Arctique : le trafic maritime en forte hausse depuis 2013

Le nombre de navires opérant dans l’Arctique a atteint un niveau record en 2025. Selon les nouvelles données du groupe de travail sur la protection du milieu marin du Conseil de l’Arctique, la navigation dans la zone couverte par le Code polaire a bondi de 40 % depuis 2013. Une intensification étroitement liée à la fonte des glaces, à l’essor des projets extractifs et au tourisme de croisière.
En 2025, 1812 navires uniques ont pénétré dans la zone arctique définie par le Code polaire international — un cadre réglementaire adopté par l’Organisation maritime internationale et entré en vigueur en 2017, qui impose des normes spécifiques de sécurité et de protection de l’environnement aux navires opérant dans les eaux polaires.
C’est un sommet depuis le début du suivi systématique du trafic maritime par le groupe de travail sur la protection du milieu marin (PAME), en 2013. À l’époque, ils étaient 40 % de moins.
Le terme « navires uniques » désigne chaque bâtiment comptabilisé une seule fois, même s’il effectue plusieurs traversées dans l’année. Mais au-delà du nombre d’unités, c’est l’intensité de l’activité qui frappe : la distance totale parcourue dans la zone polaire est passée de 6,1 millions de milles nautiques en 2013 à 11,9 millions en 2025, soit une hausse de 95 %.
Septembre, mois de tous les records
La saisonnalité épouse désormais le rythme du déclin de la banquise. Le pic est atteint en septembre, lorsque l’étendue de la glace de mer est à son minimum annuel, indique les données. En septembre 2025, 1 060 navires — soit 58 % du total annuel — ont pénétré dans la zone du Code polaire.
« Plusieurs raisons expliquent l’augmentation du trafic maritime dans l’Arctique », souligne Hjalti Hreinsson, secrétaire adjoint du PAME et responsable du système de données ASTD.
« L’une d’elles, et sans doute la plus marquante, est l’augmentation de l’exploitation des ressources naturelles. Comparé à d’autres régions maritimes du monde, il n’y a pas tant de navires que cela dans l’Arctique, mais chaque nouveau projet a un impact majeur sur les statistiques. »
Parmi les types de navires les plus présents figurent les bateaux de pêche, qui représentent 40 % du trafic, suivis des cargos polyvalents. Mais ce sont les pétroliers transportant du brut qui ont connu la plus forte progression depuis 2013 : +396 % en douze ans. Les vraquiers ont augmenté de 156 %, et les navires de croisière de 123 %.
Deux projets industriels emblématiques illustrent cette dynamique. La mine de Mary River, au Nunavut, exploitée depuis 2015, a entraîné une explosion du trafic de vraquiers dans la baie de Baffin : +540 % en douze ans. En 2025, ces navires y ont parcouru 130 684 milles nautiques, contre seulement 3559 en 2013.
Autre moteur, le projet gazier de Yamal, en Russie. Avant 2018, les méthaniers étaient quasi inexistants dans la zone. Désormais, 40 pétroliers gaziers uniques y opèrent, soutenus par une flotte de 15 navires spécialement conçus pour naviguer toute l’année dans les glaces.
« On observe également une hausse du tourisme de croisière en Arctique, illustrée par l’augmentation du nombre de navires dans le Grand Nord », ajoute M. Hreinsson.
Mieux surveiller un océan en mutation
Face à cette montée en puissance, le PAME insiste sur la nécessité de disposer de données fiables et actualisées. Son système Arctic Ship Traffic Data (ASTD) agrège des informations détaillées sur les trajectoires des navires, les escales dans plus de 400 ports arctiques, les émissions, la consommation de carburant ou encore la saisonnalité des voyages.
« Nous préparons de nouveaux rapports, notamment sur les petits navires, les navires de croisière et de passagers, ainsi que sur les bateaux de pêche, de loin les plus nombreux dans l’Arctique », précise le secrétaire adjoint. Un partenariat avec des experts français doit également déboucher sur une étude consacrée aux accidents maritimes dans la région.
Une mise à jour majeure du système ASTD permettra bientôt d’inclure des statistiques détaillées pour environ 500 ports arctiques et d’identifier le dernier port d’escale des navires avant leur entrée dans la zone polaire. « Les utilisateurs pourront voir d’où viennent les navires avant d’entrer dans l’Arctique. Cela ouvrira de nouvelles perspectives d’analyse », conclut Hjalti Hreinsson.
- L’Organisation maritime internationale vise une réduction de 50 % des gaz à effet de serre d’ici 2050
- Défense en Arctique : le Canada, l’Alaska et le Groenland doivent travailler en équipe
- De nouvelles infrastructures militaires prévues dans le Nord, selon Bill Blair
- 20 milliards de dollars sur 20 ans pour améliorer la défense de l’Arctique canadien
