Graves lacunes persistantes dans les services à l’enfance des T.N.-O.

Jo Ann Schwartz, du Bureau de la vérificatrice générale du Canada, parle devant des microphones.
Jo Ann Schwartz, directrice principale de l’audit du Bureau de la vérificatrice générale sur les Services à l’enfance et à la famille des T.N.-O., était à Yellowknife jeudi pour présenter les conclusions de l’enquête. (Photo : Radio-Canada/Thomas Ethier)

Un texte de Thomas Éthier

Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) a laissé subsister des « lacunes graves » dans la protection des enfants vulnérables du territoire, selon un rapport d’audit du Bureau de la vérificatrice générale du Canada (BVG), présenté jeudi à l’Assemblée législative.

Ces problèmes persistent d’ailleurs depuis les derniers audits du BVG, effectué en 2014 et en 2018. Le plus préoccupant pour nous, c’est que nous observons encore les mêmes problèmes, a souligné Jo Ann Shwartz, directrice principale de l’audit, en conférence de presse.

Selon le rapport, pour le tiers des signalements de possibles préjudices à des enfants, les autorités de Santé et de Services sociaux n’ont pas effectué de première évaluation dans le délai prescrit de 24 h.

Il avait fallu en moyenne 16 jours avant que ces évaluations ne soient achevées, et qu’une enquête puisse aller de l’avant au besoin.

Dans 71 % des cas de signalements examinés par le BVG où des évaluations ont révélé la nécessité d’enquêtes plus approfondies, ces enquêtes n’avaient pas été terminées dans le délai de 30 jours prescrits.

Il a plutôt fallu, en moyenne, plus de cinq mois pour effectuer ces enquêtes.

En matière de suivi, le rapport indique que, dans 91 % des cas examinés, les autorités n’ont pas respecté l’exigence de rencontrer les enfants pris en charge au moins une fois par mois, la majorité des suivis ayant été effectués tous les deux mois.

De plus, dans 12 % des foyers d’accueil examinés, les vérifications du casier judiciaire n’avaient pas été effectuées pour tous les adultes et tutrices ou tuteurs vivant dans ce foyer.

On peut également lire que la plupart des enfants pris en charge, qui s’identifient presque tous comme autochtones, n’avaient pas de plan de soutien culturel, et ce, malgré des engagements du gouvernement en la matière.

Bien qu’ils représentent 58 % des enfants du territoire, la presque totalité des enfants qui bénéficient de services de protection dans les T.N.-O. s’identifient comme autochtones.

Un système sous pression

La pénurie de personnel représenterait un défi de taille à la prestation de services à l’enfance aux Territoires du Nord-Ouest.

Ce que nous constatons, c’est un système soumis à une forte pression en matière de ressources, a déclaré Mme Schwartz.

Les taux moyens de postes de première ligne vacants au sein des services à l’enfance et à la famille se situaient entre 14 et 34 % dans l’ensemble du système.

L’audit a révélé que les trois quarts des travailleurs sociaux de la protection de l’enfance géraient plus de 11 cas, soit le maximum fixé par les objectifs du ministère.

Dans près du quart des cas, le personnel était responsable de plus de 33 dossiers.

Or, le rapport souligne que le ministère n’a pas effectué d’évaluation exhaustive des ressources financières et humaines dont il avait besoin pour fournir ses services à l’enfance et à la famille dans le territoire.

La ministre de la Santé et des Services sociaux des T.N.-O., Lesa Semmler, a souligné les défis liés à l’embauche de personnel dans les communautés, y compris l’accès au logement, mais également l’ampleur de la tâche.

Lisa Semmler, ministre de la Santé et des Services sociaux des T.N.-O., en conférence de presse.
Selon Lesa Semmler, ministre de la Santé et des Servies sociaux des T.N.-O., le rapport du BVG l’aidera à faire pression au sein du conseil des ministres pour obtenir davantage de ressources pour les services à l’enfance et à la famille. (Photo : Radio-Canada/Thomas Ethier)

Dans ce domaine, les travailleurs sociaux interviennent auprès de personnes qui traversent leurs moments les plus vulnérables et les plus sombres, a-t-elle souligné. Dans les petites communautés, ils peuvent avoir à traiter avec des proches ou des amis intimes.

Le BVG a soumis une recommandation globale au gouvernement des T.N.-O., qui inclut un ensemble de mesures visant à régler les lacunes exposées dans le rapport.

Selon Nadine Cormier, directrice au BVG, cette recommandation appelle à une réponse globale.

Beaucoup de nos observations sont interreliées. Les problèmes sont souvent dus au manque de ressource et nécessitent une réponse de l’ensemble du gouvernement. Le MSS ne peut régler le problème à lui seul, explique-t-elle.

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