Donna May Kimmaliardjuk, la première chirurgienne cardiaque inuite au Canada

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Donna May Kimmaliardjuk, première chirurgienne cardiaque inuite et lauréate d’un prix Inspire. (Radio-Canada)

***Cet article a été produit dans le cadre de la série Rêver, oser, construire d’Espaces Autochtones, qui présente des leaders autochtones de 30 ans et moins de partout au Canada.

Sa destinée est déjà toute tracée. Donna May Kimmaliardjuk sera bientôt la première chirurgienne cardiaque inuite au Canada. En attendant le jour J, la jeune femme est résidente en chef en chirurgie cardiaque à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

Née à Winnipeg, dans les Prairies, et ayant grandi dans la capitale fédérale, Donna May Kimmaliardjuk a néanmoins toujours gardé des liens étroits avec le village de sa famille, à Chesterfield Inlet, une petite communauté inuite située sur la côte ouest de la baie d’Hudson, au Nunavut.

La médecine est venue frapper à la porte très tôt dans la vie de la jeune femme. Elle se souvient encore, à six ans, d’une conversation qu’elle a eue avec son père au sujet de son grand-père. « [Mon père] m’a raconté que son papa était mort des suites de la maladie de Lou Gehrig, c’est pourquoi je n’ai pas eu le temps de le connaître », raconte la jeune femme de 29 ans.

Kimmaliardjuk a été profondément marquée par cette histoire. « J’étais terrorisée à l’idée d’apprendre que mes parents ou un autre membre de ma famille puissent à leur tour être touchés par ce mal », dit-elle de cette maladie neurodégénérative incurable mortelle, qui atrophie les muscles jusqu’à la paralysie.

Parce qu’elle ne voulait pas que ses proches subissent le même sort, Kimmaliardjuk a longtemps pensé devenir neurochirurgienne. Mais voilà, à la faculté de médecine, elle découvre la spécialité cardiaque et de nouvelles possibilités s’ouvrent à elle.

« S’occuper d’un cœur, c’est avoir un impact positif et direct sur la vie de la personne. Les chirurgies du cœur sont complexes. On doit souvent s’occuper de patients âgés et malades. Il y avait là des défis que je voulais surmonter, et un rêve que je voulais réaliser », raconte-t-elle au bout du fil.

À cœur ouvert

La voilà presque arrivée au bout de son rêve. En mars 2018, elle a été récompensée d’un prix Indspire qui célèbre le parcours d’Autochtones provenant de milieux divers, allant des arts à l’éducation en passant par les affaires ou la santé.

« Être considérée comme la première chirurgienne cardiaque inuite est un titre lourd à porter, mais j’en suis fière si cela est perçu comme un message d’encouragement pour les plus jeunes », souligne-t-elle.

La voix douce et le rire facile ne doivent pas cacher toutes les difficultés qu’a dû traverser Kimmaliardjuk. Le fait de ne connaître aucun médecin en grandissant ni d’en avoir dans sa famille ne l’a pas empêchée d’entreprendre des études en médecine. Pour elle, il s’agissait d’une véritable « vocation ». « J’ai seulement senti un feu en moi. J’ai travaillé très dur », affirme la jeune femme.

Elle a toutefois conscience des sacrifices que doivent souvent accomplir les jeunes Inuits vivant dans le Grand Nord, forcés de quitter leur communauté pour aller faire des études ou entreprendre une carrière loin de chez eux.

« J’ai aussi réalisé qu’en voulant devenir chirurgienne cardiaque, j’allais être affectée dans un grand hôpital urbain, et que par conséquent je ne pourrais pas pratiquer mon métier auprès des miens. »

Donna May Kimmaliardjuk

Se sentant coupable de ne pas avoir la possibilité de travailler dans le Nord, « au front », comme elle le dit elle-même, Kimmaliardjuk souhaite maintenant s’investir auprès des décideurs pour élaborer des politiques permettant d’améliorer la vie des populations inuites.

« J’ai été une enfant qui adorait étudier. J’ai grandi dans une grande ville, j’ai donc eu accès à de bonnes écoles et à une bonne éducation comme bon nombre de Canadiens », dit celle qui peut s’exprimer en anglais, en français et en inuktitut.

Racisme ordinaire

Il reste que le racisme ne l’a pas épargnée tout au long de ses études. « Certains pensaient que c’était plus facile pour moi, que j’avais droit à des faveurs dues à mes origines autochtones. Des remarques qui m’ont beaucoup blessée parce que je me suis beaucoup investie pour en arriver là où j’en suis », indique-t-elle.

« J’ai fait des tonnes de bénévolat, suivi tous les cours préalables et fait tout ce que je faire devais pour être acceptée comme tous les autres candidats. Et pourtant, certains de mes camarades de classe me considéraient toujours comme inférieure en raison de mon identité culturelle. »

Donna May Kimmaliardjuk

À ce titre, un épisode au temps de ses études en médecine l’a particulièrement marquée. Alors qu’elle célébrait l’Halloween avec ses camarades, des étudiants s’étaient déguisés en « Indiens ».

« C’était très frustrant de les voir affublés d’une coiffe en plumes. Ce n’était pas du racisme dirigé spécifiquement contre moi, mais en tant qu’Autochtone, je ne pouvais pas accepter ce genre de comportements », lance-t-elle.

Malgré les stéréotypes dont souffrent encore les Autochtones, Kimmaliardjuk veut partager un message d’espoir à tous les garçons et les jeunes filles des communautés du pays. Elle les encourage à ne pas accepter les tentatives d’intimidation ni à abandonner leur passion.

« Si vous travaillez dur et que vous êtes gentil avec les autres, vous pourrez réaliser vos rêves. Choisissez votre avenir pour les bonnes raisons sans penser à devenir riche ou à connaître la renommée. Tout ça n’est pas important. Ce qui est important, c’est d’accomplir les choses que vous aimez », conclut-elle.

Nom : Donna May Kimmaliardjuk

Âge : 29 ans

Profession : chirurgienne cardiaque en résidence

Nation : Inuit

Lieu de résidence : Ottawa

Le plus grand rêve : Mon rêve le plus réaliste est de devenir la meilleure chirurgienne cardiaque possible pour mes patients. Mais je veux aussi m’impliquer auprès des organisations afin d’améliorer la santé des Premières Nations.

Le principal problème pour l’avenir des Autochtones : Le manque de ressources chez les communautés éloignées demeure très problématique. Au Nord, les patients n’ont pas accès à la technologie ni aux équipements de pointe pour recevoir des diagnostics.

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Ismaël Houdassine, Radio-Canada

Ismaël Houdassine, Radio-Canada

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