Du nord au sud du Canada, la traversée aux mille périls

Entre les îles Devon et Cornwallis, les trois aventuriers croisaient constamment des traces d’ours polaires. (Expédition AKOR)
Dans l’archipel arctique, les fantômes de l’expédition de Franklin rappellent que le danger est partout. Le froid peut vous briser physiquement, le blanc à perte de vue, vous rendre fou. En entamant la première traversée nord-sud du Canada à force humaine à travers l’enfer blanc de la banquise, une autoroute d’ours polaires et les vagues mortelles des grands lacs du Nunavut, deux aventuriers de Québec allaient vite faire face à un choix : avancer ou être avalés.

Il faisait encore nuit sur la banquise du Haut-Arctique canadien et pour rester éveillé et éviter l’hypothermie, Guillaume Moreau devait marcher sans arrêt. Chaque pas sur la glace ravivait une distincte douleur aux genoux qui, dans les semaines précédentes, avait mis en péril l’expédition sans précédent dans laquelle il venait de se lancer avec son ami Nicolas Roulx et le guide d’aventure Jacob Racine, qui faisait équipe avec eux pour cette portion du trajet.

Après une douzaine d’heures à tirer un traîneau de plus de 90 kg (200 lb) à travers des monticules de glace fracturée de plusieurs mètres de haut, Guillaume avait eu un peu plus de quatre heures pour dormir avant de prendre le relais de la vigie autour du petit campement.

Il faisait encore nuit, mais pas vraiment, en fait. Depuis quelques jours, le soleil ne se couchait plus, éclairant 24 heures sur 24 un paysage presque aussi terne que la noirceur. Du blanc et de la glace à perte de vue se fondant avec l’horizon.

Au petit matin, le silence pesant du Grand Nord n’était brisé que par de sourds craquements de glace et la respiration de Guillaume, qui passait au travers du couvre-visage frottant sur son nez meurtri par le froid et l’humidité.

Dans un rayon de trois mètres autour de la tente, l’aventurier de 29 ans tournait en rond, suivant le tracé de la clôture de sécurité installée avant la nuit. Un mince fil de laiton qui, si traversé, ferait détonner deux cartouches à blanc de calibre 12. Une alerte sonore de dernier recours destinée à aviser les dormeurs de la probable présence du seul animal à des milles à la ronde susceptible de les approcher, un ours polaire.

Nicolas Roulx, Guillaume Moreau et les deux autres aventuriers avec eux se relayaient pour des vigies nocturnes. (Expédition AKOR)

Le dispositif de sécurité nocturne, plus ou moins efficace, avait suffi jusque-là à rassurer le trio d’aventuriers, mais la présente portion du périple était un peu différente. Skiant le canal Wellington entre les îles Devon et Cornwallis, ils se trouvaient, dans les mots de Nicolas Roulx, « au cœur d’une autoroute d’ours polaires ».

Trois grands trous dans la banquise, des polynies, formaient un triangle sur une centaine de kilomètres autour d’eux. De véritables garde-manger pour les grands prédateurs de l’Arctique qui passent d’un trou à l’autre pour y manger des phoques.

En soirée, avant d’aller au lit, les trois Québécois avaient tenté d’effrayer un ours qui, visiblement curieux de cette présence humaine étrangère, s’était approché à une quinzaine de mètres de la tente. Généralement, avancer vers la bête en faisant détonner un pistolet pyrotechnique, un bear banger en anglais, suffit à lui faire rebrousser chemin.

Le petit campement installé chaque soir par les aventuriers. (Expédition AKOR)

Mais ce jeune ours polaire, sans se montrer agressif, avait continué à rôder aux alentours, s’éloignant pour mieux revenir. Au loin, trois autres ours apparaissaient à l’horizon, a remarqué Nicolas, 27 ans.

Par prudence, il a suggéré d’effectuer une vigie nocturne, la première depuis le départ de l’expédition AKOR, quelque 650 km plus au nord. Pour convaincre Guillaume et Jacob, il a proposé de veiller pendant les deux heures les plus ingrates, celles du milieu.

Nicolas tentait maintenant de retrouver le sommeil dans son sac de couchage humide, ayant cédé sa place à Guillaume. L’équipe venait d’avoir une mauvaise nouvelle de leur contact de sécurité, à Québec. Les images satellites montraient que le détroit de Barrow, devant eux, avait fondu plus vite que prévu. Atteindre leur premier relais, le village inuit de Resolute Bay, n’était plus possible par la banquise. Ils allaient devoir bifurquer tout de suite vers l’île Cornwallis et la traverser.

Se repassant les multiples scénarios en tête, épuisé, Guillaume continuait de scruter la banquise autour de lui. La carabine chargée à ses côtés n’était pas susceptible de servir. Les ours avaient quitté le périmètre depuis longtemps.

« C’est la dernière fois qu’on fait une vigie », s’est-il murmuré à lui-même.

C’est trois ans plus tôt, sur la côte du Labrador, que Nicolas et lui avaient appris tout ce qu’il y a à savoir sur les face-à-face avec les ours polaires.

Lorsque les phoques sont abondants, les ours sont peu susceptibles de s’attaquer à des humains. Un ours polaire qui effectue des cercles étroits autour du campement est toutefois un mauvais présage. Il vous considère comme une proie. S’il ouvre la gueule et baisse les oreilles en s’avançant, il s’apprête à attaquer. S’il est particulièrement maigre, c’est une alerte rouge. Affamé, il doit manger pour survivre. Il chassera ses proies jusqu’à sa propre mort.

Une règle d’or prévaut toutefois toujours. Abattre un ours polaire est un absolu dernier recours. Ce n’est pas l’animal qui est l’intrus en ces territoires, c’est l’homme. Une fois, Guillaume Moreau est allé jusqu’à viser une bête s’approchant dangereusement, mais jamais il n’a pressé sur la gâchette.

La genèse d’une traversée historique

En 2018, lors des derniers jours de la première expédition AKOR, un périple de 1600 km en canot vers les monts Torngats, les rencontres avec les ours polaires ont été multiples. Nicolas Roulx, Guillaume Moreau et les deux autres aventuriers avec eux se relayaient pour des vigies nocturnes, veillant près d’un feu sur la grève de la mer du Labrador.

Arrivés à leur destination finale, le village inuit de Nain, ils ont fait la rencontre de Noah Nochasak, un kayakiste de haut niveau natif de l’endroit. Au fil des discussions, ce dernier leur a raconté un vieux rêve : une traversée verticale du Canada, du nord au sud, à force humaine qu’il était allé jusqu’à établir la trajectoire lors de ses études comme guide d’aventure.

Expédition AKOR

Le nom AKOR, choisi par Nicolas Roulx et Guillaume Moreau en vue de leur expédition de 2018, est la transcription phonétique du mot de vieux français « accore », désignant une côte escarpée qui coupe presque verticalement la surface de la mer.

Cette expédition serait de plus courte distance que la plus commune traversée du pays, d’est en ouest, mais beaucoup plus ardue et complexe. Le gros du périple devait être fait dans des conditions extrêmes, en autonomie, en régions sauvages.

Après quelques commotions cérébrales, Nochasak avait abandonné l’idée, mais peut-être pourraient-ils le faire à sa place? Devant la suggestion, Nicolas Roulx et Guillaume Moreau se sont tout de suite regardés, des étoiles dans les yeux, et l’idée n’a fait que fleurir à leur retour à Québec.

