La prudence est de mise en cette saison des ours dans le Nord canadien

Les ours noirs sont nombreux aux Territoires du Nord-Ouest. Ils sont également souvent victimes de leur curiosité et des risques que leur proximité avec les humains peut engendrer. (iStock)
Le début du printemps marque le début des interventions pour le service de la vie sauvage du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles des Territoires du Nord-Ouest. Au centre de l’attention, les ours, dont la présence déclenche chaque année nombre d’interventions des services gouvernementaux dans le pays. Le gouvernement des T.N.-O. a dévoilé il y a quelques jours les chiffres des années 2020 et 2021.

L’arrivée des beaux jours dans le Nord est aussi synonyme de réveil pour les mammifères les plus emblématiques des territoires, les ours. Si la majeure partie des interactions entre ours et humains se font dans la plus grande indifférence, certaines peuvent dégénérer, au détriment, le plus souvent, des animaux sauvages.

Pas la victime que l’on croit

Depuis 1784 en Amérique du Nord, 180 personnes auraient perdu la vie au cours d’une rencontre malheureuse avec un ours.

En 2021 seulement, aux Territoires du Nord-Ouest, 124 ours ont été abattus par des agents du gouvernement. La même année, en Colombie-Britannique, ce sont plus de 600 de ces animaux qui ont été abattus, car il présentait ou avait présenté un risque pour les humains.

« L’année a été plutôt moyenne, statistiquement parlant, en ce qui concerne les rencontres avec des ours et les interventions nécessaires [des équipes sur le terrain] », explique le responsable de la communication et des affaires publiques pour le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles, Mike Westwick.

Des interventions inégalement réparties aux T.N.-O.

Selon les chiffres évoqués par courriel par le gouvernement, les signalements d’ours et la manière dont ces derniers ont été traités ont été différents selon les régions.

Dans la région du Dehcho, sur 46 ours signalés aux autorités, tous ont été abattus.

« Les ours abattus dans cette région l’ont été autour de Jean Marie River et de Fort Simpson, explique Mike Westwick. Ils ont été abattus pour protéger les habitants de ces collectivités qui vivaient, à ce moment-là, dans des tentes après les inondations du printemps. »

Une situation dangereuse amplifiée par une autre conséquence des inondations, selon M. Westwick. « Les inondations ont abîmé un certain nombre de congélateurs, dont les contenus ont ajouté à l’attraction que les collectivités exerçaient sur les ours. »

Dans le Sahtu, 35 des 60 signalements ont mené à l’abattage des ours, tout comme 37 des 123 cas rapportés dans le Slave Sud.

Un nombre très faible de signalements ont donné lieu à des délocalisations d’ours. Mike Westwick justifie ces faibles chiffres. « Délocaliser des ours avec des pièges ou grâce à des tranquillisants nécessite de nombreuses personnes, un équipement spécialisé, beaucoup de pratique, de coordination et de temps. »

« Or, explique-t-il, une grande partie des situations qui posent problème avec des ours doivent être réglées rapidement, surtout lorsque ces situations sont proches des collectivités. »

Une variabilité annuelle mise de l’avant par le gouvernement

Pour tenter de limiter les spéculations sur le danger que peuvent représenter les ours d’une année à l’autre, le gouvernement met de l’avant la forte variabilité de ces interactions. Le nombre de signalements et de situations que les équipes du ministère ont eu à gérer en 2021 (298) reste très proche de celui de l’année précédente (285), même si la répartition sur le territoire est, elle, très différente.

En 2020, c’est dans la région du Beaufort-Delta que l’activité a été la plus intense. En 2021, c’est la région du Slave Sud qui a concentré la plus grande partie des interventions du gouvernement. Les régions du Slave Nord, du Dehcho et du Sahtu sont restées assez stables entre les deux années.

Mike Westwick explique le grand nombre d’interventions dans le Slave Sud l’été dernier par la démographie locale des ours noirs, « notamment à cause d’un grand nombre d’observations par les membres des collectivités locales ».

Ni les données des années précédentes ni la répartition géographique des signalements ou leurs conséquences pour les ours n’ont été communiquées par le gouvernement.

Les données accumulées depuis 2012 par le gouvernement de Colombie-Britannique ont cependant été mises de l’avant dans un registre public, signale M. Westwick.

En 2021, 588 ours noirs et 21 grizzlis ont été abattus par les agents du gouvernement de Colombie-Britannique, sur plus de 22 000 appels ayant donné lieu à environ 2500 opérations sur le terrain.

Répartition géographique et issues des cas d’interactions entre ours et
agents du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest en 2021. (Lambert Baraut-Guinet, source : GTNO-ENR)
Nombre de réponses et d’actions du GTNO à des signalements
d’ours dans les régions des Territoires du Nord-Ouest, en 2020 et 2021. (Lambert Baraut-Guinet; source : GTNO-ENR )
Des règles simples pour protéger

Parfois, comme cela a visiblement été le cas autour de Jean Marie River et de Fort Simpson après les inondations du printemps 2021, il existe peu de solutions pour prévenir les conflits entre êtres humains et animaux sauvages.

Souvent, pourtant, prévenir ces situations est relativement simple. Les gouvernements territoriaux et provinciaux le rappellent tous les ans : les espaces naturels canadiens sont aussi les espaces de vie de nombreux animaux sauvages.

« Les ours qui se sont habitués aux collectivités, à la présence humaine et à sa nourriture sont plus susceptibles de reproduire ces comportements, et finalement d’avoir moins peur » et donc d’être plus dangereux, dit M. Westwick.

Une liste simple des comportements à adopter se retrouve sur le site du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles, à l’onglet « Sécurité au pays des ours », ou sur les sites web comme BearWise ou Defenders of Wildlife.

Lambert Baraut-Guinet, L’Aquilon

Lambert est titulaire d'une maîtrise en géochimie de l'Institut de physique du Globe de Paris et en communication sur le changement climatique de l'Université Paris Saclay. Après son doctorat en géochimie isotopique au Muséum National d'Histoire Naturelle où il a étudié les processus de fractionnement isotopique de l'ozone indépendants de la masse, il a travaillé comme rédacteur scientifique, rédacteur technique et professeur de mathématiques. En tant qu'écrivain indépendant, son travail a été publié dans Pour la Science et d'autres publications.

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