Un drame familial soulève plusieurs questions dans une communauté inuite du Nunavik

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Le village inuit d’Akulivik, au Nunavik, dans le nord du Québec. (Société Makivik)
Un drame familial survenu le 10 juin dans le village inuit d’Akulivik, dans le Nord-du-Québec, soulève plusieurs questions dans cette petite communauté de 600 habitants. Les nombreux problèmes sociaux et le manque de ressources semblent figurer parmi les nombreux facteurs en cause, selon le chef de police de Kativik, Michel Martin.

Trois personnes ont été poignardées à mort et le suspect a été abattu par des policiers du corps de police régional de Kativik, qui couvre 14 communautés dans le Grand Nord québécois. L’enquête a donc été confiée au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

Deux autres personnes ont été sérieusement blessées, mais elles sont maintenant hors de danger, a indiqué Michel Martin, lors d’une entrevue accordée à Gravel le matin, l’émission matinale diffusée à ICI Radio-Canada Première à Montréal.

Il a affirmé, d’emblée, ne pas pouvoir expliquer pourquoi un jeune homme de 19 ans est entré dans trois domiciles pour poignarder cinq personnes, avec qui il avait des liens de parenté.

L’enquête permettra de déterminer les raisons qui ont poussé le suspect à agir ainsi.

Pourquoi cette personne-là s’est levée un matin à 8 h 30 et a décidé d’aller comme ça tuer des proches?

Michel Martin, chef de police de Kativik

Toutefois, le policier a indiqué que certains facteurs ont pu contribuer à la tragédie.

« Il n’y a pas vraiment de ressources sur place qui viennent à bout de supporter les différentes situations, les différents problèmes que ces gens-là doivent traverser dans leur vie », a ajouté M. Martin.

L’assistant de la directrice générale de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, Fabien Pernet, reconnaît que les services plus spécialisés, « qu’on appelle de deuxième ou troisième ligne », sont rarement disponibles directement à Akulivik.

Une personne qui a besoin d’aide doit d’abord se rendre au CLSC. Si les soins requis ne sont pas offerts à Akulivik, elle devra se rendre à Puvirnituq ou encore à Montréal en avion. « C’est certain que les déplacements sont problématiques », admet-il.

Fabien Pernet, qui travaille depuis plus de dix ans dans le Grand Nord québécois, ajoute néanmoins que les services offerts sont nombreux et que la façon de les offrir s’améliore d’année en année.

C’est certain qu’on aimerait mettre certaines choses en place beaucoup plus rapidement.

Fabien Pernet, assistant de la directrice générale de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik

Peu de temps après le drame du 10 juin, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik a envoyé plusieurs intervenants pour aider la communauté. Une ligne téléphonique a aussi été mise en place.

REPORTAGE
À Akulivik, au Nunavik, on essaie encore de survivre aux traumatismes du présent et du passé. Écoutez le reportage de Sophie Langlois, diffusé sur les ondes Radio-Canada.
Toxicomanie

Si les problèmes d’alcool et de drogue sont très fréquents dans ces communautés, les populations du Nord n’ont pas accès à des ressources comme les Alcooliques anonymes.

Michel Martin ne sait pas si le suspect avait des problèmes de toxicomanie, mais il a souligné que dans plus de la moitié des interventions de son corps de police, l’alcool est en cause.

« Il y a de nombreux problèmes d’intoxication à la drogue et à l’alcool. Il y a un accès aux armes à feu. Dans ce cas-ci, on parle d’un couteau. Et il y a aussi la rareté des ressources sur place », a-t-il expliqué.

Fabien Pernet soutient qu’il est « difficile d’imaginer une seule cause à ces problèmes ». Tout en rappelant le bagage historique et social qui accable les communautés autochtones du pays, il ajoute qu’il est aussi difficile « d’aller chercher de l’aide et de reconnaître ses propres besoins ».

Les Autochtones peuvent parfois chercher de l’aide « moins officielle ». C’est pourquoi la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik développe un réseau d’aidants naturels inuits qui offre différents services.

« C’est quelque chose qu’on développe beaucoup ici […] des aidants naturels inuits qui pratiquent du counselling en fonction des manières de faire et d’intervenir traditionnelles, c’est des services qu’on développe beaucoup. Mais ces services ne sont pas toujours disponibles directement dans la communauté », précise-t-il.

C’est très important de garder espoir et de soutenir des initiatives qui viennent de la communauté.

Fabien Pernet, assistant de la directrice générale de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik
Le pistolet à impulsion électrique
Chaque fois qu’une confrontation entre des policiers et un individu provoque la mort, plusieurs se demandent si, avec l’utilisation d’un pistolet à impulsion électrique, un drame aurait pu être évité.Mais le chef de police Michel Martin a précisé en entrevue que cette arme, que son corps de police ne possède pas, est loin d’être « miraculeuse ». La preuve, selon lui, tous les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et de la Sûreté du Québec (SQ) ne l’ont pas.

C’est un travail collectif dans la communauté, ce n’est pas juste la police qui va régler tout ça.

Michel Martin, chef de police de Kativik

Il a aussi expliqué que l’épaisseur des vêtements empêche le pistolet à impulsion électrique d’être efficace. Et dans le Nord-du-Québec, la plupart du temps, les résidents portent beaucoup de vêtements.

« Ce n’est pas quelque chose qu’on va écarter si dans l’utilisation de cette arme-là on peut sauver une vie, mais actuellement, on n’a pas ces armes-là, le corps de police est jeune et on est en développement. »

Il y a une douzaine d’années, le corps de police n’était même pas armé, a souligné Michel Martin. « Il faut outiller nos policiers, les former, et il faut avoir ce qu’il faut pour être capable de répondre adéquatement à ces situations-là », a-t-il dit, en admettant que les policiers qui sont intervenus samedi vont rester marqués par ce drame.

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