Le Manitoba craint de perdre la course de l’Arctique face à l’Alaska

Les États-Unis ont investi 757 millions de dollars canadiens pour la construction d’un port à Nome en Alaska.
(Radio-Canada)

Par Océane Kouassi

Alors que les États-Unis accélèrent la construction d’un port stratégique en eau profonde à Nome, le délégué commercial du Manitoba à Washington, Richard Madan, a tiré la sonnette d’alarme lors d’une allocution prononcée ce jeudi 9 avril 2026 à Winnipeg. Il affirme que le Canada risque d’être devancé si la modernisation du port de Churchill ne passe pas « rapidement de la phase de conception à celle de l’action ».

Une course contre la montre dans le Nord

Située dans l’ouest de l’Alaska, la ville de Nome compte 3700 résidents. Bien qu’elle soit gelée la majeure partie de l’année, les États-Unis investissent environ 757 millions de dollars canadiens pour y construire un port en eau profonde. Les travaux de démolition débutent cet été.

La première phase de ce port en eau profonde sera opérationnelle dès 2029, avec un achèvement complet prévu pour 2033. Pendant ce temps, l’expansion du port de Churchill demeure au stade conceptuel.

Bien que les gouvernements provincial et fédéral aient déjà engagé 263 millions de dollars pour moderniser le chemin de fer de la Baie d’Hudson et les systèmes de chargement, le groupe Arctic Gateway et ses partenaires publics n’ont pas encore défini la portée finale des travaux.

« Si l’on continue les études de faisabilité et les discussions sans passer à l’action, cela pourrait être problématique », a prévenu Richard Madan lors d’une allocution devant le Conseil du porc du Manitoba au Centre des congrès RBC de Winnipeg.

En ce moment même, à Nome, on construit un port en eau profonde, et des milliards de dollars sont investis dans ce projet. Si ce port est achevé et opérationnel avant que Churchill ne soit entièrement modernisé, cela pourrait poser problème.

Richard Madan, représentant du Manitoba aux États-Unis

La modernisation et l’agrandissement du port de Churchill sont essentiels aux yeux du premier ministre Wab Kinew pour renforcer la souveraineté du Canada dans l’Arctique. Pour lui, ce retard n’est pas qu’économique, car il en va de la souveraineté du Canada sur l’Arctique.

Selon M. Madan, si le port de Nome est opérationnel avant que Churchill ne soit entièrement modernisé, le Manitoba perdra un avantage stratégique majeur.

Des relations commerciales encore fragiles

Au-delà des infrastructures, Richard Madan a brossé un portrait sombre des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis.

Dans un contexte d’année électorale aux États-Unis, le délégué manitobain a dû adapter sa stratégie en ciblant les élus des États plutôt que le niveau fédéral à Washington, qui est actuellement paralysé par les enjeux politiques internes.

Signe de cette tension, certains élus républicains refusent même d’être photographiés à ses côtés pour ne pas paraître trop proches des intérêts canadiens en pleine campagne.

Le délégué a également exprimé ses craintes concernant le futur accord commercial entre le Canada, le Mexique et les États-Unis prévu pour juillet. Il redoute que le résultat final ne se résume qu’à une série de concessions de la part du Canada.

« Les relations entre le Canada et les États-Unis sont devenues moins cordiales et ont pris un caractère purement transactionnel », a-t-il déclaré.

En poste depuis l’été dernier, le délégué manitobain a précisé avoir consacré ses premiers mois à l’établissement de relations. « Comme pour toute entreprise ou toute personne qui se lance dans les affaires, la première année est consacrée au renforcement des capacités », affirme-t-il.

L’ancien journaliste de CTV et de CBC avait fait l’objet de critiques de la part de l’opposition à l’annonce de sa nomination. Le montant de son salaire, s’élevant à 387 000 $ canadiens, avait provoqué l’indignation du chef du Parti progressiste-conservateur, Obby Khan. Ce dernier a notamment remis en question l’absence de nouveaux accords commerciaux conclus pour le Manitoba sous l’égide de M. Madan.

Interrogé sur la question, Richard Madan a affirmé ne pas se soucier des critiques concernant ses performances à Washington ou sa rémunération. Il a rappelé que les provinces ne signent pas d’accords commerciaux de manière autonome et que son salaire est comparable à ce que l’Alberta et l’Ontario versent pour des postes similaires.

Il a ajouté que son revenu est presque équivalent à celui d’un cadre de CBC à Toronto, ironisant sur le fait que ces derniers « reçoivent une prime », contrairement à lui.

Richard Madan prévoit de retourner dans le monde des médias à l’issue de son mandat de trois ans.

En attendant, il s’envolera pour l’Alaska la semaine prochaine avec le ministre du Commerce, Jamie Moses, pour participer à un sommet sur l’Arctique organisé par la sénatrice Lisa Murkowski.

Avec les informations de Bartley Kives

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