Opposition inuite à la loi canadienne sur les langues autochtones

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Hunter Tootoo, député indépendant, s’est opposé au projet de loi C-91. (Adrian Wyld/La Presse canadienne)
Le député fédéral indépendant du Nunavut Hunter Tootoo a présenté une position discordante mercredi lors de la deuxième lecture au parlement de la Loi sur les langues autochtones.

Hunter Tootoo a été en fait le seul député à voter contre le projet de loi C-91.

Le député inuit, de concert avec les opinions de l’organisation inuite Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), affirme que la loi dans sa structure actuelle n’offre pas la protection que nécessite l’inuktitut. Il demande à ce que des modifications soient apportées au projet en collaboration avec les représentants inuits.

La loi prévoit entre autres la création d’un bureau des langues autochtones dirigé par un commissaire indépendant avec un mandat de cinq ans.

Citant le président de l’ITK Natan Obed, le député Tootoo a affirmé en chambre que « contrairement aux commissaires aux langues des provinces et territoires, ce commissaire national aux langues autochtones serait essentiellement un groupe de lobby sans réel pouvoir, et contrôlé par le fédéral ».

Une question de sécurité

Le directeur des langues officielles du gouvernement du Nunavut, Stéphane Cloutier, affirme que le territoire ne demande pas d’Ottawa qu’il offre des services en inuktitut partout au pays, mais qu’au Nunavut, les services du fédéral soient assurés dans cette langue. L’idée, dit-il, est de donner aux Inuits un statut de « Canadiens à part entière ».

Le directeur des langues officielles au ministère de la Culture et du Patrimoine du Nunavut, Stéphane Cloutier, soutient que le statut de l’inuktitut au territoire est un modèle pour le pays. (Claudiane Samson/Radio-Canada)
« Il y a des cas qui ont été documentés dans les nouvelles par exemple, où des accidents ont été causés par un manque de services en langue inuite. Par exemple, avec la Garde côtière, où quelqu’un a un accident et ne parle qu’en inuktitut à la radio et personne ne parle l’inuktitut du côté de la Garde côtière. Un accident ou des pertes de vie, c’est inacceptable. »

Stéphane Cloutier, directeur des langues officielles du Nunavut

Le Sénat a d’ailleurs recommandé l’an dernier dans son rapport sur l’Arctique l’embauche de locuteurs en inuktitut au sein des effectifs de la Garde côtière au Nunavut.

M. Cloutier soutient que le plus récent territoire canadien a établi un « standard élevé » en ce qui a trait aux langues officielles, en reconnaissant sur un même pied d’égalité l’inuktitut, l’anglais et le français, ce qui donne « au Nunavut un statut particulier au sein de la confédération ».

« On n’est pas un groupe dans une autre province, on est un territoire, on a un gouvernement, on fait partie de la confédération. On est donc une réalité qui est toute autre que l’anglais et le français. »

Financement de l’enseignement des langues autochtones
L’école primaire Nakasuk au centre-ville d’Iqaluit accueille environ 250 élèves. (Claudiane Samson/Radio-Canada)

Hunter Tootoo, qui dit avoir lui-même perdu l’usage de l’inuktitut, a par ailleurs exprimé sa déception à l’égard de l’aspect financier de l’enseignement des langues autochtones.

« Je souhaitais que la loi contienne un mécanisme qui permette au gouvernement du Nunavut d’avoir accès aux ressources nécessaires pour lui permettre de développer et offrir une éducation bilingue de la maternelle jusqu’à la 12e année. »

Le gouvernement du Nunavut a déposé cette semaine, à l’ouverture de sa session législative d’hiver, des amendements à la loi sur l’éducation pour lui permettre de repousser pour une durée indéterminée l’obligation d’un enseignement bilingue pour les élèves de la 4e à la 12e année, les plus jeunes bénéficiant déjà d’un enseignement bilingue.

Le territoire travaille à l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’éducation qui établira de nouveaux échéanciers pour la mise en oeuvre du bilinguisme au sein des écoles.

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