Tensions au Groenland, fragilités des infrastructures dans l’Arctique canadien

TROMSØ, Norvège — Les tensions géopolitiques entourant le Groenland et les activités russes dans le Grand Nord ont ravivé l’attention politique portée sur l’Arctique canadien, mettant en évidence des lacunes de longue date en matière d’infrastructures qui minent à la fois le bien-être des communautés et la sécurité nationale, a affirmé le président de l’organisation nationale inuit du Canada.
« Trop souvent, la rhétorique exclut complètement les peuples autochtones et les Inuit de notre territoire », a déclaré Natan Obed, président d’Inuit Tapiriit Kanatami, lors d’une entrevue mercredi à Tromsø.
Plutôt que d’investir dans des installations militaires autonomes, Ottawa devrait, selon lui, privilégier des infrastructures à double usage — pistes d’atterrissage et ports — qui serviraient à la fois les communautés nordiques et, au besoin, les Forces armées canadiennes.
« Les manques sont criants », a-t-il dit.
La majorité des routes des 51 communautés inuit du Canada ne sont pas asphaltées et ne peuvent accueillir que de petits appareils. De plus, une seule installation portuaire en eau profonde dessert l’ensemble de la région, alors que presque toutes les communautés sont côtières ou situées le long de grandes voies navigables.
« Plusieurs de nos communautés ne peuvent pas recevoir de gros avions, soit à cause de la longueur des pistes, soit de leur état », a expliqué M. Obed. « Le Canada se trouve désavantagé sur le plan stratégique simplement parce qu’il ne peut pas atterrir dans toutes les communautés. »
Il a rappelé que des décennies de dépenses en défense dans l’Arctique ont donné lieu à des sites militaires autosuffisants — notamment à Inuvik et à Iqaluit — conçus sans planification à long terme, même si ces lieux sont ensuite devenus des foyers pour des communautés inuit.
M. Obed s’est dit favorable aux discussions fédérales visant à élargir et à soutenir les Rangers canadiens, mais a souligné que ces investissements ne règlent pas les conditions de vie dans les endroits où résident les Rangers.
« Nos communautés accusent d’énormes déficits d’infrastructures qui empêchent l’armée canadienne de se mobiliser efficacement en temps de crise », a-t-il dit.
Les réseaux inuits, un atout pour la sécurité de l’Arctique
Le président de l’organisation nationale inuit du Canada a comparé l’approche canadienne à celle du Groenland, où des dirigeants politiques inuit participent directement, aux côtés du Danemark, aux discussions internationales en matière de sécurité et de diplomatie. Il a cité la présence de la ministre groenlandaise des Affaires étrangères Vivian Motzfeldt aux côtés de son homologue danois à Washington, en janvier, lors d’échanges visant à apaiser les tensions autour du Groenland.
« Au Canada, on ne verrait jamais la ministre des Affaires étrangères Anita Anand entrer dans une salle aux États-Unis avec un dirigeant autochtone élu démocratiquement, en tant qu’égal », a-t-il lancé. « C’est le genre de chose qui doit changer. »
Selon lui, cette exclusion occulte aussi l’une des contributions essentielles des Inuit à la souveraineté arctique : les liens pan-inuit de longue date à travers l’Arctique, malgré les frontières nationales.
« Nous avons la chance de nous être mobilisés ensemble au Groenland, au Canada, en Alaska et dans la région russe de la Tchoukotka grâce au Inuit Circumpolar Council », a-t-il rappelé. « Nous discutons des mêmes enjeux que nos États, coopération, zones de faible tension et paix dans l’Arctique. »

Les propos de M. Obed faisaient suite à sa participation à la conférence Arctic Frontiers, où il a pris part à un panel sur les investissements en infrastructures dans un contexte de pressions géopolitiques changeantes dans le Nord.
Parmi les autres intervenants figuraient Silje Karine Muotka, présidente du Sámi Parliament in Norway; Baiba Braže, ministre des Affaires étrangères de la Lettonie; et Cecilie Myrseth, ministre norvégienne du Commerce et de l’Industrie.
Mme Muotka a fait écho aux propos de M. Obed sur l’importance d’impliquer les peuples autochtones dès le départ dans la planification de la sécurité arctique, soulignant que la connaissance approfondie du territoire et des déplacements en milieu nordique devrait être perçue par les États comme un atout, et non comme un obstacle.
« Les consultations arrivent trop souvent tardivement, une fois que les décisions clés sont déjà prises, ce qui limite l’influence réelle et transforme la participation en simple formalité procédurale plutôt qu’en démarche de fond », a-t-elle déclaré. « Nous appuyons les infrastructures et les besoins de la défense, mais cela ne peut se faire sans nous. »
Écrire à Eilís Quinn : eilis.quinn@cbc.ca
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