JO : le hockey en inuktitut est devenu un succès en diffusion continue

Pujjuut Kusugak (à droite) et son collègue de diffusion David Ningeogan commentent le quart de finale de hockey masculin entre le Canada et la République tchèque, mercredi. (CBC Sports)

Durant tous les Jeux olympiques qui se sont tenus à Milan-Cortina, CBC et Radio-Canada ont offert la traduction en langues autochtones pour certaines épreuves. Certaines traduites en inuktitut ont connu un énorme succès.

C’était le cas du hockey masculin et notamment du quart de finale de l’équipe canadienne contre la Tchéquie, mercredi. C’est finalement le Canada qui a remporté cette partie extrêmement serrée en prolongation.

Alors que de nombreux spectateurs suivaient la rencontre en anglais ou en français, elle était également commentée en inuktitut, la langue parlée par les Inuit du pays.

Pujjuut Kusugak et David Ningeongan ont assuré les commentaires de chaque instant crucial, y compris le but vainqueur de Mitch Marner en prolongation.

« Les dernières minutes de la troisième période ont été vraiment stressantes. C’était très émouvant », a raconté David Ningeongan.

« C’était le match le plus excitant auquel j’aie jamais participé », a affirmé de son côté Pujjuut Kusugak.

Ningeongan et Kusugak à Rankin Inlet, Nunavut. (Pujjuut Kusugak)

Originaires de Rankin Inlet, au Nunavut, Kusugak et Ningeongan ont tous deux souligné que commenter le hockey aux Jeux olympiques dans leur langue maternelle était un honneur.

C’est toujours un honneur et un privilège absolu de pouvoir faire ce genre de chose.Pujjuut Kusugak, commentateur inuk

Un public croissant pour le hockey en inuktitut

Kusugak et Ningeongan ont commencé à commenter le hockey pour les Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022, et des gens de partout au pays étaient à l’écoute.

Les matchs de hockey canadiens en inuktitut à Pékin ont totalisé plus de 110 000 vues sur toutes les plateformes numériques de CBC/Radio-Canada en 2022, et Milan-Cortina dépasse actuellement ce chiffre.

L’attaquant Macklin Celebrini (no 17) célèbre son but, le premier de l’équipe canadienne dans ce tournoi olympique. (Photo d’Archives : Getty Images/Gregory Shamus)

Le charisme de Kusugak et Ningeongan à l’antenne a rendu leurs commentaires de plus en plus populaires auprès des téléspectateurs, qui partagent leurs impressions sur les médias sociaux avec le mot-clic « InuktitutHockey ».

« Il y a aussi des non-Inuit dans le sud du Canada qui écoutent l’émission », a déclaré Ningeongan.

Ils disent ne pas comprendre ce qu’on dit, mais l’enthousiasme est là, et nous sommes toujours ravis de faire partie de l’équipe.David Ningeongan, commentateur inuk

Avant même Pékin, Kusugak et Ningeongan se faisaient déjà une place dans le monde des commentaires sportifs de hockey.

En 2010, Kusugak a commenté des matchs des Jeux olympiques de Vancouver pour APTN. Ningeongan, quant à lui, commente des matchs pour une radio locale du Nunavut depuis près de 20 ans.

En 2019, Ningeongan est également devenu le premier Inuk à commenter le Tournoi national de hockey Fred Sasakmoose « Chief Thunderstick », un tournoi entièrement autochtone, à Saskatoon.

Kusugak et Ningeongan, accompagnés de Robert Kabvitok (à gauche), ont participé à la diffusion de Hockey Night in Canada en inuktitut sur APTN l’an dernier. (APTN)

Kusugak et Ningeongan ont aussi eu l’occasion de commenter des matchs de basketball lors des Jeux olympiques d’été de Paris en 2024.

L’enrichissement linguistique par le hockey

Ce qui rend les commentaires de Kusugak et Ningeongan particulièrement uniques, c’est leur capacité à jongler avec plusieurs dialectes.

« Dans le Nord, nous n’avons pas qu’un seul dialecte. Certaines communautés peuvent en compter jusqu’à sept », explique Ningeongan, ajoutant que Kusugak et lui parlent des dialectes différents.

« Ça nous permet de vraiment captiver nos téléspectateurs, même si nous parlons avec des accents légèrement différents », disent-ils.

Outre les dialectes, le vocabulaire utilisé par Kusugak et Ningeongan dans leurs commentaires doit s’enrichir de termes spécifiques au hockey pour lesquels il n’existe pas d’équivalent en inuktitut.

