Le Yukon offre des rabais pour passer de l’électricité au mazout

Ted Laking à un pupitre.
Le ministre de l’Énergie, Ted Laking, en conférence de presse, le mercredi 15 avril. (Photo : Radio-Canada/Chloé Dioré de Périgny)

Un texte de Chloé Dioré de Périgny

Pour répondre à la « crise énergétique » du territoire, le gouvernement du Yukon mise sur la diversification des sources énergétiques, quitte à subventionner le recours aux énergies fossiles.

À la fin de mars, le nouveau gouvernement a supprimé les rabais pour le transport électrique pour réinvestir ces ressources dans son nouveau Programme pour un réseau fiable, qui incite les propriétaires à installer des systèmes de chauffage mixtes ou d’appoint au mazout, au propane et au bois.

Les foyers entièrement chauffés à l’électricité peuvent ainsi recevoir jusqu’à 15 000 $ pour remplacer leur système par un chauffage au mazout ou au propane, des énergies fossiles.

Interrogé en conférence de presse pour savoir si ce programme ne constituerait pas un recul environnemental, malgré les impacts visibles du changement climatique, le ministre de l’Énergie, Ted Laking, a souligné le dilemme du territoire.

Personne ne veut se retrouver dans cette situation. […] On n’a pas assez d’énergie pour répondre à la demande, tant actuelle que future, a-t-il affirmé.

Le site d'énergie Yukon à Whitehorse.
En hiver, la demande en électricité dépasse la capacité des barrages et le territoire doit démarrer des génératrices au diesel et au gaz naturel liquéfié (GNL) pour éviter les pannes. (Photo : Radio-Canada/Chloé Dioré de Périgny)

En décembre dernier, le froid glacial a mis le réseau électrique à rude épreuve, saturant plus de 90 % de sa capacité. Les ressources renouvelables, comme l’énergie solaire et éolienne, sont pour leur part limitées au creux de l’hiver, a expliqué le ministre. Pendant la vague de froid de décembre, ces systèmes fonctionnaient respectivement à 0 % et à 14 % de leur capacité.

Nous devons mettre [ces systèmes] en service parce qu’on ne veut pas nous retrouver dans une situation où on devrait devoir imposer des pannes de courant rotatives dans l’entièreté d’une capitale du Canada, a dit le ministre de l’Énergie du Yukon.

D’autres remises sont également prévues, notamment l’installation d’un système secondaire non électrique, tel qu’un poêle à bois, pour les périodes de grand froid. Cette aide financière peut atteindre 5000 $ pour des maisons existantes, tandis qu’un montant fixe de 3000 $ est offert pour les maisons neuves.

« Retour en arrière »

Rosa Brown, analyste principale de l’Institut Pembina pour le programme des énergies renouvelables et des communautés éloignées, juge décevante la « promotion des combustibles fossiles pour le chauffage résidentiel ».

Elle perçoit ce programme, tout comme l’abrogation de la Loi sur l’énergie propre du territoire, comme un manque de vision à long terme du gouvernement. Cette loi fixait des objectifs de réduction des gaz à effet de serre, en vue de la carboneutralité d’ici à 2050.

La suppression de cette vision à long terme a été un fort recul, a dit Rosa Brown.

L’analyste doute par ailleurs de la nécessité de subventionner des systèmes plus polluants dans les maisons, sachant qu’Énergie Yukon a déjà prévu de répondre à la hausse de la demande énergétique avec de nouvelles génératrices au diesel. La fragilité du réseau électrique n’est pas nouvelle, selon elle, même si l’hiver dernier a été particulièrement rude.

Quelles sont les études et quel nouveau travail montre que ces nouvelles subventions sont nécessaires ? a lancé Rosa Brown. Je ne pense pas qu’il en existe.

Elle suggère plutôt de mieux gérer les pics de consommation.

Ce sont les pics [de demande] qui causent le problème. Tout le monde a besoin d’électricité au même moment. Consacrer des ressources pour encourager les gens à utiliser l’électricité différemment peut donc être très, très efficace aussi, a conclu Rosa Brown, en citant le programme Peak Smart.

Ottawa évalue également la possibilité de raccorder le réseau électrique du Yukon au reste du réseau nord-américain pour pouvoir désenclaver le territoire à long terme.

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