Arctique canadien : des organismes pour femmes saluent un nouvel investissement d’Ottawa

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Le taux de crimes violents visant des filles et des jeunes femmes au Yukon, dans le nord-ouest du Canada, figure parmi les plus élevés au pays, selon Statistique Canada. Un nouvel investissement fédéral de 2,6 millions de dollars redonne espoir à des organismes pour femmes du territoire d’atteindre leurs objectifs à long terme. (iStock)
Quatre organismes pour femmes du Yukon, dans l’Arctique canadien, se réjouissent d’un récent financement fédéral avec lequel ils comptent mettre sur pied des programmes visant à mieux répondre aux besoins des femmes du Nord canadien.

Le député fédéral du Yukon, Larry Bagnell, a annoncé vendredi un investissement de 2,6 millions de dollars destiné à des organismes pour femmes du territoire, au nom de la ministre canadienne des Femmes et de l’Égalité des genres, Maryam Monsef.

Les associations sélectionnées sont le Centre pour femmes Victoria Faulkner, le Conseil yukonnais de la condition de la femme, les EssentiElles et la Société des femmes autochtones de Liard.

« Ce financement n’aurait pas pu tomber à un meilleur moment », se réjouit la codirectrice du Conseil yukonnais de la condition de la femme, Aja Mason, en entrevue téléphonique depuis Whitehorse. L’organisme a reçu une subvention d’un peu plus d’un million de dollars pour financer deux projets, dont l’un sera destiné aux survivantes d’exploitation sexuelle qui veulent sortir de l’industrie du sexe.

Des réalités typiquement nordiques

Selon la codirectrice du Conseil yukonnais de la condition de la femme, le territoire souffre d’un manque criant de programmes et de services destinés aux femmes qui sont adaptés aux enjeux du Nord canadien. Le coût élevé des logements, l’insécurité alimentaire, l’accès inégal à Internet à travers le territoire et le taux élevé de violence faite aux femmes sont différentes réalités spécifiques au contexte nordique, affirme-t-elle. « On dit souvent qu’il faut ‘yukonniser’ les programmes […] parce que nous ne faisons pas face aux mêmes enjeux que dans le sud [du pays] », précise Aja Mason.

« Au Yukon, les femmes sont confrontées à des problématiques très uniques, donc il est de notre devoir de les représenter et de les soutenir. »

Aja Mason, codirectrice du Conseil yukonnais de la condition de la femme

L’accompagnatrice de maintien au logement pour le Centre pour femmes Victoria Faulkner, Kara Garcia-Rideout, abonde dans le même sens. « Les services de travail social doivent être conçus différemment au Yukon », complète-t-elle.

Le taux de crimes violents visant des filles et des jeunes femmes au Yukon figure parmi les plus élevés au pays, derrière les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut, selon Statistique Canada. Entre 2007 et 2017, les Autochtones demeuraient surreprésentées parmi les victimes d’homicide. En 2014, elles étaient 2,7 fois plus susceptibles d’être victimes d’un crime violent que des femmes non autochtones.

« Onze des quatorze Premières Nations du Yukon ont conclu des ententes de revendications territoriales, ce qui signifie qu’il y a onze gouvernements [autochtones], auxquels il faut ajouter le gouvernement territorial et les administrations municipales, explique Aja Mason. Cela crée une structure en silos où les personnes marginalisées, en particulier les femmes autochtones, doivent cheminer à travers les différentes structures gouvernementales. »

Insécurité financière
La directrice de l’organisme Les EssentiElles, Jocelyne Isabelle (Patrick Chaussé/Courtoisie de Jocelyne Isabelle)

Pour la directrice de l’organisme à but non lucratif Les EssentiElles, qui œuvre auprès des femmes francophones du territoire, les difficultés auxquelles se heurte son association sont surtout liées à l’embauche de personnel francophone et à la constance du financement. « [Le défi] est d’assurer une stabilité dans l’insécurité », affirme Jocelyne Isabelle. L’association a reçu une somme 133 680 $ sur trois ans qui servira notamment à concevoir une stratégie pour renforcer sa gouvernance et ainsi « solidifier les bases de [l’]organisme », résume-t-elle.

Une partie du financement annoncé vendredi s’inscrit dans le cadre du Fonds de renforcement des capacités, qui résulte du budget de 2018. Le gouvernement canadien s’était engagé à verser 100 millions de dollars sur cinq ans à Condition féminine Canada – désormais le ministère des Femmes et de l’Égalité des genres – notamment pour renforcer les capacités des associations qui revendiquent l’égalité des sexes et offrir un meilleur financement aux organismes qui œuvrent auprès des femmes vulnérables. Vient s’ajouter à cette somme un financement de 160 millions de dollars sur cinq ans prévu dans le budget fédéral de 2019.

L’investissement fédéral découle aussi du Programme de financement de la lutte contre la violence fondée sur le sexe, par lequel Ottawa octroie des fonds à des organismes qui travaillent auprès de victimes de violences lie à leur sexe.

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