Le trajet complet de l’Expédition AKOR, d’Eureka au parc national de la Pointe-Pelée. (Radio-Canada/Google Earth)

Tous deux élevés en milieu aisé à Québec, ils s’étaient connus, adolescents, comme campeurs, puis moniteurs au camp Kéno, dans Portneuf. Ils avaient fini par guider des expéditions de canot de plusieurs semaines sur de grandes rivières québécoises.

À leur retraite des camps de vacances, dans la vingtaine, leurs expéditions sont devenues de plus en plus ambitieuses. Ils ont commencé à contacter des aventuriers québécois d’expérience pour obtenir des conseils, désireux de parfaire leur savoir.

C’est comme ça qu’ils ont rencontré Jacob Racine, vétéran du projet Karibu, une traversée de quatre mois en ski de Montréal à Kuujjuaq. En 2016, de retour d’une autre expédition dans les Territoires du Nord-Ouest, le résident d’Escuminac, en Gaspésie, avait accepté de s’arrêter à Québec pour les rencontrer. Au tour d’une caisse de bières, à l’appartement de Nicolas, les deux jeunes spécialistes du canot en eau vive ont bombardé Jacob de questions sur les expéditions nordiques jusqu’au petit matin.

Quatre ans plus tard, à l’été 2020, ils lui sont revenus avec une offre qu’il ne pouvait pas refuser.

Durant deux ans, depuis leur retour du Labrador, Guillaume et Nicolas ont minutieusement planifié la première traversée à force humaine du Canada dans son axe nord-sud. La préparation et la recherche de commanditaires ont pris des allures de deuxième emploi à temps plein pour les deux hommes qui s’étaient lancés dans le projet avec une certaine naïveté. Ils ignoraient que l’expédition, en plus d’être la première traversée nord-sud du pays, serait le plus long périple en région isolée en 100 ans au Canada.

Nicolas Roulx et Guillaume Moreau, participants à l’expédition AKOR 2021. (Jean-Sébastien Chartier-Plante)

Pratiquement tout était désormais ficelé, de la logistique à l’achat de matériel, mais les deux hommes qui devaient compléter l’équipe avec Guillaume et Nicolas avaient fini par se décommander de l’exigeant périple de sept mois.

En juillet, ils ont donc proposé à Jacob une aventure clé en main s’il acceptait, à huit mois d’avis, de partir avec eux. Il n’aurait à faire que la portion de ski en Arctique. Deux autres anciens du camp Kéno, Étienne Desbois et Philippe Voghel-Robert, prendraient ensuite le relais pour la portion de canot. Puis un plus grand groupe pédalerait à vélo avec Guillaume et Nicolas du nord de la Saskatchewan au sud de l’Ontario.

« Quand les gars m’ont contacté, j’arrivais d’une expédition dans la forêt amazonienne », se rappelle Jacob Racine, 45 ans. « C’était une première dans ces latitudes-là, dans un contexte de désert, et j’avais réalisé que ce n’était pas mon buzz. Moi, je me sens vraiment chez moi dans le froid et les déserts de glace. »

La proposition ne pouvait tomber à un meilleur moment. La réponse a été quasi immédiate. Après une discussion avec sa conjointe et leur fils de 10 ans, Jacob se joignait à l’aventure.

Leur arrivée en Arctique, après un confinement de deux semaines à l’hôtel, s’était faite au village inuit de Resolute Bay. (Expédition AKOR)
L’enfer blanc du Haut-Arctique

En posant pour une photo avec Jacob devant la minuscule station météorologique d’Eureka, sur l’île d’Ellesmere, Guillaume Moreau et Nicolas Roulx ne pouvaient cacher leur excitation.

Leur arrivée en Arctique, après un confinement de deux semaines à l’hôtel, s’était faite au village inuit de Resolute Bay. De là, ils avaient dû attendre quelques jours que la météo soit suffisamment clémente pour qu’un petit avion aille les déposer quelque 800 km plus au nord, sur la banquise. Abritant à l’année une petite équipe de météorologistes en rotation, Eureka vient au troisième rang parmi les endroits habités de manière permanente les plus au nord de la planète.

Après des années de travail pour rendre l’expédition possible, le plaisir commençait enfin, se sont dit Nicolas et Guillaume en posant leurs bottes sur la banquise pour la première fois de leur vie en milieu d’après-midi le 19 mars.

Les mois précédents avaient été remplis d’incertitude. À deux mois du départ, le volet scientifique du périple l’avait sauvé. Il avait valu aux membres de l’expédition une exemption pour entrer au Nunavut, complètement fermé aux travailleurs non essentiels en raison de la pandémie de COVID-19.

En plus d’être suivi par une équipe de chercheurs québécois désireux d’étudier l’effet de l’expédition sur leurs corps, le trio d’aventuriers comptait profiter de la section de canot pour collecter des échantillons d’arbres. Ils serviraient à alimenter les travaux de Guillaume Moreau, un chercheur en sciences forestières, sur l’effet des changements climatiques sur les écosystèmes nordiques.

Guillaume, Nicolas et Jacob ne se voyaient pas pour autant comme des scientifiques au travail. Pas plus que comme des explorateurs.

On ne part pas explorer le territoire. C’est fait depuis l’occupation autochtone, depuis des milliers d’années. Nous, on fait juste voyager à travers ce territoire-là et la seule exploration qu’on fait, c’est celle de nos propres limites en tant qu’humains.Nicolas Roulx, quelques semaines avant de partir

Et lesdites limites allaient vite être mises à rude épreuve.

La côte de l’île d’Ellesmere lors des premiers jours de l’expédition. (Expédition AKOR)

Une trentaine d’heures après être débarqués de l’avion, après une première nuit dans la tente, leurs sourires du départ avaient déjà disparu. À -35 °C, le froid était mordant, mais c’est l’extrême humidité ambiante qui glaçait les os. Le vent portait de minuscules cristaux de glace, comme un brouillard qui aurait gelé en plein vol, et ces cristaux se posaient sur la banquise, la rendant extrêmement rugueuse.

« On dirait du papier sablé », se désolait déjà Nicolas après quelques kilomètres de ski. Leurs traîneaux, chargés de 135 kg (300 lb) de nourriture et d’équipement, ne glissaient pas du tout. Chaque pouce gagné nécessitait d’y mettre toute sa force.

« Je pourrais traîner un sarcophage et ce serait la même glisse », a lancé Jacob pour faire rire ses acolytes le soir venu. Ils prévoyaient parcourir 20 km par jour durant cette première section de l’expédition. Ils n’en avaient parcouru que six à la fin de leur première journée.

Le plus expérimenté du trio, Jacob Racine, s’attendait à ce que le début de l’expédition soit ardu. Le corps doit s’habituer au froid et à l’effort. Une routine est à établir entre les membres de l’équipe. Tout devient ensuite une chorégraphie à respecter : monter et démonter la tente, s’habiller, manger, gérer sa chaleur corporelle durant l’effort.

La marge d’erreur est mince. Une main laissée à l’air libre un peu trop longtemps peut mener à une engelure qui compromet l’expédition. Une journée à transpirer abondamment et l’on se retrouve, au mieux, avec des vêtements qui ne sécheront jamais, au pire, en hypothermie.

