Un grand chef du Nord canadien honoré pour son leadership en conservation

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Le grand chef des Premièrs Nations du Dehcho, Herb Norwegian, devant une carte d’un projet de gazoduc arctique à Ottawa, dans le sud du Canada, en 2003. Le 24 mai, Norwegian a été récompensé par le Fonds mondial pour la nature (WWF) pour ses décennies de leadership en matière de conservation. (Tom Hanson/La Presse canadienne)
La contribution à la protection du territoire de Herb Norwegian, grand chef des Premières Nations du Dehcho (Territoires du Nord-Ouest), est saluée.

Le grand chef des Premières Nations du Dehcho, Herb Norwegian, a œuvré durant près de trois décennies pour que soient protégés près de 100 000 km2 de leur territoire, y compris la réserve de parc national Nahanni. Le Edehzhie (zone qui comprend le plateau Horn et plusieurs affluents du Mackenzie qui y prennent source, tels que les rivières Willowlake et Rabbitskin) devrait bientôt s’ajouter à ce tableau. C’est pourquoi le Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada) et la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) lui ont remis, le 24 mai dernier, le Prix Glen Davis du leadership en conservation.

Le Prix Glen Davis, accompagné d’une bourse de 10 000 $, récompense une personne jouant un rôle prépondérant dans la protection d’un écosystème « ou en menant une initiative fondamentale, liée aux espèces ou habitats, qui améliore le Canada de façon mesurable. Cet individu doit également démontrer qu’il fait des sacrifices sur le plan financier qui ralentissent ses accomplissements ».

Herb Norwegian repousse sans hésitation, mais avec ironie, l’idée d’un quelconque sacrifice de sa part. « Pour moi, c’était comme aller à l’école, explique-t-il. J’ai commencé à l’âge où les jeunes sortent de la 12e, vont à l’université étudier les sciences politiques ou différentes choses. Mais moi je suis simplement resté dans tout le processus pour travailler avec les aînés, comprendre le système politique et comment les gens fonctionnent les uns avec les autres. Dans un sens, le travail que j’ai fait c’est de travailler avec les gens, j’ai un diplôme de sciences politiques avec les gens et avec la Terre, et je pense que c’est ce qui a été reconnu. »

Un signal clair

Les négociations avec le gouvernement fédéral ont commencé dans les années 70 et se poursuivent encore aujourd’hui. Le grand chef des Premières Nations du Dehcho n’en manifeste aucune irritation : « Le temps n’est pas un problème pour nous. Nous sommes une partie permanente de la Terre (…), alors nous devons la protéger correctement, et ça prend du temps. »

Les négociations pour le Dehcho et le Nahanni ont-elles ouvert la voie à d’autres Premières Nations? M. Norwegian refuse de se prononcer et parle plutôt du Prix Glen Davis de leadership en conservation comme d’un message pour les nouvelles générations. « J’espère, dit-il, que ça envoie un signal clair que le ciel est la limite dans ces initiatives et que recevoir ce prix va ouvrir la porte pour tous les jeunes qui veulent aller dans cette direction. C’est leur terre, leur futur, et ils doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour les protéger. »

Des éloges d’organismes environnementaux

« Tout le monde parle de fusionner le savoir traditionnel avec la science occidentale, a écrit le président émérite de WWF-Canada Monte Hummel, mais sous le leadership du grand chef Herb Norwegian, le Dehcho a fait ça à travers son plan d’aménagement du territoire, traduisant l’expérience de la terre en plus de 50 000 points de données numériques. Le grand chef Norwegian est un visionnaire canadien (…), qui a enduré des atermoiements du gouvernement canadien durant près de 20 ans dans ses tentatives de protéger 50 % du territoire des Premières Nations du Dehcho. »

Le terme de visionnaire revient également dans les commentaires de la directrice nationale de la conservation de la nature du SNAP Alison Woodley. La directrice de la société a travaillé avec Herb Norwegian sur l’agrandissement de la réserve du parc national Nahanni et, ensemble, ils ont effectué une tournée en 2016 dans 18 grandes villes du Canada pour en parler.

Mme Wooley rappelle que la réserve est classée dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et que M. Norwegian a présenté le projet de conservation des Premières Nations du Dehcho au congrès international du Fonds mondial pour la nature (WWF). « Le travail qu’il a fait est important à l’échelle internationale, avance Mme Wooley. Lui et les Premières Nations ont eu une vision et il en est encore un champion, il n’a pas abandonné. (…) Ceux qui l’ont côtoyé savent qu’il est un mentor patient et qu’il se dévoue pour connecter les jeunes à la terre et qu’il travaille encore à finaliser et à mettre en œuvre le plan d’aménagement du Dehcho. »

Le travail du groupe de négociateurs dont fait partie M. Norwegian a permis d’agrandir de six fois les limites initialement prévues de la réserve du parc national Nahanni, pour un total de 30 000 km2.

Le Prix Glenn Davis a été créé en l’honneur de l’homme d’affaires et philanthrope canadien éponyme, qui a été un supporteur majeur du Fonds mondial pour la nature jusqu’à son assassinat en 2007. Herb Norwegian est le second lauréat de ce prix.

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Denis Lord, L'Aquilon

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