Une stratégie pour venir à bout de la crise de l’insécurité alimentaire des Inuit

L’insécurité alimentaire est qualifiée de « plus longue crise de santé publique vécue par une population canadienne » par l’organisme Inuit Tapiriit Kanatami. (Nick Murray/CBC)

L’organisme national Inuit Tapiriit Kanatami a dévoilé lundi sa stratégie très attendue sur la sécurité alimentaire. Un projet résultant de plusieurs années de travail.

La stratégie Inuit Nunangat Food Security d’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) vise à mettre en évidence les changements et les actions nécessaires pour améliorer l’insécurité alimentaire de tous les endroits au Canada qui abritent des communautés inuit (Nunavut, Québec, Labrador et Territoires du Nord-Ouest).

Comme le relève le document de 56 pages, les Inuit connaissent la plus forte insécurité alimentaire de tous les peuples autochtones des pays développés.

Selon l’ITK, de nombreuses familles ont du mal à avoir accès à une quantité suffisante de nourriture nutritive et de bonne qualité ainsi qu’à des aliments qui correspondent à leur goût. Les enfants et les femmes sont les plus touchés par ce problème.

L’Inuit Nunangat comprend le nord du Labrador (Nunatsiavut), du Québec (Nunavik), des Territoires du Nord-Ouest (Inuvialuit), ainsi que l’intégralité du Nunavut. (Atlas des peuples autochtones du Canada)
Une crise de santé publique

La stratégie parle même de l’une des « plus longues crises de santé publique vécue par une population canadienne » en plus de la lier à des facteurs comme la pauvreté, les problèmes de logement (accès et surpopulation) ou le faible niveau d’éducation et d’emploi.

L’ITK met aussi en cause le réchauffement climatique qui peut rendre le processus de récolte « plus cher, imprévisible et dangereux ».

Le système alimentaire des Inuit comprend les aliments récoltés, mais aussi ceux trouvés en magasin, qui sont souvent à des prix bien plus élevés que dans le reste du Canada, puisqu’ils doivent être acheminés dans des endroits isolés.

La stratégie d’ITK met en avant plusieurs priorités, objectifs et actions pour améliorer la sécurité et la souveraineté alimentaire qui touchent notamment aux domaines de la politique, du bien-être ou encore de la défense des intérêts inuit.

L’objectif est de mettre un terme à la faim en développant un système alimentaire durable qui reflète les valeurs des Inuit, soutient leur bien-être et assure l’accès à des « aliments de bonne qualité, à des prix abordables, nutritifs et qui sont en lien avec leur culture ».

Les aliments achetés en magasin sont souvent acheminés par avion dans les communautés inuit reculées et sont beaucoup plus chers dans les épiceries du Nunavut que dans les autres régions du Canada. (Nick Murray/CBC)

Fossé dans les infrastructures

Le document affirme que le système alimentaire doit être redéfini par les Inuit en partenariat avec les paliers de gouvernement pour mettre un terme aux défis systémiques qui contribuent à l’insécurité alimentaire.

Parmi ces défis, le déficit en infrastructures qui ne fait que croître entre le Nunangat et le reste du pays. Par exemple, la plupart des aéroports situés dans les petites communautés ont des pistes en gravier, ce qui limite le type d’avion pouvant s’y poser ainsi que leur charge utile.

L’infrastructure marine au Nunangat pose aussi problème : elle comprend trois ports pour petits bateaux et deux en eaux profondes construits spécialement pour desservir des exploitations minières.

La stratégie comprend la construction d’un troisième port en eaux profondes à Iqaluit, mais précise qu’il faudra plusieurs années avant que l’infrastructure de 85 millions de dollars soit opérationnelle.

Une situation qui n’a pas toujours existé

Si l’ITK affirme que les Inuit ont connu par le passé, des périodes de pénuries alimentaires, la faim prolongée était rare. Le document revient sur les changements que le système alimentaire inuit a connus depuis les années 1900 à travers des décisions politiques de l’ère coloniale.

De nombreux Inuit ont été forcés de se réinstaller plus au nord, d’adopter un mode de vie plus sédentaire et de se rendre dans des pensionnats, ce qui, selon l’ITK, a altéré la mobilité et dans certains cas, les a éloignés de leurs coutumes, comme la récolte à laquelle ils n’ont plus pu participer et dont les compétences n’ont pas pu être transmises.

Ces politiques ont également limité l’autodétermination des communautés inuit dans le développement du système alimentaire du Nunangat, une réalité qui persiste à ce jour, affirme le document.

« Une fois que les Inuit se sont installés dans des logements permanents à l’année, explique l’ITK dans sa stratégie, des règlements de récolte stricts et l’abattage des chiens de traîneau inuit dans certaines régions ont eu un impact considérable sur la capacité des Inuit à rester autonomes sur les aliments récoltés. »

Radio-Canada

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