Feu vert à la mine Kudz Ze Kayah, au grand dam d’une Première Nation du Yukon

Une vue d'ensemble d'un camp minier en région éloignée.
Le projet minier Kudz Ze Kayah de BMC Minerals, à environ 260 kilomètres au nord-ouest de Watson Lake, au Yukon, se trouve sur le territoire traditionnel de la nation Kaska. (Photo : BMC Minerals)


Un texte de Chloé Dioré de Perigny

Le Conseil Dena de Ross River (RRDC) condamne fermement la nouvelle approbation donnée par Ottawa et le Yukon à la mine Kudz Ze Kayah, de la compagnie BMC Minerals, sur son territoire traditionnel, après plusieurs années d’opposition et de procédures judiciaires.

Vendredi dernier, un comité décisionnel regroupant Ressources naturelles Canada, Pêches et Océans Canada et le gouvernement du Yukon a autorisé le projet de mine polymétallique à aller de l’avant, sous réserve de 52 modalités et conditions – 10 de plus que dans la dernière révision.

Ces conditions visent notamment à répondre aux préoccupations des communautés kaska et à empêcher que le site soit abandonné aux frais des contribuables, comme cela été le cas à Faro, Minto et pour la mine Eagle. Cette décision ne permet pas encore de lancer la construction, mais de passer à l’étape du processus réglementaire des permis, d’après le document.

Une atteinte grave et injustifiée

Pour le RRDC, ce feu vert est une atteinte « grave et injustifiée » à ses droits territoriaux. La communauté affirme être la détentrice exclusive des titres sur ces terres en vertu des lois kaska, et soutient que cette décision viole également les engagements du Canada envers la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones DNUDPA.

Le RRCD a clairement fait connaître sa position : ce projet minier est mal situé et ne doit en aucun cas être autorisé, dénonce ce dernier dans une déclaration.

« La réalité, c’est que les avantages économiques du projet ne nous reviennent pas, alors que la destruction de nos terres et de nos droits sera définitive et irréversible », affirme une déclaration du Conseil Dena de Ross River.

La compagnie BMC Minerals, établie à Vancouver, souhaite depuis plusieurs années développer cette mine qui, selon elle, deviendrait le plus grand producteur d’argent et de zinc du Canada.

Le site défini se trouve sur le territoire traditionnel de la Première Nation Liard et du RRDC, et aucune de ces deux communautés n’a conclu d’accord de revendication territoriale avec Ottawa et le Yukon.

Une première approbation du projet, en 2022, a suscité une bataille juridique entre le RRDC, la Première Nation Liard et les gouvernements fédéral et territorial. La Cour d’appel du Yukon a finalement statué en 2024 que les Premières Nations n’avaient pas été suffisamment consultées, exigeant que ce processus reprenne sur la question de faisabilité économique de la mine.

Un projet jugé rentable

Dans la décision de vendredi, les autorités ont conclu que le projet en valait la peine, à condition que les modalités et les conditions énoncées soient mises en œuvre pour répondre aux préoccupations des kaska. Elles estiment que, même si aucun consensus n’a été atteint, l’approche a permis à la communauté de participer de manière constructive et de faire valoir son point de vue.

La Première Nation rejette ces propos, affirmant que les instances décisionnaires « n’ont pas cherché à dialoguer véritablement ». Elle appelle le premier ministre Mark Carney lui-même à intervenir pour que la réconciliation et la Déclaration des Nations unies pour les droits des peuples autochtones ne soient pas que « des belles paroles sur papier ».

Aucune modification des conditions environnementales ne peut rendre ce projet acceptable à ses yeux, souligne le RRDC.

Un caribou Finlayson dans la neige.
La harde Finlayson fait partie d’une population plus vaste de caribous des bois, actuellement classés comme espèce préoccupante en vertu de la Loi fédérale sur les espèces en péril. (Photo : gouvernement du Yukon)

L’un des enjeux principaux pour la communauté est la protection de la harde de caribous Finlayson, dont l’habitat est menacé. Le RRDC en est même venu à reconnaître officiellement la harde comme une personne écologique vivante, le mois dernier, pour la protéger des effets de ce projet.

« Étape majeure de réduction des risques »

La compagnie BMC Minerals, de son côté, a qualifié cette dernière décision d’étape majeure dans la réduction des risques du projet minier. La prochaine étape consistera désormais à obtenir les permis et les autorisations nécessaires, afin qu’une décision « finale » d’investissement soit prise d’ici la fin de 2027, poursuit-elle.

Nous continuerons à travailler pour atteindre notre objectif ultime : construire et mener à bien un projet fructueux et durable qui apporte des avantages réels et durables aux Premières Nations de Kaska, tout en générant une valeur significative et à long terme pour nos actionnaires et tous les Yukonnais, a déclaré Steven Michael, président de BMC Minerals, dans un communiqué.

Avec des informations de Paul Tukker

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