Dans le Grand Nord canadien, le sort d’une bibliothèque inquiète les résidents

Dans le sud des Territoires du Nord-Ouest (T.N-O.), la bibliothèque de Hay River est contrainte de fermer pour une durée indéterminée à partir du 1er mai. Le comité qui dirige l’établissement a en effet décidé de stopper ses activités, sur fond de confusion autour du financement du poste de bibliothécaire en chef.
L’annonce a été faite le 17 avril dernier sur les réseaux sociaux de l’organisation, avec un message très bref indiquant la fermeture temporaire « à partir du 1er mai jusqu’à nouvel ordre ».
Auparavant, dans une notice communautaire, le maire adjoint Keith Dohey indiquait que le comité directeur de la bibliothèque « avait décidé de ne plus assumer son rôle de gestion des services bibliothécaires locaux ».
Dans un communiqué, le comité directeur cite des « changements au poste de bibliothécaire » en chef pour expliquer sa décision.
Appréhensions de la population
« La bibliothèque, c’est beaucoup plus qu’un endroit et des livres », affirme Jannet Ann Leggett, une résidente de longue date de Hay River et lectrice assidue.
Le sentiment est le même chez Pierre Cook, le directeur de l’école francophone Boréale, à Hay River.
« C’est une partie du cœur de la communauté. La bibliothèque a toujours eu une section francophone. Ça, c’est quelque chose de très positif pour nous », affirme-t-il.
La deuxième école francophone des T.N.-O. compte aussi sur les services bibliothécaires pour une partie de sa programmation, selon Pierre Cook.
« L’école et la bibliothèque sont quand même en bonne proximité, c’est une petite marche de 450 mètres. Donc, une classe peut rapidement se déplacer, fouiller dans les livres et se faire raconter une histoire », poursuit-il.

Pour une des bibliothécaires de Hay River, Marny Twigge, la dissolution du comité directeur entraînera le licenciement de tous les employés de la bibliothèque, le temps de former un nouveau groupe. Elle pense que cela compliquera le retour rapide à la normale par la suite, puisqu’il faudra réembaucher du personnel.
Confusion autour du financement
Jusqu’ici, la Ville fournit le financement principal et laisse la gestion des activités courantes et du personnel au comité composé de bénévoles.
Néanmoins, le poste de bibliothécaire en chef est subventionné par le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO).
« Les bibliothèques publiques des T.N.-O. fonctionnent selon un modèle de gouvernance communautaire. La bibliothèque du centenaire est une exception, car elle est gérée par un comité et bénéficie d’un bibliothécaire employé du GTNO », explique par courriel le ministère de l’Éducation.
Le gouvernement territorial entend ainsi harmoniser le financement de Hay River sur le modèle des autres bibliothèques publiques ténoises.
« Le comité croit fermement que la Ville de Hay River doit prendre le relais », estime le groupe de bénévoles dans son communiqué.
De son côté, le GTNO s’engage à accompagner cette transition : « Pour éviter d’éventuelles interruptions de service, le GTNO a informé la Ville de Hay River et le comité de la bibliothèque de Hay River que des efforts seront déployés pour prolonger l’emploi d’un bibliothécaire jusqu’au 31 mars 2027. »
Trois jours avant sa fermeture, le conseil municipal de Hay River discutera, lundi soir, des options possibles pour garder la bibliothèque opérationnelle à l’avenir.
Un reportage de Mohamed-Amin Kehel avec des informations de Jocelyn Schepel
