L’industrie minière du Grand Nord voit l’avenir en vert

Une éolienne installée par Tugliq Énergie à la mine Raglan, au Nunavik, en 2015. (Photo : Michelle Marquis/Tugliq Énergie)

La minière Agnico Eagle a annoncé récemment son intention de construire une éolienne sur le site de la mine d’or de Hope Bay, près de Cambridge Bay, au Nunavut, en partenariat avec le consortium énergétique inuit composé de Tugliq Energy Co. et de Hiqiniq Energy Corporation.

La minière espère ainsi réduire ses émissions de gaz à effet de serre et sa dépendance au diesel pour son site qui n’est accessible que par bateau ou par avion. À l’heure actuelle, tout le mazout est transporté dans des réservoirs d’entreposage pour combler une année en électricité.

La mine d’or Doris North est située dans la région de Hope Bay, dans l’ouest du Nunavut. (Photo : Commission du Nunavut chargée de l’examen des répercussions)

Le vice-président aux opérations du Nunavut pour Agnico Eagle, Martin Plante, explique qu’un des défis dans le territoire est qu’« il n’y a pas de solution de rechange au diesel, pas de ligne électrique, pas d’hydro, donc un des enjeux pour nos opérations. »

Le projet éolien, insiste le vice-président, s’inscrit dans un objectif global pour Agnico d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

[Ce n’est ] pas un problème opérationnel, c’est plus une prise de conscience au niveau des changements climatiques. On sait qu’à l’échelle mondiale, on ne peut maintenir le statu quo au niveau environnemental, donc on reconnaît que l’industrie a un rôle à jouer à ce niveau-là.Martin Plante, vice-président des opérations du Nunavut, Agnico Eagle
Un virage prudent

Au Yukon, la Chambre des mines affirme qu’aucun de ses membres n’envisage, pour l’instant, l’énergie éolienne pour générer de l’électricité, même si plusieurs entreprises d’exploration se penchent sur des options renouvelables pour alimenter leurs camps.

L’analyste Brianne Warner affirme, par courriel, que la Chambre des mines du Yukon est plutôt d’avis que l’industrie devrait pouvoir brancher les sites sur le réseau électrique. Le Yukon, contrairement aux territoires voisins, produit la majeure partie de son énergie avec l’hydroélectricité.

Le Yukon veut que d’ici 2030, 97 % de sa production en électricité soit de source renouvelable. Actuellement, cette proportion est de 93 %. (Claudiane Samson/Radio-Canada)

Le ministre de l’Énergie, des Mines et des Ressources du Yukon, John Streicker, croit que le réseau électrique demeure, effectivement, la meilleure solution, si les sites sont suffisamment près d’une ligne de transmission. Pour ceux qui ne le sont pas, une énergie alternative doit être étudiée.

Le ministre souligne, par ailleurs, que les émissions de gaz à effet de serre dans l’industrie minière touchent plusieurs autres aspects de la production, dont le transport.

Les coûts d’énergie représentent un aspect important du cycle de vie d’une mine, donc il faut y penser dès les débuts de la planification, et plus il est possible de s’assurer que l’électricité produite provient de sources renouvelables, mieux ce sera.John Streicker, ministre de l'Énergie, des Mines et des Ressources du Yukon
L’impact de l’industrie sur les communautés du Nord

John Streicker rappelle que le Yukon s’est engagé à atteindre la carboneutralité en 2050 et à réduire du tiers ses émissions de 2010 d’ici 2030. Ce virage, dit-il, signifiera que la demande d’hydroélectricité ira en augmentant à mesure que les Yukonnais brancheront leurs voitures ou leurs sources de chauffage au réseau.

« Nous tentons d’augmenter la quantité d’énergie renouvelable pour pouvoir répondre à la demande qui arrivera à mesure qu’on transfère le chauffage ou le transport à l’électricité », déclare le ministre.

De fait, le producteur d’électricité Énergie Yukon a publié un plan de développement pour augmenter sa production d’énergie hydroélectrique et sa capacité de stockage pour éviter de se tourner, comme c’est le cas en ce moment, en hiver surtout, vers ses centrales au gaz naturel.

Selon la Chambre des mines, la solution serait de relier le réseau électrique isolé du Yukon au réseau des provinces du sud. « La liaison permettrait de soutenir des projets miniers pour les importants métaux et éléments de l’économie verte que sont le cuivre ou le cobalt. Cela fournirait de l’énergie propre, fiable et stable à six communautés isolées », écrit Brianne Warner.

Martin Plante, d’Agnico, explique que le projet d’éolienne vise, justement, à tester la technologie dans un environnement arctique pour pouvoir ensuite la reproduire dans les collectivités nunavoises.

« C’est un projet qui est bénéfique à plusieurs niveaux, pas seulement énergétique, mais aussi au niveau communautaire pour qu’éventuellement, les communautés puissent également utiliser cette énergie-là », dit-il.

Sans compter, ajoute le vice-président, la création possible d’emplois pour les phases de construction ou d’entretien des éoliennes.

Législation à venir

Rien, pour l’instant, n’oblige le secteur minier à se tourner vers une énergie verte. Martin Plante croit que les mesures incitatives financières du gouvernement fédéral sont une bonne chose.

Au Yukon toutefois, John Streicker explique qu’avec la grande stratégie verte de son gouvernement, un projet de loi est en chantier pour établir des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre pour tous les secteurs, y compris celui de l’industrie minière. Il s’agit d’une des priorités, dit-il, qui lui ont été conférées à titre de ministre.

« J’ai toujours cru qu’il fallait créer une économie énergétique durable et intelligente. Et je sais, depuis des décennies, qu’il faut faire ce virage », affirme l’ancien ingénieur et candidat du Parti vert.

Claudiane Samson, Radio-Canada

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