Mais au bout d’une semaine, même Jacob commençait à s’inquiéter. La glace était toujours aussi rugueuse et les trois aventuriers n’avançaient pas du tout au rythme escompté. « Si on ne commence pas tout de suite à se mettre le couteau entre les dents, on n’y arrivera pas », a-t-il écrit dans les pages de son carnet de voyage.

Il avait déjà cassé les fixations de ses deux skis et celles de la paire de rechange. Il tirait désormais son traîneau en bottes. Même avec un sac de plastique imperméable entre leurs corps et leurs sacs de couchage, Guillaume, Nicolas et lui se réveillaient au milieu de la nuit, grelottant dans des sacs trempés qui devenaient des blocs de glace le jour venu.

Dès qu’un textile était réchauffé, l’humidité dans l’air semblait y pénétrer. Ils n’avaient jamais vécu pareil phénomène.

Pire encore, les genoux de Guillaume commençaient à sérieusement le faire souffrir et les antidouleurs qu’il traînait ne semblaient pas faire effet. Tous trois s’étaient bien entraînés à tirer de lourdes charges en prévision de l’expédition, mais rien ne pouvait se comparer aux conditions actuelles.

Au jour vingt, l’expédition était déjà décidément en péril. Le trio avançait désormais dans la baie Norvégienne, ayant laissé derrière eux l’île d’Ellesmere. Autour, plus aucune côte en vue. Aucun animal non plus. Ils étaient seuls dans l’immensité de la banquise, à la merci des blizzards et des compressions glaciaires créant des champs de blocs de glace à contourner.

En douleur, Guillaume Moreau n’était pratiquement plus capable de marcher. Ils avaient multiplié les pauses dans les jours précédents, mais cette fois ils ont simplement décidé d’arrêter à la mi-journée et de monter le campement.

Il fallait avoir une bonne conversation avec Guillaume, a expliqué Jacob à Nicolas, le prenant à part. À ce rythme, ils en avaient pour 50 jours avant d’atteindre Resolute Bay, leur premier relais. Or, ils n’avaient du carburant que pour 40 jours, du naphta, qui servait à faire fondre la glace pour s’abreuver.

Ils allaient manquer d’eau.

Pour Jacob, il était temps de considérer une évacuation d’urgence. À leur position actuelle, on ne pouvait rien pour eux. L’armée canadienne dispose, dans tout le pays, d’un seul hélicoptère capable de se poser sur pareille glace et l’appareil n’a que 800 km d’autonomie. Ils étaient encore trop loin de Resolute Bay pour permettre un aller-retour. Mais en alertant l’armée tout de suite, il pouvait abandonner une partie de la nourriture et laisser Guillaume marcher sans charge jusqu’à un point où le sauvetage serait possible. C’était peut-être la manière de sauver les autres sections de l’expédition, pensait Jacob.

Mais au moment de discuter de ce scénario avec Guillaume, le soir venu, la réponse de ce dernier a été catégorique. Il était hors de question qu’il abandonne.

« Dans ce cas, on n’a plus le choix. On doit skier 20 km chaque jour jusqu’à Resolute, même si ça prend 12 ou 13 heures et qu’on doit couper dans nos nuits », a annoncé Jacob. Tous étaient d’accord pour essayer.

Après avoir parlé avec son frère médecin, à Québec, avec le téléphone satellite, Guillaume a élaboré un « cocktail explosif » avec pratiquement tous les anti-inflammatoires et antidouleurs qui se trouvaient dans leur trousse de premiers soins. Dès le lendemain, il tenterait également de changer sa façon de skier pour ménager ses genoux. Nicolas et Jacob, quant à eux, acceptaient de prendre un peu plus de poids dans leur traîneau respectif.

Après une courte nuit – elles le seraient toutes désormais –, les trois aventuriers repartaient sur la banquise avec l’énergie du désespoir.

Dans le Haut-Arctique, pratiquement rien ne se faisait sans la bénédiction d’Aziz Kheraj. (Expédition AKOR)
Les fantômes de l’expédition Franklin

En quête d’un contact de sécurité à Resolute Bay, en préparation de l’expédition, Nicolas Roulx avait sondé le célèbre aventurier québécois Bernard Voyer. Ce dernier ne lui avait donné qu’un nom : dans le Haut-Arctique, pratiquement rien ne se faisait sans la bénédiction d’Aziz Kheraj.

Tanzanien d’origine débarqué au Canada avec quelques dollars en poche en 1974, Kheraj s’est retrouvé quelques années plus tard à Resolute Bay, où il a rapidement marié une Inuk et fondé une famille. Il est depuis devenu le principal homme d’affaires de l’endroit. L’hôtel, les avions, les stations d’essence : pratiquement tout lui a appartenu à un moment ou à un autre dans le village inuit.

Avec le temps, il est également devenu une sorte de saint patron pour les aventuriers transitant par Resolute Bay. L’expédition AKOR ne faisait pas exception. Une fois le contact établi, Aziz a organisé l’hébergement de Nicolas, Guillaume et Jacob. Et c’est lui qui est allé les reconduire à l’aéroport à leur départ pour Eureka.

La veille, autour d’un souper, il n’avait pas hésité à rappeler aux trois aventuriers ce qui était en jeu. Deux scientifiques néerlandais étaient morts, en 2010, lors d’un périple semblable au leur. La banquise avait cédé sous leurs pieds. Une dizaine d’années auparavant, un aventurier japonais avait subi le même sort à une centaine de kilomètres de Resolute Bay.

« J’espère que ce ne sera pas notre cas », avait dit Nicolas.

« Les bonnes personnes, d’habitude, réussissent », s’était contenté de répliquer Aziz, énigmatique.

N’empêche, vu ses liens avec les Inuit de Resolute Bay, il était bien placé pour savoir que l’archipel arctique canadien est, depuis fort longtemps, un cimetière d’aventuriers blancs.

Le village inuit de Resolute Bay. (Matisse Harvey/Radio-Canada)

La plupart des cours d’eau, des îles et des villages de l’Arctique ont d’ailleurs été nommés en l’honneur des expéditions d’explorateurs comme Hudson, Baffin, Frobisher et Barrow. Mais nul nom n’est plus célèbre dans l’archipel que celui de Sir John Franklin.

Vétéran des guerres napoléoniennes dans la marine britannique, Franklin était devenu une légende de l’exploration en menant une expédition arctique de trois ans, entre 1819 et 1822, à pied à partir de la côte de la baie d’Hudson. Durant le périple, 11 de ses 20 hommes étaient morts. L’un d’eux, soupçonné d’avoir assassiné d’autres membres de l’expédition pour les manger, avait été abattu. Les autres avaient survécu en mangeant du lichen et le cuir de leurs bottes.

John Franklin en était ressorti vivant et, étonnamment, n’avait cessé de vouloir retourner en Arctique. Il y avait fait plusieurs périples subséquents et, à l’âge vénérable, à l’époque, de 59 ans, avait convaincu la Marine royale britannique de lui confier une dernière expédition majeure pour découvrir l’élusif passage du Nord-Ouest.

