Les rivières de l’Arctique se déversent plus rapidement dans l’océan qu’on ne le pensait auparavant

Les rivières de l’Arctique composent un système hydraulique complexe. (David Michael Lamb/CBC)
Pour parvenir à calculer le débit des 35 dernières années dans toute la région arctique, un expert en génie civil et environnemental de l’Université du Massachusetts a eu l’idée de comparer pour la première fois des informations satellitaires à des modèles hydrologiques.

Ces recherches lui ont permis de démontrer que l’accélération de l’eau se déversant dans l’océan Arctique pourrait être trois fois plus importante que ce que l’on pensait auparavant. L’étude publiée dans la revue Nature Communications est le fruit de trois années de travail qui a permis de calculer les débits de rivières en Arctique réalisées à partir de 155 710 images satellites.

« Nous avons recréé les informations sur le débit des rivières dans toute la région arctique, explique Dongmei Feng, professeur adjoint et coauteur de l’étude. Les études précédentes n’utilisaient que certaines données de jaugeage et seulement pour certaines rivières pour calculer la quantité d’eau qui se déverse dans l’océan Arctique. »

Pour Colin Gleason, auteur principal de l’étude, il s’agit ici d’un nouvel enregistrement quotidien du débit dans le Grand Nord et accessible au public. « Personne n’a jamais essayé de le faire à cette échelle. C’est un accès à des données très sophistiquées », ajoute-t-il.

Notons que le débit des rivières comprend tous les processus hydrologiques des bassins. Il est considéré comme la plus importante mesure pour comprendre une rivière, mais la disponibilité de ces informations était jusqu’ici limitée « en raison du manque de données fiables, complètes et accessibles au public », souligne M. Feng.

Dans le document, on apprend que le jaugeage physique des rivières – la « norme d’excellence » pour obtenir des informations sur le débit – demeure coûteux. Il exige une main-d’œuvre importante pour l’installation et l’entretien, car les jauges doivent être physiquement recalibrées plusieurs fois par an.

« Les satellites sont comme une jauge dans l’espace. Si nous n’avons pas de jauge en place sur les rivières, nous pouvons utiliser le satellite pour améliorer les données dont nous disposons actuellement. »Dongmei Feng, professeur adjoint et coauteur de l’étude
Les tendances du débit des rivières au cours de la période 1984-2018 montrent des différences régionales importantes dans les modèles. Le graphique révèle toutefois que de grandes parties de l’Eurasie présentent des diminutions du débit des cours d’eau au cours des 35 dernières années. (Dongmei Feng/Université du Massachusetts)

De plus, le terrain accidenté autour de certaines rivières peut rendre l’installation des jauges très difficile. Il était donc plus pratique pour les études menées dans cette région de se concentrer sur les grands fleuves qui se jettent dans l’océan Arctique, de sorte que de nombreux petits fleuves n’étaient pas pris en compte.

« En outre, certains pays ne rendent pas publiques les informations relatives à leurs jauges. Les hydrologues et les spécialistes de l’environnement ne savent donc pas grand-chose sur un très grand nombre de rivières », mentionne l’étude.

Les données satellitaires deviennent alors une source d’information cruciale pour avoir un portrait plus complet sur le débit des rivières. Ainsi, les scientifiques ont pu conclure que l’accélération du débit des rivières au cours des 35 dernières années est de 1,2 à 3,3 fois plus importante que les estimations précédentes.

L’augmentation du débit d’eau n’était cependant pas homogène, avertissent les chercheurs qui ont trouvé des différences régionales « très importantes ». « Par exemple, la Mongolie devient en fait plus sèche, tout comme certaines parties de l’intérieur du fleuve Mackenzie », indique l’étude.

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine est diplômé en journalisme de l’Université de Montréal. Il commence sa carrière comme reporter et journaliste culturel. Avant de rejoindre l’équipe de Radio-Canada, il a collaboré durant plusieurs années pour plusieurs médias, notamment l’Agence QMI et Le HuffPost.

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