Une île du nord du Yukon offre un aperçu de l’impact du changement climatique

Le dégel du pergélisol sur une petite île située au nord du Yukon offre un éclairage sur la manière dont le changement climatique pourrait toucher le paysage arctique de façon draconienne au cours des années à venir.
Les vastes cratères que l’on peut observer sur l’île Herschel, située à environ 5 kilomètres de la côte nord du Yukon, sont directement causés par le dégel du pergélisol, comme l’explique Isla Myers-Smith, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique.
On obtient ces sortes de morsures dans la terre, qui s’agrandissent d’année en année, comme il y a de plus en plus de glace qui est exposée, précise-t-elle.

Dans les secteurs où la glace est abondante, comme sur l’île Herschel, les affaissements du sol créent généralement des falaises qui se déplacent à l’intérieur des terres avec le temps, ajoute Isla Myers-Smith.
Un long rétablissement
Les conséquences de ces affaissements de terrain seraient multiples.
Le pergélisol est constitué de matière organique et de minéraux gelés. Lorsque cette matière dégèle, elle relâche dans l’atmosphère d’immenses quantités de méthane et de dioxyde de carbone dans l’eau et dans l’atmosphère, ce qui contribue au réchauffement.
Les affaissements de terrain perturbent également le sol et dépouillent le paysage de sa végétation, ce qui a aussi une incidence sur les populations et sur la faune.
Isla Myers-Smith et son équipe de recherche collaborent actuellement avec des gardes du parc territorial de l’île Herschel pour faire de la surveillance et étudier les effets des affaissements de sol, notamment sur la végétation.
L’équipe de chercheurs sera de retour sur l’île en juin pour poursuivre les recherches.
Selon une étude publiée en mars dans le journal Nature Climate Change portant sur les affaissements de sol causés par la fonte du pergélisol, la végétation dans la zone du Bas-Arctique a été en mesure de se recoloniser au bout d’une décennie.
Dans la zone du Haut-Arctique, où la saison de croissance est plus courte, la végétation a mis plus de 30 ans pour se renouveler.
Selon Isla Myers-Smith, cette période de rétablissement pourrait toutefois être beaucoup plus longue que ce qu’affichent actuellement les images satellites.
Les plantes qui s’y trouvaient avant les perturbations climatiques mettent beaucoup plus de temps à se régénérer. Cela pourrait prendre des centaines, voire des milliers, d’années dans certains de ces écosystèmes, explique-t-elle.
« Il faut le voir de ses propres yeux »
Richard Gordon, un aîné inuvialuk qui a été garde de parc pendant 25 ans, dit avoir entendu pendant une visite sur l’île, en 2023, un grondement sourd comparable à un « gémissement ».
C’était le son de centaines de glissements de terrain, dont les débris ont été projetés dans les vallées environnantes et dans l’océan.
Je suis heureux d’en avoir été témoin. Cela a ramené à mon esprit certaines paroles des aînés qui insistaient sur l’importance de respecter la terre parce que la terre est très puissante.
Cette année-là, une vague de chaleur a haussé la température de 5 °C au-dessus de la moyenne. En l’espace de deux semaines, le dégel du pergélisol a provoqué des affaissements de sol qui ont laissé une trace permanente sur l’île.
Il faut le voir de ses propres yeux, dit l’aîné. Une fois qu’on le voit, on se demande à quelle vitesse le changement climatique se déplace dans la région circumpolaire.
Avec les informations de Tori Fitzpatrick
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