Iqaluit, hôtesse d’un concours musical international panarctique

Des musiciens originaires de neuf communautés de l’Arctique se sont retrouvés à Iqaluit, au Nunavut, pour la troisième édition du concours musical Pan-ArcticVision, qui est calqué sur le concept de l’Eurovision. Ses organisateurs veulent en faire une célébration des identités nordiques.
Pour sa troisième année, le concours a mis en scène des artistes originaires de l’Alaska, du Nunavut, du Groenland, de l’Islande, des îles Féroé, de la région samie du nord de l’Europe et de la Russie.

Des artistes autochtones et allochtones ont présenté une composition musicale devant un public de plus de 100 personnes, au Cadet Hall d’Iqaluit, et virtuellement.
Des réalités multiples
Du punk aux chants de gorge en passant par des airs plus pop, les musiciens des quatre coins de l’Arctique ont séduit le public.
Shauna Seeteenak, représentante du Nunavut, a présenté une chanson rap. La chanteuse, originaire de Baker Lake, s’inspire d’Eminem pour ses compositions, qui elles-mêmes s’inspirent des réalités difficiles auxquelles font face les Inuit.
C’est un honneur pour moi d’avoir pu représenter le territoire à ce concours, a dit Mme Seeteenak.

Un autre rappeur, d’origine samie, a lui aussi pris d’assaut la scène. Mihkku Laiti s’exprime en langue samie du Nord pour que la langue ne disparaisse pas.
Ce choix artistique a inspiré Shauna Seeteenak.
Nous avons discuté et c’était chouette de connaître quelqu’un d’autre qui rappe dans sa langue autochtone, et je devrais le faire plus souvent, a ajouté celle qui tente lentement de se réapproprier l’inuktitut dans ses chansons.
La musique comme vrai outil de diplomatie
Bien que l’Arctique, surtout par le biais de conversation sur sa sécurité, soit de plus en plus présent dans les discussions internationales, il n’empêche que les décisions politiques qui concernent le territoire sont souvent prises par le Sud, croit le fondateur et directeur artistique de Pan-ArcticVision, Amund Sjølie Sveen.

Ce sont les gens du Nord qui doivent être la voix du Nord, a-t-il indiqué. Nous devons prendre les décisions pour le Nord. Et, selon nous, l’une des façons d’y parvenir est de créer ces connexions transfrontalières. C’est ainsi que le Pan-ArcticVision s’inscrit dans cet effort de diplomatie.
Il donne comme exemple le fait qu’un artiste de l’Alaska, Quinn Christopherson, en l’occurrence, va rencontrer Ekaterina Savvinova, une artiste russe.
Nous essayons de nous concentrer sur des régions ou des villes, plutôt que sur les États-nations, a-t-il noté. L’objectif? Montrer que nous pouvons tous être sur la même scène et faire de la musique ensemble.
Mettre de côté les différends politiques
Ekaterina Savvinova, de son nom d’artiste Saina, foulera la scène au nom de la communauté de Kyusyur, un peuple autochtone de Russie et qui habite aujourd’hui à Yakutsk.
Après avoir obtenu un visa valide pour une période de neuf ans pour le Canada, Saina se pince de joie. Pour elle, son passage à Iqaluit est un retour dans le temps, puisqu’elle a participé à une journée pour les peuples autochtones il y a 12 ans.

Malgré les tensions avec la Russie, elle considère être une « enfant de Gaïa [de la Terre] ». La musique, selon elle, sert à « créer des ponts ».
Elle chante en langues autochtones qui frôlent la disparition. Celle qui se considère comme une ethnologue de la chanson souhaite préserver son héritage.
Pour Amund Sjølie Sveen, il est également impossible de passer à côté du territoire russe, puisqu’il « inclut la moitié de tout l’Arctique, en termes de populations et de territoire ».
Trois grands gagnants et les îles Féroé en 2026
Des diffusions en direct ont permis à des spectateurs d’assister au concert un peu partout dans l’Arctique. Le public a pu voter virtuellement pour les trois performances musicales les plus marquantes à la fin du spectacle.
Ekaterina Savvinova a remporté le prix de la chanson la plus évocatrice de l’Arctique.
Le prix de la composition la plus révolutionnaire a été remis au groupe Geðbrigði, en provenance d’Islande et aux sonorités punk. La chanson incarnant le plus grand sentiment de communauté et d’unité a été décernée à Linus Johnsen, chanteur sami de la région Sápmi du nord de la Norvège.
Malgré le caractère compétitif du spectacle, Amund Sjølie Sveen veut que cet événement soit une occasion de tisser des liens entre les régions de l’Arctique. L’aspect concours n’est qu’un prétexte « pour mieux engager le public », a-t-il expliqué.

La quatrième édition du concours musical se déroulera aux îles Féroés, une province autonome du Royaume du Danemark, au grand plaisir de Rannva Erlingstottirsimonsen, résidente de longue date d’Iqaluit et originaire de ce territoire.
C’est un rêve devenu réalité, on se met finalement en relation [dans tout l’Arctique], a-t-elle dit au sujet du choix de la prochaine destination du concours.
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