Partis de Londres en mai 1845 avec deux navires, le HMS Erebus et le HMS Terror, chargés de nourriture pour 3 ans, Franklin et son équipe de 128 hommes ont été vus 2 mois plus tard, près de la côte ouest du Groenland. Puis, plus jamais.

L’explorateur Sir John Franklin. (Parcs Canada)

Lorsqu’il est devenu clair que l’équipage était soit mort, soit prisonnier des glaces de l’Arctique, la Couronne britannique et la femme de Franklin ont financé massivement des missions de sauvetage. Entre 1847 et 1859 uniquement, 36 bateaux ont pris la mer dans l’espoir de retrouver l’Erebus et le Terror. Des expéditions qui ont fini par coûter la vie à encore plus de marins et mené à l’abandon d’autres navires.

L’un d’entre eux, le HMS Resolute, abandonné tout près de l’île Cornwallis, a plus tard donné son nom au village de Resolute Bay.

Durant plus de 150 ans, des aventuriers et les gouvernements britannique et canadien ont poursuivi sans succès la traque des épaves disparues de Franklin, se heurtant à une réalité connue des Inuit depuis longtemps. Dans l’archipel arctique, la nature peut avaler et faire disparaître ceux qui la défient sans laisser de trace.

Résultat du reflet des rayons du soleil, Nicolas souffrait de cécité des neiges. (Expédition AKOR)
Le supplice de la balle de ping-pong

En débouchant du canyon dans lequel ils skiaient depuis le début de la journée, le 8 avril, les trois aventuriers de l’expédition AKOR ont été pris d’émotion. Guillaume, Nicolas et Jacob ont planté leurs bâtons sur une butte surplombant le sud de l’île Cornwallis. À leurs pieds, un petit village circulaire de 200 habitants qu’ils reconnaissaient pour y avoir passé quelques jours avant leur départ : Resolute Bay.

Quelques kilomètres plus loin les attendaient leurs premiers lits en exactement 40 jours. Les genoux de Guillaume avaient tenu le coup, mais toute l’équipe arrivait au premier relais sérieusement amochée.

Résultat du reflet des rayons du soleil, Nicolas souffrait de cécité des neiges. Il ne voyait plus que d’un œil. Depuis plusieurs semaines, Guillaume et lui étaient incapables de s’asseoir ou de se coucher confortablement. Ce qui avait commencé par un une peau asséchée par le froid avait dégénéré en raison de l’humidité. L’infection qui a suivi avait laissé leurs fesses et leurs cuisses couvertes de petites plaies qui s’ouvraient chaque matin au moment de commencer à skier.

Jacob, lui, avait la peau des genoux irritée jusqu’à la chair et la traversée de l’île Cornwallis avait été particulièrement souffrante. Sur la banquise, il avait réussi à tirer son traîneau à pieds, mais sur le terrain cahoteux de l’île, il risquait une entorse à chaque pas. Il avait bien tenté de réparer ses skis brisés depuis le quatrième jour de l’expédition, mais les fixations ne cessaient de s’arracher à nouveau. Heureusement, une nouvelle paire l’attendait déjà à Resolute Bay. Son supplice était presque terminé.

Une odeur de cigarette s’élevait désormais dans l’air autour des trois hommes contemplant le petit village devant eux. Guillaume et Nicolas en avaient apporté un paquet pour se remonter le moral dans les moments les plus creux du périple.

Jacob, qui ne fumait jamais, avait promis à ses camarades qu’il ferait une exception s’ils réussissaient à atteindre leur première destination. Et voilà que Nicolas lui tendait une cigarette allumée, tout sourire. Homme de parole, le guide d’aventure a tiré une longue bouffée, puis tous trois ont éclaté de rire et de soulagement.

Deux semaines plus tard, ils étaient dans un avion survolant le détroit de Barrow. Ils n’avaient pas abandonné, loin de là, mais la fonte hâtive des glaces les forçait à faire une entorse à leurs plans, et à prendre un « raccourci » avant de pouvoir skier vers Gjoa Haven, leur deuxième relais.

Dans la petite maison prêtée par Aziz Kheraj à Resolute Bay, ils avaient eu le temps de parler à leurs proches, de se ravitailler pour la prochaine étape et de reprendre des forces. Seule façon de permettre à leurs plaies de cicatriser, Guillaume et Nicolas avaient passé leurs journées debout, complètement nus, arrachant leurs galles chaque matin pour ensuite appliquer un onguent antibiotique. Une consigne que leur avait donnée à regret un infirmier de la communauté devant leur refus de prendre une plus longue pause pour guérir.

Les Inuit qui arpentaient le détroit de Barrow depuis des semaines avaient vite fait comprendre aux Québécois qu’il était trop tard pour le traverser en ski. L’idée de le survoler les avait d’abord déçus, mais la seule autre solution aurait été un détour de plusieurs centaines de kilomètres vers le nord qui aurait sérieusement étiré l’expédition.

En regardant, des airs, le corridor d’eau large de plusieurs kilomètres qui scindait la banquise du détroit de Barrow, les trois hommes savaient qu’ils avaient pris la bonne décision.

« J’ai envie de pleurer », a lancé Guillaume Moreau, une heure plus tard, à peine débarqué de l’avion. C’était trop beau pour être vrai.

À quelques reprises, les membres de l’expédition AKOR ont pu pagayer sur de petites étendues d’eau se créant par-dessus la banquise. (Expédition AKOR)

Les trois aventuriers ont eu l’heureuse surprise de trouver une banquise parfaitement lisse. Même rechargés de carburant et de nourriture, leurs traîneaux glissaient parfaitement.

Le temps chaud des dernières semaines avait fait son œuvre et les trois hommes pouvaient maintenant skier des journées de 25 km avec amplement de temps pour se reposer. Ils continuaient tout de même d’engloutir quelque 7000 calories par jour, s’arrêtant pour manger à chaque heure et quart. Ce régime de repas déshydratés, gâteaux, noix, chocolat, fromage et saucisson ne les avait pas empêchés de perdre chacun entre 7 et 9 kilos (15 et 20 lb) depuis leur départ.

Descendant sur la banquise au centre des îles Somerset et du Prince-de-Galles, les trois aventuriers ont passé quelques jours à skier sous le soleil, admirant les immenses falaises glacées de part d’autre.

Mais au bout d’une semaine, le moral de l’équipe, resté d’acier durant la première section, a commencé à s’effriter. Ils ne faisaient pourtant face à aucune grande difficulté. C’est, au contraire, l’aspect monotone des journées qui pesait.

Pratiquement chaque jour, le soleil était désormais caché par une basse nappe nuageuse se mariant avec la banquise. Ayant dépassé l’île du Prince-de-Galles, tout était désormais plat autour d’eux. En se levant le matin, ils ne voyaient que du blanc. Huit heures et 25 km plus loin, c’était la même chose. Seuls leurs boussoles et un GPS leur permettaient de garder une ligne droite et de constater à la fin des journées qu’ils avaient bel et bien avancé.

« C’est encore la même crisse de lumière », lançait l’un ou l’autre des membres de l’équipe en regardant à l’extérieur de la tente chaque matin.

