Le Parlement virtuel soulève la question d’un Internet fiable dans le Grand Nord canadien

Les trois députés élus dans le Nord, Mumilaaq Qaqqaq au Nunavut, Michael McLeod au T.N.-O. et Larry Bagnell au Yukon. Ces derniers croient que les séances virtuelles à la Chambre des communes donnent l’occasion d’élargir le débat sur la manière de desservir tout le pays en une connectivité Internet fiable. (Radio-Canada)
Alors que les séances virtuelles ont débuté mardi à la Chambre des communes, les députés fédéraux du Nord canadien espèrent que cette nouvelle approche mène à des discussions approfondies sur les défis de la connectivité Internet dans les régions éloignées.

Le député libéral des Territoires du Nord-Ouest, Michael McLeod, prend part aux séances depuis sa maison de Fort Providence. Il a plusieurs fois eu de la difficulté à effectuer des appels par le service de téléconférence Zoom. Sa participation aux séances virtuelles doit se limiter à des appels téléphoniques.

Selon Michael McLeod, la pandémie de la COVID-19 renforce le besoin pour les Canadiens d’avoir accès à une connectivité Internet fiable.

« Si [le gouvernement] ignorait auparavant que c’était un problème, maintenant, il en est conscient, dit-il. Nous avons souligné que c’était un problème. »

Depuis le début de la pandémie, ajoute-t-il, ses collègues du caucus rural libéral ont plusieurs fois insisté sur la nécessité de résoudre les problèmes de connectivité Internet.

Comme bien des habitants des Territoires du Nord-Ouest, le député fédéral Michael McLeod se heurte aux irrégularités de la connectivité Internet au territoire. (Katie Toth/CBC)

Le député libéral du Yukon, Larry Bagnell, travaille aussi depuis sa circonscription. Même s’il s’estime heureux de bénéficier d’une connectivité fiable, il sait que cela n’est pas donné à tous : « Ici, nous avons accès à une connectivité par câble, mais d’autres députés [dans les régions] rurales peuvent seulement compter sur une connectivité par satellite. »

La semaine dernière, les députés fédéraux ont adopté une motion portant sur la tenue de deux séances virtuelles par semaine. Environ 32 députés qui se trouvent actuellement dans la région d’Ottawa seront aussi en mesure de prendre part à des séances en personne les mercredis.

Représenter sa circonscription à distance

La députée fédérale du NPD au Nunavut, Mumilaaq Qaqqaq, a choisi de rester dans la région de la capitale nationale durant la pandémie.

Elle doute qu’elle aurait été en mesure de participer au Parlement virtuel depuis Baker Lake, sa communauté d’origine au Nunavut.

« Cette ordonnance permet de clarifier les mesures restrictives et d’assurer une meilleure cohérence dans leur mise en application. »Mumilaaq Qaqqaq, députée fédérale du Nunavut
La députée Mumilaaq Qaqqaq représente sa circonscription depuis Ottawa en raison de l’accès Internet limitée dans le Nord. (Marc Godbout / Radio-Canada)

Seuls 40 % des foyers situés dans des communautés rurales ont accès à une connectivité Internet où la vitesse de téléchargement et de transfert atteint respectivement 50 Mbit/s et 10 Mbit/s, comparativement à environ 86 % dans le reste du pays, selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Selon Mumilaaq Qaqqaq, les députés du Nord n’ont pas été consultés avant l’adoption des séances virtuelles. Le NPD et le Bloc québécois se sont de leur côté rangés du côté de la proposition libérale.

Soutenir les habitants du Nord en télétravail

Les trois députés fédéraux s’entendent pour dire que la tenue des séances virtuelles donne l’occasion d’élargir le débat sur la manière de desservir tout le pays avec une connectivité fiable.

« Il serait juste que tout le monde à travers le pays ait accès à des services qui répondent à ses besoins, en l’occurrence une connectivité Internet. »Mumilaaq Qaqqaq, députée fédérale du Nunavut

« Si nous demandons à des parents d’un peu partout au pays de travailler à partir de la maison, il va de soi que tout le monde part sur un pied d’égalité  », dit Mumilaaq Qaqqaq.

Dans le Nord, comme ailleurs au pays, de nombreux parents doivent travailler de chez eux et s’occuper de leurs enfants. (Fabrizio Bensch/Reuters)

Le député du Yukon, Larry Bagnell, abonde dans le même sens. Il affirme d’ailleurs que la pandémie a ouvert la porte à de nouvelles manières de travailler, notamment en ce qui a trait aux conférences virtuelles.

« À mesure que ces réunions [virtuelles] vont continuer à l’avenir, il sera d’autant plus important de maintenir les données Internet à un prix abordable. Ce sera un défi important pour le CRTC. »Larry Bagnell, député fédéral du Yukon

La députée fédérale Sylvie Bérubé, qui représente la circonscription Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou, dans le Nord québécois, croit que les régions rurales sont moins outillées pour répondre à cette nouvelle organisation du travail.

« La porte technologique est là, il faut juste qu’elle soit plus développée dans nos régions, affirme-t-elle. Ça fait des années qu’on en parle, mais ça ne se fait pas encore. »

La députée fédérale de la circonscription Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou, Sylvie Bérubé, souhaiterait voir un meilleur soutien financier d’Ottawa en matière de connectivité Internet dans les régions éloignées. (Jarmila Guivarch/Bloc Québécois)

Plusieurs entreprises privées de télécommunications, comme Bell et Northwestel, ont récemment annoncé des mesures d’assouplissements des limites de données Internet.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement fédéral n’a pas prévu de financement particulier pour assurer une meilleure connectivité Internet dans les communautés du Nord durant la pandémie.

Durant sa campagne électorale, en 2019, le gouvernement libéral avait promis d’offrir à toutes les communautés du pays un accès Internet fiable d’ici à 2030.

Avec les informations d’Anna Desmarais

Matisse Harvey, Radio-Canada

Matisse Harvey, Radio-Canada

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