Transition énergétique : le sous-sol canadien au secours des communautés éloignées

Face à l’urgence climatique, la réponse à la dépendance aux combustibles fossiles pourrait bien se trouver sous nos pieds. L’Institut national de la recherche scientifique (INRS) annonce l’attribution d’une Chaire de recherche du Canada de niveau 1 au professeur Jasmin Raymond.
Dotée d’un financement de 1,4 million de dollars, cette initiative vise à exploiter le potentiel de la croûte terrestre pour propulser la transition énergétique, particulièrement dans les régions isolées du pays.
Pour les communautés rurales, isolées ou autochtones du Nord canadien, l’accès à une énergie propre demeure un défi.
Ces populations demeurent donc lourdement dépendantes de sources polluantes et coûteuses, comme le diesel.

C’est précisément pour briser cette dépendance que le professeur Jasmin Raymond et son équipe du Centre Eau Terre Environnement de l’INRS mènent leurs recherches directement sur le terrain, des Territoires du Nord-Ouest jusqu’en Arctique, où les conditions sont extrêmes.
« Peu de travaux scientifiques sont réalisés dans ces communautés éloignées », déplore le chercheur.
Or, il est essentiel de s’y attarder afin de renforcer leur souveraineté énergétique et de réduire le coût environnemental associé à leur dépendance aux énergies fossiles.
Financés par le conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) à hauteur de 200 000 $ par an sur sept ans, les travaux de la nouvelle Chaire de recherche du Canada en analyse des systèmes géoénergétiques durables s’articuleront autour de trois axes technologiques majeurs.
1. La géothermie pour l’autonomie nordique
Le professeur Raymond mise sur la géothermie pour répondre aux besoins de chauffage, de refroidissement et de production d’électricité.
L’objectif est d’adapter des technologies éprouvées en zones subarctiques pour les transposer au bassin franklinien, dans l’extrême Arctique, et d’offrir ainsi une solution de rechange verte et continue aux génératrices au diesel.

2. L’hydrogène vert pour stocker l’éolien aux Îles-de-la-Madeleine
Le second volet de la Chaire s’attaque au problème majeur des énergies renouvelables : l’intermittence.
Aux Îles-de-la-Madeleine, où le réseau électrique dépend encore largement d’une centrale thermique locale, l’énergie éolienne connaît un essor rapide.
Pour stabiliser ce réseau, l’équipe scientifique étudie la possibilité de convertir les surplus d’électricité propre en hydrogène vert, puis de le stocker massivement sous terre.
Selon l’INRS, le sous-sol salin de l’archipel madelinot se prête particulièrement bien à la création de vastes cavités souterraines de stockage, garantissant ainsi un approvisionnement continu, même les jours sans vent.
3. La piste prometteuse de l’hydrogène naturel
La Chaire explore également une ressource : l’hydrogène géologique.
Contrairement à l’hydrogène produit par l’homme, cette ressource est déjà présente dans la croûte terrestre et son extraction n’émettrait aucun gaz à effet de serre.
Les scientifiques de l’INRS concentrent leurs efforts de prospection dans les bassins de Mistassini et d’Otish, situés au nord de Chibougamau.
« L’hydrogène naturel est très prometteur », dit Jasmin Raymond, enthousiaste.
Il pourrait transformer le paysage énergétique en répondant à plusieurs défis de la transition, notamment l’intermittence de l’approvisionnement en énergie renouvelable, les besoins de transport longue distance et les exigences de certains secteurs industriels nécessitant de la chaleur à haute température.
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