C’était comme si on était dans une balle de ping-pong. Tu skies 10 heures. Tout est plat et blanc. Il y a des jours, tu ne sais même plus si t’es vivant ou si t’es mort. T’es comme dans les limbes.Guillaume Moreau

Au bout de quelques semaines du supplice de la balle de ping-pong, Guillaume s’est arrêté net de skier pour entamer un long monologue sur toutes les choses dont il était « écœuré ». Nicolas et Jacob se sont empressés de le filmer et la vidéo, qui a valu à Guillaume le surnom de « capitaine bougon », est devenue une source quotidienne de rire pour les trois hommes.

Jamais leur découragement n’a mené à des tensions dans la petite équipe. Au contraire, la deuxième section les a encore plus rapprochés. Dans ce désert polaire dénué de stimuli, chacun tombait profondément dans ses pensées durant les journées passées à skier. Une introspection d’une unique intensité.

« C’est vraiment un gros voyage intérieur. C’est comme de la méditation pleine conscience pendant des heures chaque jour. Tu as le temps de faire le tour de ta vie plusieurs fois, refaire tous tes deuils, repasser toutes tes relations amoureuses avec toutes tes ex », explique Guillaume Moreau.

À chaque pause pour manger, les trois hommes s’asseyaient et se faisaient part de leurs réflexions de la dernière heure. Sur leur passé, leurs projets, leurs regrets. Entre Jacob, Nicolas et Guillaume, il régnait désormais une ouverture et une honnêteté totales.

Pour se motiver, ils se sont donné le défi de parcourir près de 30 km chaque jour et ainsi devancer leur arrivée à Gjoa Haven, leur deuxième relais. Après une vingtaine de jours, par un beau matin, le soleil a percé les nuages et les cris des bernaches ont commencé à se faire entendre. Une symphonie aux oreilles des trois aventuriers.

Le caribou est un animal emblématique du Nunavut. (Expédition AKOR)

Ces bernaches avaient survolé Québec il y a déjà plusieurs semaines, annonçant le printemps, se sont-ils dit. Le mercure venait de bondir au-dessus de zéro, révélant une flore et une faune insoupçonnées. Les dernières journées avant d’atteindre Gjoa Haven ont été passées à skier en t-shirt et s’arrêter pour photographier les oiseaux migrateurs, les caribous et les phoques, désormais beaucoup plus présents que les ours polaires.

En arrivant au village inuit du sud de l’île du Roi-Guillaume, le 5 juin, Jacob était prêt à rentrer voir les siens. La traversée de l’archipel arctique était un exploit en soi.

Guillaume et Nicolas, quant à eux, étaient encore loin de leur destination finale, mais il était maintenant temps de troquer leurs traîneaux pour des canots. Avec l’arrivée du printemps et de deux nouveaux coéquipiers, Étienne Desbois et Philippe Voghel-Robert, le pire semblait derrière eux.

C’est dans une baie à l’ouest de l’île du Roi-Guillaume, en 2014, qu’a finalement été retrouvée la première des deux épaves de l’expédition de Franklin, celle de l’Erebus. (Expédition AKOR)
Les épaves se révèlent

C’est dans une baie à l’ouest de l’île du Roi-Guillaume, en 2014, qu’a finalement été retrouvée la première des deux épaves de l’expédition de Franklin, celle de l’Erebus. À bord du brise-glace Sir Wilfrid Laurier, 169 ans après la disparition de l’explorateur et de son équipage, des archéologues marins de Parcs Canada ont pu identifier l’épave, dont une partie recouverte d’algues émergeait de la surface de l’eau. Une semaine plus tard, la découverte était annoncée par le premier ministre Stephen Harper et faisait le tour du monde.

Six ans plus tôt, le gouvernement Harper avait décidé de financer une importante reprise des recherches pour une durée de trois ans, une mission finalement étirée grâce au milliardaire Jim Balsillie, cofondateur de BlackBerry, qui avait investi des millions de dollars de sa poche.

C’est d’ailleurs un bateau de Balsillie qui, en 2016, aiguillé par un membre d’équipage inuk, est tombé sur l’épave du Terror. Le dernier chaînon manquant de l’expédition de Franklin était complètement immergé dans une autre baie, au sud-est de celle où l’Erebus avait été découvert.

Aucune des deux épaves ne contenait d‘objet de grande valeur, mais leur découverte a permis d’éclaircir le sort subi par l’équipage de Franklin, recoupant des récits communiqués oralement par les Inuit de la région de génération en génération.

Erebus et Terror dans les eaux agitées de l’archipel arctique. (Parcs Canada)
L’expédition avait passé son premier hiver en Arctique, en 1846, aux abords du détroit de Barrow, pas très loin de Resolute Bay. Plutôt que de rebrousser chemin, une fois libéré des glaces, l’été suivant, Franklin avait dirigé l’Erebus et le Terror vers le nord, puis vers le sud de l’archipel, obsédé par l’idée de trouver un passage vers l’ouest.

Les bateaux s’étaient par la suite retrouvés prisonniers de la banquise à nouveau au large de l’île du Roi-Guillaume, et cette fois la nature avait repris son dû. Les hivers de 1847 et 1848 avaient été si froids que les bateaux étaient restés pris dans la glace l’été venu. Dans les légendes inuit, on dirait plus tard que les hommes blancs, les qallunaaq, avaient provoqué des esprits malveillants en s’aventurant dans l’archipel.

Sir John Franklin est mort en juin 1847 et à la fin de l’hiver suivant, les membres de son équipage encore en vie ont été forcés d’abandonner les navires. Affamés, malades et mal habillés, certains ont réussi à longer la côte de l’île du Roi-Guillaume jusqu’au sud, tout près de ce qui est aujourd’hui Gjoa Haven.

Puis, tirant des traîneaux et une immense barque, ils ont poursuivi leur marche vers le continent à la recherche de l’embouchure d’une grande rivière découverte des années plus tôt par l’explorateur anglais George Back. La rivière était leur porte de sortie vers un territoire plus clément.

Guillaume Moreau, Nicolas Roulx, Étienne Desbois et Philippe Voghel-Robert tirent leur canot sur la banquise, quelques jours après leur départ de Gjoa Haven. (Expédition AKOR)

En lisant sur l’histoire de l’exploration arctique, avant leur départ, Guillaume Moreau et Nicolas Roulx n’avaient pu s’empêcher de remarquer les similitudes entre le tracé de leur expédition et celui de celle de Franklin.

En quittant Gjoa Haven avec les nouveaux venus Étienne et Philippe, ils ne suivaient toutefois plus le trajet du Terror et de l’Erebus, mais plutôt celui parcouru à pied par les membres d’équipage encore en vie après trois hivers.

Le nouveau quatuor de l’expédition AKOR s’est mis en marche vers le sud, tirant désormais sur la glace deux canots chargés de quelque 270 kg (600 lb) de matériel chacun. Quelques jours plus tard, ils ont commencé à longer une nouvelle côte. Cette terre ferme où ils voyaient des troupeaux de caribous et de boeufs musqués était celle du continent. Celle qui les mènerait, des mois plus tard, à la frontière américaine.

C’est non loin d’où ils ont monté leurs tentes ce soir-là, dans un secteur désormais baptisé Starvation Cove, que la marche funeste des derniers survivants de l’expédition de Franklin s’était vraisemblablement terminée. Quelques années après le drame, des Inuit ont raconté à un explorateur anglais y avoir trouvé dans un campement de fortune les cadavres d’une trentaine de qallunaaq, certains présentant des signes apparents de cannibalisme.

