Dans le Grand Nord canadien, une organisation inuit souhaite aller vers l’autonomie gouvernementale au Nunavut

Aluki Kotierk pense qu’un meilleur avenir est possible pour les Inuit et que l’autonomie gouvernementale pourrait être une solution. (Marc Godbout/Archives/Radio-Canada)
Un meilleur avenir pour les Inuit grâce à l’autonomie gouvernementale : c’est une piste que Nunavut Tunngavik inc. (NTI) explore depuis 2018 afin de remédier aux défaillances du gouvernement territorial. Mardi, NTI a adopté une résolution lors de son assemblée générale annuelle, à Rankin Inlet, pour entamer des négociations vers une autonomie gouvernementale.

L’organisation représente près de 30 000 Inuit du Nunavut. Selon Aluki Kotierk, sa présidente, l’organisme aimerait « qu’il y ait de meilleurs services pour les Inuit au Nunavut qui intègrent les visions du monde des Inuit et mettent fin au modèle actuel de gouvernement public ».

En 1999, lors de la création du territoire, le rôle du gouvernement devait être de servir principalement sa population inuit.

« L’objectif était de créer un territoire où nous pourrions être reconnus, où nous pourrions être validés, où nous pourrions recevoir des services publics dans notre propre langue [et] intégrant nos visions du monde », se souvient Aluki Kotierk.

Après 22 ans, cela n’a pas fonctionné, selon Aluki Kotierk, qui mentionne la pauvreté généralisée, des Inuit qui vont dormir en ayant faim, des logements surpeuplés et l’incidence élevée des suicides pour expliquer ses conclusions.

« Nous entendons parler d’aînés inuit qui sont disponibles [pour] fournir du soutien et des conseils, mais qui ne peuvent pas être accrédités parce que le système que nous avons est tellement occidental et ne veut travailler qu’avec des personnes accréditées. »

« Tous ces différents facteurs qui détermineraient si des vies s’améliorent ou non continuent d’être alarmants. Donc, cela nous pousse à penser : existe-t-il une meilleure façon de répondre aux besoins? »Aluki Kotierk, présidente, NTI

La présidente de NTI explique que, lors des tentatives pour travailler avec le gouvernement du Nunavut ou pour obtenir des programmes spécifiques, la réponse est souvent : « Mais nous sommes un gouvernement public. »

Cela oblige NTI, l’entité chargée de protéger les droits des Inuit en vertu de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, à rechercher d’autres moyens de répondre aux besoins spécifiques de sa population, explique-t-elle.

La présidente de NTI, Aluki Kotierk, dépose les documents de poursuite à la Cour du Nunavut à Iqaluit, en octobre 2021. (Nick Murray/Archives/CBC)
Un Accord dont les objectifs n’ont pas été atteints

L’une des façons dont le gouvernement public a failli, explique Aluki Kotierk, est le non-respect de certains des articles de l’Accord du Nunavut, signé par les Inuit et le gouvernement fédéral, en 1993, qui ​​énonce les droits fonciers et autres des Inuit.

Par exemple, l’article 23, relatif à l’emploi des Inuit dans la fonction publique, prévoit de refléter le pourcentage (environ 85 % des 39 000 habitants) de la population inuit du territoire. Cet objectif n’a toutefois pas été atteint.

Un rapport du gouvernement territorial, daté de juin, montre que les Inuit ne représentent que 50 % de la main-d’œuvre du gouvernement du Nunavut et seulement 20 % des cadres supérieurs.

« Ce n’est pas un secret ici […] que nous avons une dépendance excessive des employés de passage qui viennent sur notre territoire. Les gens viennent pendant quelques années, puis repartent. »Aluki Kotierk, présidente, NTI

La présidente de NTI souhaite qu’on investisse dans la formation préalable à l’emploi et qu’il y ait plus d’Inuit dans des postes de décision. « C’est très important, parce que ce sont les cadres supérieurs qui peuvent influer sur la façon dont un département aborde les choses. »

L’ancien président de l’Association inuit de Qikiqtani, P.J. Akeeagok, a été élu premier ministre du Nunavut par ses pairs. (Matisse Harvey/Archives/Radio-Canada)

Aluki Kotierk ne rejette pas le blâme sur les personnes, mais sur un système. « C’est la structure et la croyance systémique et l’approche coloniale [qui] perpétuent l’idée que les connaissances inuit, les compréhensions inuit du monde ne sont pas aussi importantes ou aussi précieuses que celles d’autres ordres de gouvernement. »

Cela a un impact sur la façon dont les programmes et les services sont conçus et développés et sur le bien-être des Nunavummiut, selon Aluki Kotierk.

« Le résultat est très évident dans la manière dont nous continuons à nous autodétruire et la manière dont nous continuons à avoir des accès de violence dans nos communautés », dit-elle.

« Ce ne sont que des symptômes de ce qui continue de se produire dans nos communautés, et le système de gouvernement public est censé aider à atténuer cela. Au lieu de cela, il continue de détériorer notre sentiment de bien-être. »Aluki Kotierk, présidente, NTI

La résolution adoptée à la mi-novembre intervient après un an de conflit avec le gouvernement du Nunavut. En octobre, NTI a déposé une poursuite contre le gouvernement territorial, alléguant qu’il discrimine les Inuit en n’offrant pas le même degré d’enseignement en inuktut qu’en anglais ou en français.

Le même mois, l’organisation envisageait une plainte après un changement par le gouvernement sur la collecte des impôts sur les terres appartenant aux Inuit.

Trois options possibles pour améliorer la vie des Inuit

NTI se trouve dans la phase initiale de réflexion et envisage trois options :

  • conclure une entente avec le gouvernement du Nunavut pour prendre en charge les services auprès de la population;
  • développer sa capacité à proposer ses propres services directement aux Inuit;
  • signer avec le gouvernement fédéral une entente d’autonomie gouvernementale officielle.

Aluki Kotierk sait que l’option d’une autonomie gouvernementale prendrait plusieurs années.

« Nous savons également que, si nous passons par un accord qui assume une partie de la responsabilité des services publics, cela pourrait commencer à résoudre certains des problèmes que nous avons dans nos communautés plus immédiatement. »

La résolution prévoit que l’organisation sollicite un mandat de négociation auprès du gouvernement fédéral. « Nous allons travailler avec notre conseil d’administration sur une constitution ou une déclaration stratégique. »

Avec l’élection du nouveau premier ministre, P.J. Akeeagok, mercredi, la situation pourrait changer. Avant de s’investir dans la politique territoriale, il était à la tête de Qikiqtani Inuit Association et a également siégé au conseil d’administration de NTI, où il appuyait le mouvement vers l’autonomie gouvernementale.

Dès jeudi, le premier ministre a parlé avec Aluki Kotierk. « Je pense qu’il soutiendra tout ce que les organisations inuit essaient de réaliser grâce à l’autodétermination », ajoute la présidente de NTI.

Les deux leaders doivent à nouveau se rencontrer lundi.

Aluki Kotierk a une vision claire d’un horizon où le potentiel inexploité des Inuit serait apprécié à leur juste valeur et où il est possible d’imaginer à quel point ils pourraient apporter leurs contributions « non seulement au Nunavut, mais au monde circumpolaire inuit ainsi qu’au Canada ».

D’après les informations de Jane George

Radio-Canada

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