Un pas de plus vers un monument pour les survivants des pensionnats à Yellowknife

Un texte de Mohamed-Amin Kehel
À Yellowknife, plus d’une centaine de personnes, dont des leaders autochtones et des dignitaires du territoire, se sont réunies sur le site d’un futur monument en hommage aux survivants des pensionnats pour Autochtones. La cérémonie visait à sacraliser l’endroit qui devra accueillir ce mémorial en 2027.
L’événement s’est tenu à proximité du parc Somba K’e, à l’endroit choisi par le groupe We Always Remember (WAR) : Circle for Northern Residential School Survivors. Ce collectif de survivants des pensionnats pour Autochtones, en concertation avec le gouvernement territorial, travaille depuis 2021 à faire de ce monument une réalité.
Plusieurs survivants des pensionnats ou enfants de survivants se sont succédé au pupitre pour témoigner des conséquences toujours présentes des traumatismes liés à ces établissements.

Ce qui a manqué à ceux qui ont fréquenté les pensionnats, c’est l’amour de leurs parents et de leurs familles, a dit devant la foule Bob Overvold, membre fondateur de WAR. Lui-même a passé 10 ans durant son enfance dans des pensionnats à Aklavik, Fort Smith, Yellowknife et Fort Resolution.
Selon le Centre national pour la vérité et la réconciliation, 14 pensionnats pour Autochtones se trouvaient aux T.N.-O.
Plus de 150 000 enfants des Premières Nations, métis ou inuit, ont été forcés de fréquenter des écoles gérées par l’Église et financées par le gouvernement canadien entre 1870 et 1997.
Une pierre comme symbole éternel
La création d’un monument répond directement à l’appel à l’action numéro 82 de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.
Nous demandons au gouvernement fédéral […] de commander un monument national sur les pensionnats et de l’installer de manière à ce qu’il soit accessible au public et très visible dans chaque capitale, explique l’action numéro 82 de la Commission nationale de vérité et réconciliation.
Au terme de consultations et de réflexion, les survivants ont finalement décidé de faire porter le symbole de ce monument par une pierre. Une pierre retrouvée par des survivants lorsqu’ils se trouvaient sur le site dans l’ancien pensionnat pour Autochtones de Fort Providence.
Il y a des enfants de partout dans les Territoires du Nord-Ouest qui sont allés à cette école-là, souligne Marie Wilson, ancienne commissaire de la Commission de vérité et réconciliation et membre du groupe de travail pour le monument ténois.On a vu que ce symbole pouvait bien servir pour représenter les enfants de partout dans le territoire.C’est un rocher qui est là depuis très longtemps et qui sert donc de témoin du passé, mais qui va servir pour l’avenir aussi.

Les pierres font partie du paysage, en particulier pour les gens du Nord, poursuit son mari, Stephen Kafkwi, ancien premier ministre des T.N.-O. et ancien résident d’un pensionnat à Fort Good Hope.
Plusieurs leaders autochtones ont d’ailleurs procédé, ensemble, au dévoilement du roc, avant que l’ensemble du public présent sur place ne se succède à tour de rôle pour le toucher et l’imprégner d’émotions.

Pour sacraliser l’endroit, un feu sacré a été allumé, alimenté par des gerbes de tabac que la foule jetait dans le brasier. Une purification par la fumée a également été effectuée.
Les travaux préparatifs pour le monument commenceront dès cet été et il devrait voir le jour au courant de l’année 2027.