Après des années à survivre au froid de l’Arctique, ils étaient morts tout juste avant de réussir à atteindre l’embouchure de la rivière Back.

Les aventuriers lors d’un portage sur un lac glacé. (Expédition AKOR)
Un canot ne peut supporter cela

Guillaume Moreau et Nicolas Roulx avaient réparé une centaine de canots dans leur vie, mais jamais ils n’avaient vu cela. La coque sous l’un de leurs deux canots était complètement trouée, laissant la petite équipe avec une seule embarcation fonctionnelle, seule au milieu de la toundra, 16 jours après leur départ de Gjoa Haven.

La petite équipe avait entamé la troisième portion de l’expédition consciente de la tâche colossale devant elle. La majeure partie du Canada est un immense bassin versant vers l’Arctique. Pendant 2000 km, ils allaient devoir accomplir quelque chose de tout à fait contre-intuitif en canot : remonter des rivières.

« C’est gelé solide », avait cependant constaté Guillaume, déçu, en posant le pied sur l’épaisse glace à l’embouchure de la rivière Back, après une dizaine de jours de marche.

Même en attendant quelques jours le début du dégel, tenter de remonter une si puissante rivière en débâcle mettrait leur vie en danger. Il faudrait se battre contre le courant et éviter d’immenses morceaux de glace descendant vers eux. Sans compter les murs de glace se formant dans les coudes de la rivière qui les empêcheraient d’atteindre la berge rapidement en cas d’urgence.

Il valait mieux passer au plan B : détourner leur itinéraire vers une chaîne de lacs et une plus petite rivière.

La fonte tardive de la glace était un défi pour les aventuriers. (Expédition AKOR)

Les jours suivants ont été à l’image des mois à venir. Ils n’arrivaient à pagayer que de courtes distances. La plupart du temps, ils devaient haler, c’est-à-dire tirer leur canot à bras contre le courant, de l’eau parfois jusqu’à la taille. Sans oublier les portages, les canots et les bagages sur le dos, lorsqu’il fallait passer sur la terre ferme.

Un matin, au début d’un halage, un des deux canots avait commencé à se remplir d’eau. C’est là, en le retournant, qu’ils avaient découvert le trou. Arrivés à Gjoa Haven un an avant eux, les canots étaient devenus trop secs et le dur régime des dernières semaines était déjà en voie de les achever.

Aussitôt, les quatre hommes ont monté un campement d‘urgence et vidé tout ce qu’ils avaient avec eux pour réparer la coque. De l’époxy, de la résine, de la colle, tout y est passé. En désespoir de cause, Étienne avait même accepté de découper un large morceau de caoutchouc de ses bottes pour le coller sur le trou.

Au moment de reprendre la route, après plusieurs jours à laisser la réparation sécher sous une bâche, tous savaient qu’il faudrait désormais tout faire pour ménager les canots. N’ayant plus aucun matériel pour les réparer d’ici à leur arrivée à Baker Lake, dans plusieurs semaines, un autre trou signifierait la fin de l’expédition.

Ainsi a commencé la portion de « canot expérimental » du périple.

Cela impliquait de, parfois, empiler les deux canots l’un par-dessus l’autre avec les bagages et tenter, à quatre, de tirer l’immense sandwich. D’autres fois, de porter les canots sur leur dos en marchant sur des lacs gelés. Inévitablement, chacun finissait par défoncer la glace, passant bien près de s’ouvrir le menton sur un pic gelé en tombant dans l’eau glacée.

Lorsque finalement, ils arrivaient à embarquer dans leur canot et à pagayer, il fallait zigzaguer dans de minces corridors d’eau fendant la glace de grands lacs.

Il y avait tout de même des moments de réjouissance. Pratiquement chaque jour, les aventuriers apercevaient dans la toundra des inukshuks ou d’autres structures de roche rappelant l’occupation historique de cet hostile territoire. Au bord de certaines rivières, il suffisait de ne lancer qu’une ligne de pêche à l’eau pour sortir une truite grise de 10 kg (22 lb).

Étienne Desbois exhibe son souper fraîchement pêché. (Expédition AKOR)

Puis lors de leur dernière journée d’expédition avant d’arriver au village inuit de Baker Lake, ils ont finalement pu descendre une rivière, et pas n’importe laquelle. Portés par le courant de la grande rivière Thelon, ils ont parcouru 60 kilomètres en trois heures sans même forcer.

N’empêche, chaque jour jusqu’à l’arrivée au troisième relais, le 13 juillet, avait amené son lot d’imprévus qui ont exacerbé certaines tensions dans l’équipe.

À peine le groupe avait-il posé ses fragiles canots aux abords du petit abri dans lequel il devait finalement se reposer quelques jours que Philippe annonçait que le périple s’arrêtait là pour lui. Il rentrait en avion à Québec.

Les prochains mois seraient un éreintant marathon. (Expédition AKOR)
« Si on chavire, on est morts »

Dans son appartement de Limoilou, Catherine Chagnon regardait ses bagages étendus sur le sol avec une pointe d’angoisse. Les 48 dernières heures avaient été une course folle. Les prochains mois seraient un éreintant marathon.

Depuis le départ de son amoureux pour le Nunavut, près de cinq mois plus tôt, elle avait eu amplement le temps de s’inquiéter pour lui. Difficile de faire autrement quand on sait que l’être cher dort sur la banquise parmi les ours polaires ou remonte de grandes rivières arctiques en débâcle.

Catherine avait rencontré Guillaume Moreau alors qu’il préparait déjà sa grande expédition. Elle savait dans quoi elle s’embarquait avec lui. Ou du moins c’est ce qu’elle pensait jusqu’à deux jours auparavant.

Grâce à un appareil satellite, Guillaume lui écrivait de courts messages chaque jour depuis le début du périple, mais ils ne pouvaient se parler longuement que lors des relais. Quand elle l’a appelé à Baker Lake, elle a tout de suite perçu dans la voix de son amoureux que quelque chose clochait. L’explication est venue rapidement, accompagnée d’une proposition inattendue.

« Philippe quitte l’expédition. On a besoin d’un remplaçant. On en a discuté avec les gars et… on aimerait que ce soit toi. »

La demande était colossale. Elle impliquait que Catherine prenne plusieurs mois de congé de son emploi de professionnelle de recherche en biologie à quelques jours d’avis, qu’elle fasse ses bagages en vitesse et qu’elle saute dans un avion vers Baker Lake. Surtout, elle ferait face à un défi physique qu’elle n’était pas sûre d’être en mesure de relever du haut de son 1 m 60 et avec ses 48 kilos (105 lb) mouillée.

Sur le coup, elle a demandé une nuit pour y penser, mais au fond d’elle, elle savait déjà qu’elle allait accepter.

Étienne Desbiens, Nicolas Roulx, Catherine Chagnon et Guillaume Moreau au départ de Baker Lake. (Expédition AKOR)

Et c’est ainsi qu’elle est débarquée à Baker Lake, le centre géographique du Canada, hôte d’une des plus grandes concentrations de maringouins au monde, la journée de la fête de Guillaume, le 25 juillet. Bien qu’heureux de retrouver Catherine, c’est tout de même lui qui avait été le plus hésitant à lui demander de les rejoindre : s’il lui arrivait quelque chose, il serait responsable.

