Dans le Grand Nord canadien, le Yukon songe au nucléaire pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre

Selon une feuille de route de Ressources naturelles Canada, la valeur potentielle de ces petits réacteurs modulaires est estimée à 5,3 milliards de dollars entre 2025 et 2040 au pays. (Nuscale Power)
Le gouvernement du Yukon lance une étude de faisabilité afin de déterminer si de petits réacteurs nucléaires modulaires sont une option viable à d’autres sources d’électricité, comme les génératrices au diésel, afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

« L’idée serait d’importer un petit réacteur modulaire au Yukon et de l’utiliser pour produire de l’électricité », explique le ministre territorial de l’Énergie, des Mines et des Ressources, John Streicker.

« Même des microréacteurs pourraient être utilisés dans les communautés éloignées, là où il y a de la demande », ajoute-t-il.

Les petits réacteurs modulaires (PRM) sont des réacteurs nucléaires de plus faible capacité que ceux que l’on retrouve dans les grandes centrales.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) les définit comme « petits » s’ils produisent moins de 300 MW, alors qu’un réacteur traditionnel produit environ trois fois plus d’énergie.

Leur côté « modulaire » vient de ce qu’ils sont assemblés en usine, puis transportés et installés où ils seront exploités.

Plusieurs provinces ont déjà signé une entente de développement de PRM. L’Ontario et la Saskatchewan prévoient d’ailleurs mettre leurs premiers réacteurs de ce genre en service à compter de 2028 et 2032, respectivement.

Le Yukon, de son côté, s’est engagé à suivre le développement de cette technologie et tente maintenant de déterminer s’il s’agit d’une source d’énergie viable pour l’aider à atteindre sa cible : la réduction de 45 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

S’il reconnaît que le passage du Yukon au nucléaire est loin d’être fait, le ministre Streicker croit que l’idée mérite tout de même d’être explorée. « Nous devons considérer toutes les solutions possibles », soutient-il.

« Je ne veux pas que les gens croient qu’on met tous nos œufs dans le panier nucléaire », mentionne-t-il, rappelant que le projet n’est qu’à l’étape des études de faisabilité.

Mauvaise idée, dit un chercheur

Pour le professeur M.V. Ramana, de l’École des politiques publiques et des affaires mondiales de l’Université de la Colombie-Britannique, l’étude dans laquelle se lance le Yukon est une perte de temps et d’argent.

Selon lui, ce genre d’études a déjà été réalisé et a prouvé que les PRM ne sont viables ni au Yukon ni au Canada.

M.V. Ramana est enseignant à l’Université de Colombie-Britannique. (Radio-Canada)

Le professeur Ramana est le coauteur d’une recherche publiée l’an dernier à propos du potentiel des PRM pour alimenter les communautés éloignées et les sites miniers.

Dans leur rapport, les chercheurs ont conclu que ces réacteurs coûtent trop cher et qu’il n’y aura pas assez de demandes pour justifier l’investissement.

« Les réacteurs coûtent très cher à construire et le prix de l’électricité produite est très élevé », explique-t-il.

« Quand il est question de plus petits réacteurs, le coût d’ensemble baisse, mais la quantité d’électricité produite baisse encore plus. »

Des vertus environnementales contestées

Si l’énergie nucléaire peut effectivement aider à atteindre des cibles de réduction des gaz à effet de serre, elle reste controversée, disent de nombreux groupes environnementaux canadiens.

Dans une déclaration signée notamment par le Sierra Club, Greenpeace et l’Association canadienne du droit de l’environnement, ces groupes qualifient les petits réacteurs modulaires de « distraction sale et dangereuse » et s’opposent à l’investissement du gouvernement fédéral dans cette technologie.

« La majeure partie du discours provient des tenants du nucléaire, soutient Kerrie Blaise, de l’Association canadienne du droit de l’environnement. Ils font ainsi la promotion de ce que moi et d’autres appelons une fantaisie nucléaire. »

Selon elle, l’industrie nucléaire a un avenir incertain, notamment parce que de grands réacteurs canadiens arrivent en fin de vie. « Ils cherchent une solution » à cette fin de vie, croit-elle.

Elle ajoute que les PRM soulèvent les mêmes questions que les grands réacteurs en matière de sécurité et d’environnement. La réalité du transport du carburant, de la gestion des déchets et du démantèlement ne devrait pas être éclipsée par la promesse de faibles émissions de carbone, croit-elle.

John Streicker est ministre de l’Énergie, des Mines et des Ressources (Radio-Canada)
Miser sur l’énergie renouvelable

Conscient de ces objections, John Streicker insiste : le nucléaire n’est qu’un projet à l’étude au Yukon.

Le ministre territorial de l’Énergie, des Mines et des Ressources ne croit toutefois pas que les études sur l’énergie nucléaire détournent l’attention du gouvernement de la question des changements climatiques.

Il explique que le Yukon mise d’abord sur l’énergie renouvelable, comme l’énergie solaire et éolienne, l’amélioration de l’efficacité énergétique et le recours à l’hydroélectricité importée de la Colombie-Britannique.

Il reconnaît en outre que l’énergie nucléaire suscite de vives réactions et admet avoir ses propres réserves.

Avec les informations de Paul Tukker

Radio-Canada

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