de vivre dans la dysfonction, que nous allons mourir par suicide, a mentionné le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed. Il y a des choses que nous pouvons faire, et les communautés sont là pour nous soutenir. » (Sean Kilpatrick/La Presse canadienne)
Une grande partie des suicides chez les Inuits concernent des personnes qui ont été victimes de maltraitance ou de violences sexuelles durant leur enfance. C’est ce qu’a fait remarquer l’organisme qui représente les Inuits du Canada, l’Inuit Tapiriit Kanatami, lors d’un forum sur la prévention des agressions sexuelles commises sur des enfants provenant des quatre régions de l’Inuit Nunangat, où se trouvent les communautés inuites du pays.

Le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed, s’est donné comme objectif de redoubler d’efforts pour endiguer ce fléau, qu’il a qualifié d’« impératif moral ».

Près d’une centaine de chercheurs, de professionnels de la santé et des victimes d’agressions sexuelles étaient réunis mardi et mercredi à Ottawa afin de discuter d’initiatives pour prévenir les agressions sexuelles commises sur des enfants.

Parmi les participants venus de plusieurs régions inuites – dont le Nunavut, le Nunavik et le Nunatsiavut – figurait la chanteuse Susan Aglukark, qui a livré un témoignage sur les violences sexuelles qu’elle a subies durant son enfance. En février, celle qui a reçu trois prix Juno et l’Ordre du Canada a d’ailleurs pris part aux audiences de l’Enquête nationale sur les filles et les femmes autochtones disparues et assassinées à Rankin Inlet, au Nunavut.

La conférence sur la prévention des agressions sexuelles commises sur des enfants s’est amorcée mardi avec une prestation de la chanteuse inuite Susan Aglukark, qui est originaire du village nordique d’Arviat, au Nunavut. (Amanda Pfeffer/CBC)

L’événement était organisé dans le cadre de la Journée mondiale de l’enfance, qui a lieu chaque année le 20 novembre. Il découle aussi de la Stratégie nationale de prévention du suicide chez les jeunes Autochtones, qui a établi en 2016 une corrélation entre les agressions sexuelles commises sur des enfants et le suicide.

« Ce problème va à l’encontre de qui nous sommes »

« L’amour que nous portons à nos enfants est l’une des premières choses que nous valorisons dans nos sociétés inuites, a souligné Natan Obed. [Mais] ce problème va à l’encontre de qui nous sommes. »

Le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami s’est dit désolé de constater que les proportions d’enfants agressés sexuellement contredisaient cette vision. « Nous insistons sur l’importance des liens forts que nous entretenons dans nos communautés et comment nous nous préoccupons des personnes dans le besoin », a-t-il ajouté.

L’événement de deux jours a surtout mis l’accent sur l‘impact des agressions sexuelles sur le développement de l’enfant.

« Les études ont montré que la maltraitance des enfants a de nombreuses répercussions sur leur futur. Le suicide, les problèmes de santé mentale, l’alcoolisme et l’obésité en sont des exemples. »

Natan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami

De 2004 à 2008, les taux de suicide étaient jusqu’à 30 fois plus élevés chez les enfants et les adolescents de l’Inuit Nunangat que chez ceux du reste du Canada, selon Statistique Canada.

L’Enquête auprès des peuples autochtones de 2012 a révélé que 23,5 % des Inuits avaient déjà eu des pensées suicidaires.

Le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami reconnaît que le fléau des agressions sexuelles est encore tabou dans bien des communautés inuites, mais il reste optimiste et déterminé à changer les choses. « Nous sommes parmi les personnes les plus résilientes du monde; nous n’avons qu’à regarder ce que nous avons traversé et la vivacité de notre société aujourd’hui », a-t-il mentionné.

Plusieurs initiatives existantes ont aussi été abordées durant l’événement, dont le programme « Good Touch/Bad Touch », mis en place par la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, dans la Nord québécois, pour apprendre aux enfants à reconnaître des signes de violence.

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