Sauf que la liste des candidats disponibles du jour au lendemain ayant le niveau d’habileté nécessaire en canot, une formation de secourisme en région isolée et une bonne connaissance de l’expédition s’arrêtait à un nom.

Sans elle, Guillaume, Nicolas et Étienne auraient soit dû mettre fin au périple, soit tenté de continuer à trois, l’un d’entre eux pagayant en solo dans son canot. Ils y auraient laissé leur peau, se diraient-ils plus tard.

Ils sont partis de Baker Lake de bonne humeur. Catherine amenait une énergie nouvelle, ils avaient eu le temps de mieux réparer les canots et l’été semblait finalement commencé, au Nunavut.

Seul accroc, ils ne pourraient pas emprunter la rivière Kazan. C’est ce que leur avaient fait comprendre des agents de la faune de Baker Lake, leur décrivant la taille et la force des rapides à remonter. Les aventuriers avaient conclu que c’était impossible.

Ils devaient donc encore faire dévier leur itinéraire vers une chaîne de petites rivières et d’immenses lacs entre lesquels ils devraient effectuer des portages. Ils avaient 40 jours de nourriture pour parcourir 1200 km jusqu’à la route où ils devaient enfourcher leurs vélos. En pêchant un peu, ils pouvaient tenir 45 jours. Ce serait suffisant, calculaient-ils.

Quinze jours et moins de 200 km parcourus plus tard, il était clair que le calcul était mauvais.

L’été ne venait pas de commencer. Il venait de finir. Presque tous les jours depuis leur départ, des vents violents se mêlaient à une pluie froide.

« C’est dégueulasse. On dirait un typhon désorganisé », a lancé Nicolas un matin en regardant les éléments se déchaîner sur le lac large de plusieurs dizaines de kilomètres au bord duquel ils avaient campé. Ce jour-là, comme à 6 autres reprises durant les 15 premiers jours, ils n’avaient même pas risqué de se mettre à l’eau. Autour d’eux, il n’y avait que des roches et du lichen. Rien pour se faire un feu et se réchauffer. Rien pour se mettre à l’abri. Ils s’étaient serrés à quatre dans la seule de leurs deux tentes capable d’affronter pareille tempête, jouant aux cartes toute la journée.

Le lendemain, ils se sont levés bien avant les premières lueurs du jour pour défaire le campement et ainsi tenter de parcourir le plus de kilomètres en canot avant que le vent ne se lève. Mais la tempête est arrivée rapidement, les surprenant trop loin de la berge. Soudainement, les vagues se sont déchaînées, faisant plus de deux mètres de haut et une pluie glaciale s’abattait avec force.

Sur ce lac du Nunavut, les experts en canot en eau vive venaient de frapper leur Waterloo. Jamais, même dans la mer du Labrador, avaient-ils affronté des mouvements d’eau aussi dangereux et complexes à naviguer. Vu la température de l’eau et la force des vagues, ils n’avaient pas droit à l’erreur. « Si on chavire, on est morts », a pensé Guillaume Moreau.

Difficile de dire durant combien de temps ils ont pagayé, Guillaume et Catherine dans un canot, Étienne et Nicolas dans l’autre, usant de tous les coups de pagaie de leur arsenal pour empêcher le canot de renverser. Dans ces moments de survie, le temps s’arrête.

Mais une fois sur la terre ferme, ils se sont tous promis de ne plus jamais se placer en pareille situation. Ils allaient devoir attendre des journées plus clémentes pour pagayer. Mais ce faisant, ils allaient manquer de nourriture.

Les quatre membres de l’expédition se rationnaient depuis déjà plusieurs semaines. (Expédition AKOR)
La grande noirceur

« Pour la première fois, là, tabarnak que je suis tanné », a confié Nicolas Roulx à Guillaume Moreau après une journée à tirer leurs canots avec de l’eau jusqu’aux hanches. Les quatre membres de l’expédition se rationnaient depuis déjà plusieurs semaines. Ils avaient faim à toute heure du jour et de la nuit. Et Nicolas, de son propre aveu, commençait à casser mentalement.

Ils étaient encore à quelques jours de leur ravitaillement improvisé au milieu de nulle part, au Arctic Haven Lodge.

Après avoir convenu qu’ils devaient prendre leur temps, ils avaient tout de suite essayé de trouver un endroit où se faire livrer le surplus de repas déshydratés que Guillaume et Nicolas avaient renvoyé à Québec plus tôt dans l’expédition.

Aucune communauté ne se trouvait sur leur chemin, mais il y avait bien l’Arctic Haven, accueillant de riches pêcheurs au lac Ennadai, dont ils avaient entendu parler. L’auberge en région sauvage n’était la propriété de nul autre que leur mystérieux mécène de Resolute Bay, Aziz Kheraj. Après quelques messages textes avec ce dernier, tout était réglé.

Il avait fallu modifier l’itinéraire, évidemment.

Un après-midi, ayant pris de l’avance sur les trois autres dans un portage, Étienne s’était retrouvé face à face avec un gros bœuf musqué. Il s’était immobilisé, un baril et des bagages sur le dos, laissant l’animal le toiser.

Cette scène, seul Étienne peut la raconter. Les trois autres l’ont seulement vu courir vers eux en leur criant : « Dropez toute! » Puis ils ont vu la bête, chargeant au galop derrière Étienne. Ils ont tout laissé tomber et ont fui dans différentes directions.

Personne n’a été éventré ce jour-là. Le bœuf musqué, après une courte course, a décidé de les gracier. Mais l’hostilité de ce territoire aride avait désormais raison de tout plaisir qu’ils pouvaient éprouver auparavant.

Un troupeau de boeufs musqués croisés en chemin. (Expédition AKOR)

Une heureuse surprise les attendait toutefois au Arctic Haven Lodge, quelques jours plus tard. À leur arrivée, sales et affamés, on s’était empressé de leur offrir une douche et un repas chaud.

C’est cependant l’identité de celui qui les accueillait qui rendait la chose si spéciale. L’auberge était propriété d’Aziz, mais c’est la compagnie du légendaire aventurier polaire Richard Weber qui la gérait.

Ancien champion canadien de ski de fond, Weber s’est lancé corps et âme dans les expéditions polaires au début des années 1980, réussissant plus tard le premier aller-retour au pôle Nord en autonomie. Il est aujourd’hui l’homme ayant atteint le pôle Nord le plus souvent de la planète.

« Pour nous, Richard Weber, c’est un demi-dieu. C’est comme un musicien qui rencontre Miles Davis », décrit Nicolas Roulx.

Ce soir-là, autour d’une bière, Guillaume et Nicolas ont pu raconter les détails de leur traversée de l’archipel arctique, méritant les éloges de leur héros. Mais ce qui impressionnait le plus Richard Weber, c’était la prochaine portion de leur périple.

Le détour forcé vers l’auberge ne leur laissait plus le choix. Pour atteindre le nord de la Saskatchewan et leurs vélos, il n’y avait plus vraiment de ligne de canot. Ce serait 300 km de forêts denses, ruisseaux et marécages.

« It’s a very shitty line », leur avait lancé Weber, la voix emplie de respect en regardant la carte. Il connaissait bien le secteur et il n’aurait pas pu mieux dire : un tracé de merde. Ou comme allaient le rebaptiser les Québécois, la « grande noirceur ».

