Une militante pour la préservation de la langue inuit sera admise au sein de l’Ordre du Canada

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Edna Elias sera admise au sein de l’Ordre du Canada pour son leadership politique et sa contribution en matière de préservation du patrimoine linguistique et culturel du Nunavut. (Courtoisie d’Edna Elias)
Après avoir milité pendant plus de quarante ans pour la préservation de la langue inuit dans l’Arctique canadien, l’activiste inuk Edna Elias sera nommée membre de l’une des plus prestigieuses distinctions honorifiques au pays.

« Cette distinction me touche profondément », confie-t-elle en entrevue téléphonique depuis Edmonton, en Alberta. Originaire de Kugluktuk, une communauté d’un peu plus de 1000 habitants située au Nunavut, Edna Elias est la seule Inuk qui recevra l’insigne de membre de l’Ordre du Canada, une nomination annoncée le 27 juin.

Ce sont à la fois son leadership politique et son travail en matière de préservation du patrimoine linguistique et culturel du Nunavut qui lui ont valu cette distinction honorifique. La date de la cérémonie sera rendue publique au cours des prochains mois.

Ordre du Canada
Créé en 1967, l’Ordre du Canada est l’une des plus prestigieuses distinctions honorifiques civiles au pays. La gouverneure générale, qui est la représentante de la reine Élisabeth II, attribue chaque année l’Ordre du Canada à des citoyens qui se sont démarqués pour leurs « réalisations exceptionnelles », leur « dévouement remarquable envers la communauté » ou une « contribution extraordinaire à la nation ».

Depuis les dernières décennies, Edna Elias examine attentivement l’évolution de l’état de la langue inuit dans le Nord canadien. Selon elle, la survie des dialectes inuit dépendra de la qualité de l’enseignement offert par les écoles, mais la plus grande part de responsabilité incombe d’emblée aux parents.

« La langue devrait d’abord être parlée à la maison, puis l’école devrait être complémentaire dans l’enseignement, explique-t-elle. Maintenant, les rôles sont inversés : l’école l’enseigne, mais elle n’est plus parlée à la maison. »

Engagement politique

Désormais retraitée, la militante inuk a longtemps fait de la préservation de la langue inuit son cheval de bataille. Elle estime que ce sont ses années passées au pensionnat autochtone d’Inuvik, aux Territoires du Nord-Ouest, qui ont fait naître en elle une sensibilité particulière à l’égard de ses racines culturelles et linguistiques.

Encore jeune fille, elle avait pris l’habitude de rédiger des lettres à sa mère en inuinnaqtun, son dialecte d’origine, pour contourner l’interdiction du pensionnat de parler en langue autochtone.

« Après un certain moment, ça me prenait trois ou quatre jours pour comprendre ce qu’elle m’avait écrit, mais au moins, nous parvenions à communiquer ensemble, se souvient-elle. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé la valeur de ces échanges. »

Dans les années qui ont suivi, elle a été directrice du Bureau des langues au ministère de l’Éducation, de la Culture et de l’Emploi des Territoires du Nord-Ouest et codirectrice du groupe de travail sur les langues autochtones au territoire.

De retour au Nunavut, elle a par la suite été enseignante à l’école primaire de Kugluktuk et mairesse de la communauté, anciennement appelée Coppermine. « C’était vraiment à un moment crucial pour la communauté parce que c’était avant la division entre les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut, se remémore-t-elle. Les deux territoires tentaient respectivement de nous convaincre de nous joindre à eux. »

De 2010 à 2015, elle a aussi été commissaire du Nunavut pour le gouvernement fédéral, un poste qui lui a été confié par l’ancien premier ministre canadien Stephen Harper.

En mai 2010, Edna Elias a été désignée quatrième commissaire du Nunavut pour le gouvernement canadien par l’ancien premier ministre Stephen Harper. Les fonctions des commissaires comprennent notamment l’assermentation des membres de l’Assemblée législative et du conseil exécutif, la signature de documents officiels, tels que les décrets et les nominations légales, et la lecture du discours d’ouverture des séances de l’Assemblée législative. (Adrian Wyld/La Presse canadienne)
Rupture générationnelle

Des salles de classe aux séries télévisées, en passant par les réseaux sociaux, l’anglais a gagné du terrain auprès des Inuit du territoire. « Il n’est pas rare de voir des aînés parler en anglais à leurs petits-enfants pour parvenir à communiquer avec eux, soupire Edna Elias au bout du fil. D’autres fois, on voit souvent des conversations en deux langues entre un aîné qui parle en inuinnaqtun et une personne qui lui répond en anglais. »

Les marques indélébiles qu’ont laissées les pensionnats autochtones, où l’usage de la langue maternelle des enfants était proscrit, expliquent en grande partie cet état des lieux, croit Edna Elias. Mais elle ajoute que l’avènement de la télévision au début des années 1990 et l’utilisation récente des réseaux sociaux a aussi démocratisé l’usage de l’anglais au détriment des dialectes inuit.

L’inuktut est le terme qui regroupe tous les dialectes du Nunavut, dont les principaux sont l’inuktitut et l’inuinnaqtun. Elle est la langue maternelle de plus de 60 % de la population du territoire, selon le Recensement de 2016.

« Notre langue est tellement liée à la nature, au climat, aux éléments, à la terre, aux animaux [et] à notre environnement. Toute notre terminologie découle de ce que nous faisons dans notre environnement. C’est difficile de se limiter aux quatre murs d’une salle de classe. »

Edna Elias, militante pour la préservation de la langue inuit nommée au sein de l'Ordre du Canada

Malgré les tentatives du gouvernement du Nunavut de renforcer la langue inuit, Edna Elias croit que des disparités perdurent au sein du territoire. « J’envie beaucoup l’est du Nunavut, où les enfants apprennent l’inuktitut comme première langue à l’école alors qu’à Kugluktuk, l’inuinnaqtun est enseigné comme deuxième langue », explique-t-elle.

Edna Elias croit que le territoire a encore du chemin à faire, mais elle se dit prête à passer le flambeau à la jeune génération. « Les efforts de revitalisation doivent continuer et nous ne pouvons pas baisser les bras », martèle Edna Elias.

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