« Il s’agissait surtout de remettre les choses dans leur contexte. On ne peut pas retranscrire un mot exactement comme en anglais », a expliqué Kusugak.

« Pour des choses comme une pénalité, quand on dit ça, c’est « Tigujaujuq » (ᑎᒍᔭᐅᔪᖅ). C’est presque comme dire « être mis en prison » », a-t-il ajouté.

La communauté de Rankin Inlet, dans le centre du Nunavut. (Liny Lamberink/Archives/CBC)

Ningeogan a ajouté que les traductions entre l’inuktitut et l’anglais ne sont pas toujours identiques en longueur, ce qui explique pourquoi les deux commentateurs ont adapté leur vocabulaire pour désigner les différents termes du jeu.

« Par exemple, pour la rondelle, j’ai longtemps dit : « aqsannguaakuluk » (ᐊᖅᓴᖖᒍᐊᑯᓗᒃ) », a-t-il précisé.

Ningeogan a indiqué qu’ils avaient décidé de consulter leurs partisans pour trouver un nouveau mot inuktitut plus court pour désigner la rondelle.

« Les gens disaient : « On regarde du hockey depuis toujours, on comprend ce que vous voulez dire par rondelle, alors gardez ce mot » », raconte Ningeongan, ajoutant qu’ils utilisent maintenant un terme similaire au terme anglais « puck », « Pak » (ᐸᒃ).

Pour les dégagements refusés, Ningeongan explique que le duo a consulté sa communauté pour trouver une traduction.

Finalement, une personne d’une patinoire locale leur a suggéré d’utiliser « Sipkutijut » (ᓯᑉᑯᑎᔪᑦ). « Ce terme a fait mouche, et c’est celui qu’on utilise encore aujourd’hui », a conclu Ningeongan.

Grâce à l’aide de leur communauté et des spectateurs locaux, la terminologie du hockey en inuktitut ne repose plus uniquement sur eux deux.

Nathan MacKinnon célèbre son but avec ses coéquipiers. (Photo d’archives : Getty Images/Gregory Shamus)

« Il m’est arrivé, pendant une pause, d’envoyer un texto à ma mère, juste pour lui demander un mot pour ça. Et elle m’a répondu », a expliqué Kusugak.

La participation de la communauté aux diffusions permet également aux téléspectateurs qui utilisent des dialectes ou un vocabulaire différents d’apprendre les uns des autres grâce au jeu.

Nous essayons d’en faire une expérience d’apprentissage et une occasion d’enseigner, a-t-il dit.

Le hockey dans le Nord

Ningeongan a souligné que le hockey occupe une place particulière dans les communautés inuit.

Kusugak et Ningeongan ont tous deux été impliqués dans ce sport, au-delà des commentaires, comme entraîneurs et joueurs. Kusugak a joué dans diverses équipes de ligues mineures, tandis que Ningeongan est connu au Nunavut comme gardien de but.

« Avant, avec la Soirée du hockey au Canada (Hockey Night in Canada), tout le monde regardait l’émission. On partait chasser le samedi matin et on était de retour avant le début du match », a-t-il dit.

L’an dernier, Kusugak et Ningeongan ont commenté plusieurs matchs de la LNH en inuktitut pour l’émission Hockey Night in Canada sur APTN.

Le hockey est un sport très populaire au Nunavut. Ici, l’équipe de hockey féminine du Nunavut. (Photo d’archives : Radio-Canada/Juanita Taylor)

Ningeongan a souligné l’importance, pour les membres de leurs communautés, et notamment les jeunes, d’entendre leur langue lors des Jeux olympiques.

« Notre langue est en train de disparaître, et nous faisons donc tout notre possible pour promouvoir l’inuktitut afin de la préserver. J’espère que notre participation aujourd’hui contribuera à ce que nous continuions à l’utiliser », a-t-il déclaré.

Kusugak a confié espérer que leur travail pour les Jeux olympiques et Hockey Night in Canada incitera d’autres personnes à commenter des sports ou des événements en inuktitut, même à l’échelle locale.

« C’est un privilège de parler d’un sport que nous aimons, d’utiliser notre langue et, je l’espère, de la promouvoir auprès d’autres personnes à l’avenir », a ajouté Kusugak.

C’est un travail de rêve, a-t-il affirmé.

D’après un texte de Joy SpearChief-Morris, de CBC

Radio-Canada

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