Ils ont quitté l’auberge dès le lendemain et, une dizaine de jours plus tard, c’était au tour de Guillaume d’annoncer au reste du groupe qu’il était en train de casser.

Chercheur en sciences forestières, il avait d’abord été heureux de retrouver les arbres après cinq mois de glace et de toundra. Ils avaient des prélèvements à faire. Puis, ils pouvaient maintenant faire des feux. Mais rapidement, Guillaume en était venu à détester les arbres. Il détestait tout de leur environnement actuel, en fait. Entre les marécages à pagayer, les roches glissantes et les bosquets denses à traverser, le canot sur le dos, ils étaient à bout de nerfs, constamment en train de charger et décharger leur équipement.

Tour à tour, les trois hommes de l’aventure se laissaient aller au découragement. « Je visite des coins sombres de moi », a dit Nicolas.

Catherine, qu’ils surnommaient « le grand bélier », était désormais leur roc. C’est sa résilience, au milieu de cette « grande noirceur », qui a gardé l’expédition à flot.

Dix-huit jours et trente-six portages après leur départ de l’auberge, ils ont finalement traversé le lac Wollaston, dans le nord de la Saskatchewan, au bout duquel ils ont sorti leurs canots de l’eau pour la dernière fois.

Ils n’étaient nulle part. Entourés de vieilles camionnettes sur un « pit » de gravelle jonché de déchets aux abords d’une route de terre. Mais en cet après-midi du 24 septembre, ils ont vécu l’un des plus beaux moments de leur vie. Car ledit moment mettait fin aux pires 60 jours de canot de leur vie.

En enlaçant Catherine, Guillaume Moreau a senti une tonne de stress tomber de ses épaules. Elle avait réussi. Ils avaient réussi.

Demain, Dominic, le frère de Nicolas, arriverait en camionnette avec leurs vélos. Aucun d’eux n’avait déjà fait le moindre kilomètre de cyclotourisme, mais peu importe. Demain, il ferait beau.

Le groupe en avait eu pour une semaine de route de terre avant d’atteindre ce qui ressemblait à une ville. (Expédition AKOR)
Épilogue

Dans la dernière ligne droite vers le parc national de la Pointe-Pelée, dans le sud de l’Ontario, Guillaume et Nicolas ont pris soin de regarder autour d’eux. Les amis à vélo, le paysage. Ils n’allaient jamais oublier ce moment.

Les quelque 3750 km de route depuis le lac Wollaston s’étaient faits comme un charme. Avec les vélos étaient arrivées deux nouvelles membres de l’expédition, Isabelle Donati-Simmons, la copine d’Étienne, et son amie Béatrice Lafrenière, une cycliste aguerrie.

Le groupe en avait eu pour une semaine de route de terre avant d’atteindre ce qui ressemblait à une ville. Ils avaient tout aimé de ce retour à la civilisation. Les arrêts pour acheter des Doritos et de la crème glacée au dépanneur, les lits de motel, les discussions avec les chauffeurs de camion.

Puis ils avaient pris leur rythme de croisière, dépassant Winnipeg après trois semaines. Lorsque, un matin, ils avaient découvert de la neige en sortant de leurs tentes, Guillaume et Nicolas s’étaient félicités. Ils avaient fait le tour des saisons en une même expédition : hiver, printemps, été, automne, hiver.

Le 8 novembre, ils ont finalement atteint Pointe-Pelée, pédalant euphoriques le dernier des 7600 kilomètres parcourus en ski, à pied, en canot et à vélo. Un petit comité d’accueil les attendait au bord du lac Érié. Leurs parents étaient là, la larme à l’œil. Jacob Racine aussi.

Quelque 234 jours après avoir fait les premiers pas de l’expédition sur la banquise, le Gaspésien d’adoption a marché avec Guillaume, Nicolas et le reste du groupe d’aventuriers sur la plage du lac Érié. Ensemble, ils se sont trempé les pieds dans l’eau, au point le plus au sud du pays.

Les aventuriers célèbrent dans l’eau du lac Érié. (Expédition AKOR)

Bras dessus, bras dessous, Guillaume Moreau et Nicolas Roulx ont posé pour une photo victorieuse. Ils n’étaient plus de bons amis, ils étaient des frères, se sont-ils dit. Ils avaient marqué l’histoire, mais n’avaient maintenant plus qu’une seule envie : rentrer à la maison.

Ce qui nous manque le plus, c’est de se lever le matin dans un lit avec rien à faire à part boire un café tranquille dans un bon divan. C’est fou, mais on rêve de ça depuis tellement longtemps.Guillaume Moreau

Deux semaines plus tard, assis dans le divan de son appartement de Limoilou, devant un café, le discours avait déjà changé.

Pendant sept mois, ils s’étaient levés chaque matin, en nature, avec l’urgence d’avancer. Physiquement et mentalement, le retour à leur vie professionnelle en ville était difficile. « Honnêtement, c’est vraiment une grosse drop », confiait Guillaume.

Nicolas le prenait encore plus durement. Lui et son amoureuse venaient de se séparer, à son retour en ville. « J’ai passé les trois dernières années à faire tellement de sacrifices pour cette expédition-là. Je ne sais pas combien d’heures j’ai passées à préparer l’expédition. Maintenant, quoi? C’est terminé. Je n’ai plus de blonde. Je suis devant une page blanche. »

Effectuer la plus longue expédition de leur vie avait laissé les deux aventuriers, semble-t-il, avec plus de questions que de réponses.

Ils s’étaient toujours dit qu’ils ne seraient jamais obsédés par leurs expéditions. Que cette passion ne prendrait jamais toute la place dans leur vie. Nicolas n’était plus sûr de pouvoir y arriver. « Tu peux vouloir que ce soit sain, que ça prenne une place raisonnable, mais en réalité, peut-être que c’est impossible. »

Dans les circonstances, faut-il arrêter ou continuer?

Après huit mois passés en nature, le retour en ville a été dur pour Guillaume et Nicolas. (Expédition AKOR)

De la Gaspésie, Jacob Racine se faisait rassurant. Guillaume et Nicolas étaient en train d’apprendre une leçon d’aventurier. « On passe tellement de temps à préparer nos expéditions qu’on oublie parfois de préparer nos retours. Mais si on ne prépare pas le retour, il y a toujours un blues », expliquait-il.

« En expédition, tu touches à quelque chose de tellement fort, de tellement riche, que ça devient de la drogue dure. Et comme pour de la drogue, tu ne veux pas juste revivre ça. Tu veux revivre plus gros, plus froid, plus loin. »

Durant leur traversée du Canada, Guillaume et Nicolas avaient évoqué, mi-sérieux, le rêve d’un jour parcourir le contour du pays, une expédition de plus d’un an qui nécessiterait de naviguer sur les océans Atlantique et Pacifique à la voile, de skier dans l’Arctique canadien et pédaler sur le continent d’est en ouest.

Il était évidemment trop tôt pour penser à pareil périple. Et pourtant, deux semaines à peine après son retour à la maison, Nicolas Roulx recevait le message suivant de Guillaume Moreau.

« Je veux faire le circum canadien. Maudit désespoir. »

Un reportage de Guillaume Piedboeuf

Radio-Canada

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