Fentanyl et drogues émergentes dans les eaux usées de Behchokǫ̀

Bertha Rabesca-Zoe, cheffe de Behchokǫ̀, souhaite faire prendre conscience aux résidents des menaces liées au trafic de drogue dans la communauté. (Photo d’archives : CBC/Kate Kyle)

Par Thomas Ethier

La cheffe de Behchokǫ̀, Bertha Rabesca-Zoe, a rendu public cette semaine un aperçu des résultats des tests effectués à l’automne 2025 dans les eaux usées, qui révèlent notamment la présence de fentanyl et de substances analogues dans la communauté d’environ 2000 habitants, située à environ 100 km de Yellowknife.

Les résultats signalent la présence de nombreuses substances nouvelles et émergentes dans la communauté,  « ce qui indique un approvisionnement imprévisible, qui change rapidement », écrit la cheffe dans un message publié lundi sur Facebook.

Cette dernière y confirme que des substances à haut risque, y compris le fentanyl et des substances analogues, ont été détectées durant cette période.

Les tests ont été réalisés en septembre et octobre 2025, dans le cadre de l’initiative de Surveillance nationale des drogues dans les eaux usées (SNDEU).

Les données recueillies dans le cadre de cette initiative du gouvernement fédéral sont rapportées tous les trois mois sur le tableau de bord de la SNDEU.

L’outil n’inclut pas d’identifiants pour les collectivités participantes ni pour leurs résidents.

Une prise de conscience

En entrevue avec CBC/Radio-Canada, Mme Rabesca-Zoe dit avoir fait part de ces informations pour faire prendre conscience à la population de la menace liée au trafic de drogue dans sa communauté.

« Nous savons que ces drogues représentent un énorme problème dans nos communautés et que les trafiquants profitent énormément des dépendances qu’ils génèrent parmi la population », souligne-t-elle.

« Les données amassées nous aideront, parce que, si nous avons du fentanyl dans notre communauté, il pourrait éventuellement y avoir du carfentanyl, et nous savons ce que cela peut produire  », ajoute la cheffe, évoquant la vague de surdoses qui a frappé la municipalité de Hay River à l’automne 2025.

« Est-ce que cela s’en vient dans notre communauté? Nous devons commencer à nous y préparer, être vigilants et nous attaquer à ce genre de choses lorsqu’elles se présenteront. »

Selon la députée de Monwfi, Jane Weyallon Armstrong, ces données représentent une confirmation pour la communauté.  « Nous avons maintenant des données concrètes qui prouvent que toutes ces drogues se trouvent à Behchoko », dit-elle.

La situation est selon elle d’autant plus alarmante que les ressources se font rares dans les communautés du territoire.

Un portrait général

Mise sur pied par le gouvernement du Canada, la SNDEU permet d’analyser chaque mois des échantillons provenant des régions participantes de partout au pays.

L’objectif est de « fournir une vue d’ensemble des drogues consommées et mettre en évidence les tendances et schémas de consommation », selon ce qu’on lit sur le site web de la SNDEU.

En novembre 2025, des sites dans neuf provinces et territoires participaient à l’initiative, selon ce qu’a indiqué un porte-parole de Santé Canada par courriel.

« Santé Canada prévoit poursuivre l’expansion de la SNDEU, afin de couvrir toutes les provinces et tous les territoires », lit-on.

À l’heure actuelle, aucune donnée n’est disponible pour les territoires du Yukon et du Nunavut.

Selon Vivian Yargeau, professeure en génie chimique à l’Université McGill, l’analyse des eaux usées constitue un outil précieux pour éclairer les interventions, orienter les ressources et évaluer l’incidence des politiques publiques.

« Les laboratoires peuvent désormais suivre un plus large éventail de substances, y compris des drogues émergentes et certains opioïdes synthétiques, et produire des indicateurs quasi en temps réel pour appuyer la surveillance de santé publique », explique-t-elle.

Elle souligne toutefois l’importance d’effectuer ces analyses en complément d’autres indicateurs, y compris les données cliniques et les enquêtes sur le terrain.

« Cette méthode fournit un portrait agrégé, et ne permet donc pas de distinguer, par exemple, si peu de gens consomment beaucoup, ou si beaucoup de gens consomment peu », souligne-t-elle.

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