Le dégel du pergélisol contribuerait à accélérer le réchauffement climatique

Dans certaines régions de l’Arctique, le pergélisol dégèle si vite qu’il engloutit le matériel scientifique laissé sur place pour l’étudier. (Anna Desmarais/CBC)
Le dégel du pergélisol dans l’Arctique pourrait rejeter dans l’atmosphère des gaz à effet de serre alimentant ainsi le réchauffement de la planète. Dans l’Arctique sibérien, une équipe de géologues allemands est parvenue à déterminer l’origine du dioxyde de carbone libéré par un pergélisol vieux de plusieurs milliers d’années.

Les chercheurs de l’Université de Cologne, en collaboration avec des experts de l’Université de Hambourg et du Centre Helmholtz de Potsdam en Allemagne, ont réussi a déterminé dans l’Arctique sibérien l’origine du dioxyde de carbone libéré par un pergélisol vieux de plusieurs milliers d’années.

Les résultats de leur étude ont été publiés dans la revue spécialisée ScienceDaily. Selon les scientifiques, la crise climatique entraîne une hausse des températures importantes, notamment dans l’Arctique. « La hausse des températures entraîne notamment le dégel d’un nombre croissant de sols en pergélisol, gelés depuis des milliers d’années », indiquent les chercheurs.

On apprend dans le document que le pergélisol dit « yedoma », très répandu dans les régions qui n’étaient pas recouvertes par des calottes glaciaires lors de la dernière période glaciaire, est particulièrement touché. « La glace du sol peut dégeler très brusquement, entraînant l’effondrement et l’érosion du substrat rocheux », peut-on lire.

Ce phénomène, appelé thermokarst, rend le carbone précédemment stocké dans le sol gelé accessible aux micro-organismes, qui le décomposent et le libèrent sous forme de dioxyde de carbone et de méthane.Étude des chercheurs de l'Université de Cologne

La libération de ces gaz à effet de serre amplifie le réchauffement climatique, soutient l’étude. Mais jusqu’à présent, de nombreuses incertitudes subsistent quant à la quantité de gaz à effet de serre qui sera libérée à l’avenir. « Entre autres, on ne sait pas dans quelle mesure le carbone ancien, gelé dans le pergélisol depuis des milliers d’années, peut être dégradé », précise-t-on.

Pour le savoir, l’équipe de chercheurs a prélevé des échantillons de dioxyde de carbone sur un site en Sibérie, sur la rivière Lena, avec un équipement spécialement conçu pour stocker le dioxyde de carbone de manière étanche à l’air et le transporter de la même manière pendant de longues périodes.

De retour à Cologne, les scientifiques ont ensuite déterminé l’âge du dioxyde de carbone par la méthode du radiocarbone. En outre, ils ont analysé les isotopes non radioactifs du carbone. Ces deux paramètres ont ensuite été utilisés pour calculer la quantité de carbone ancien et jeune qui a été décomposée dans le pergélisol en cours de dégel.

« Une grande partie du carbone – jusqu’à 80 % – provient d’une matière organique ancienne qui a été bloquée par le gel dans les sédiments il y a plus de 30 000 ans, notent les spécialistes. Cela signifie que les restes de végétation morts il y a des milliers d’années ont été très bien « préservés » dans les sédiments gelés, ce qui en fait une source de nourriture intéressante pour les micro-organismes du pergélisol en cours de dégel. »

En outre, l’équipe a découvert que jusqu’à 18 % du dioxyde de carbone provient de sources inorganiques. « Nous ne nous attendions pas à ce que cette source de carbone, passée inaperçue jusqu’alors, représente une proportion aussi élevée de la quantité totale de gaz à effet de serre libérée », a déclaré Jan Melchert, géologue à l’Université de Cologne et auteur principal de l’étude.

Melchert ajoute que pour des prévisions climatiques plus précises, il serait nécessaire de prendre en compte cette source. « Les recherches futures devront préciser l’origine exacte du carbone inorganique présent dans la yedoma et les processus par lesquels il est libéré », a-t-il conclu.

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine est diplômé en journalisme de l’Université de Montréal. Il commence sa carrière comme reporter et journaliste culturel. Avant de rejoindre l’équipe de Radio-Canada, il a collaboré durant plusieurs années pour plusieurs médias, notamment l’Agence QMI et Le HuffPost.

Vous avez remarqué une erreur ou une faute ? Cliquez ici !

Laisser un commentaire

Note: En nous soumettant vos commentaires, vous reconnaissez que Radio Canada International a le droit de les reproduire et de les diffuser, en tout ou en partie et de quelque manière que ce soit. Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette.
Nétiquette »

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.