Arctique canadien : quand l’anthropologie et le roman graphique se rencontrent

The Mackenzie delta, vastly important in the earth'ls climate. Photo Credit: M. Milne/Northwest Territories Government/The Canadian Press)
Le delta du fleuve Mackenzie (M. Milne/gouvernement des Territoires du Nord-Ouest/La Presse canadienne)
Un projet de roman graphique à paraître en fin d’année 2022 met en lumière des récits de vie des collectivités gwich’in et inuvialuites du delta du fleuve Mackenzie. L’anthropologue Franz Krause, directeur de projet et chercheur principal du projet DELTA à l’université de Cologne en Allemagne, travaille en collaboration avec l’artiste Karis Ruben, originaire d’Inuvik aux Territoires du Nord-Ouest.

Franz Krause connaît bien le delta du Mackenzie et les communautés qui vivent au bord du fleuve. De 2016 à 2018, il s’est installé pendant neuf mois à Aklavik où il a étudié le mode de vie et la relation des gens du village au fleuve et à leur environnement.

« Leurs conditions actuelles de vie sont caractérisées par la mobilité alors qu’ils doivent composer avec le dégel des paysages dans un contexte de traditions qui mêle à la fois les anciens et les nouveaux moyens de subsistance », peut-on lire dans le résumé de l’une de ses publications, du 8 février 2022, intitulée Habiter dans un delta en transformation.

« Ce qui est très intéressant à propos des deltas des rivières, c’est que l’hydrologie est volatile [lit de rivière à sec, changements des canaux des rivières]. Dans le contexte du changement climatique, poursuit-il, de nouveaux changements sont en prévision. Les endroits qui avaient de l’eau potable ont maintenant de l’eau impropre à la consommation et, en Arctique, le pergélisol fond et la glace se transforme en eau. »

Le dessin pour communiquer

Souhaitant partager le fruit de ses longs mois de recherche avec la collectivité d’Aklavik, l’anthropologue a trouvé dans le roman graphique une façon accessible et plus ouverte pour communiquer les résultats de son travail.

« Nous voulons nous adresser à un public qui n’est pas issu de l’université, à des personnes qui ne sont pas anthropologues, et c’est là que le roman graphique entre en jeu », précise le chercheur.

L’utilisation du dessin en anthropologie n’est pas une pratique nouvelle et Franz Krause considère que le roman graphique apporte une dimension plus drôle, utile et attrayante.

Une artiste aux multiples facettes

Karis Gruben est originaire d’Inuvik. Elle travaille comme coordinatrice de projet pour l’organisme Pauktuutit qui représente les femmes inuit du Canada. Ce projet de roman graphique, dont le titre sera Delta tales (Contes du delta), est l’occasion, selon elle, de travailler sur la scène internationale. Lors d’une rencontre à Cologne fin janvier 2022, elle a pu discuter de la trame narrative de l’ouvrage avec M. Krause. Elle a également fait la connaissance d’illustrateurs originaires du Brésil et du Sénégal, aussi engagés dans ce projet qui aborde les réalités des peuples des deltas en Asie, en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud.

« Je suis vraiment reconnaissante et enthousiaste parce que c’est une belle occasion de voyager à l’extérieur du Canada pour exercer mon art. C’est la première fois que je m’implique dans un projet d’une telle envergure », explique-t-elle.

Malgré la distance entre les peuples des deltas représentés, les similitudes sont plus nombreuses qu’il n’y paraît. L’ouvrage mettra en lumière les liens étroits qui unissent les gens des deltas avec les fleuves au bord desquels ils vivent, selon l’artiste.

C’est aussi, et surtout, le point de vue des résidents qui a été pris en compte lors du choix des histoires pour l’ouvrage. « Qu’est-ce qui est pertinent et qu’est-ce qui est important pour les gens du delta du Mackenzie » sont quelques-unes des questions qui ont permis la sélection finale des récits.

La route de glace

Deux histoires d’une vingtaine de pages chacune seront incluses dans l’ouvrage. La route de glace entre Aklavik et Inuvik fait l’objet d’une des deux histoires sélectionnées. L’importance de cette route est primordiale, car elle est comme un trait d’union pour des familles qui, autrement, ne peuvent se rendre visite qu’en bateau pendant le court été arctique.

« La route de glace est vraiment importante au quotidien, car elle relie les communautés entre elles. Voyager et rendre visite aux membres de sa famille sont très importants. La façon dont la route de glace est construite chaque année et combien de temps elle durera sont des paramètres essentiels pour les gens », explique l’anthropologue.

Karis Gruben, qui a voyagé à plusieurs reprises pendant son enfance sur cette route, trouve une certaine liberté d’expression dans ce projet.

« Je me sens libre de m’exprimer à ma manière dans les dessins et Franz est très ouvert à ce sujet depuis le début. »

L’ouvrage final, qui comptera 160 pages, ne sera pas complété avant la fin de l’année 2022. Une centaine d’exemplaires seront publiés dans chaque langue autochtone, en plus d’une publication en anglais. Les Contes du delta pourront donc être lus en gwich’in et en inuvialuktun.

Nelly Guidici, L'Aquilon

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