Arctique canadien : 10 millions de dollars pour enseigner l’informatique à travers le Nunavut

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L’organisme Pinnguaq offre des ateliers de codage informatique à de jeunes Inuits d’Iqaluit, au Nunavut, en y incorporant des éléments de la culture et de la langue inuites. (Courtoisie de Pinnguaq)
Des associations du Nunavut, dans l’Arctique canadien, ont reçu un prix de 10 millions de dollars du ministère fédéral de l’Infrastructure pour développer un programme qui offrira des ateliers en informatique et en arts numériques partout sur le territoire.

« Cette bourse va nous permettre d’ouvrir des espaces créatifs dans plusieurs communautés [du Nunavut] sur le même modèle que le centre que nous avons ouvert à Iqaluit », explique Ryan Oliver, le directeur de l’association Pinnguaq qui a reçu le prix mardi, à Ottawa.

L’organisme, dont les bureaux administratifs se situent à Pangnirtung, offre notamment des ateliers de codage informatique à des jeunes d’Iqaluit en y introduisant des éléments de la culture et de la langue inuites.

« Nous avons développé un espace créatif à Iqaluit qui est ouvert tous les jours et où les jeunes peuvent venir gratuitement apprendre les rudiments de la programmation informatique »,
mentionne-t-il.

Prévention du suicide

La bourse fédérale vise quatre organismes du Nunavut, soit l’association Pinnguaq, le Centre de recherche en santé Qaujigiartiit, l’Association des municipalités du Nunavut et l’organisme Embrace Life Council, qui se concentre sur la prévention du suicide.

La somme découle du Défi des villes intelligentes, un concours financé par le gouvernement fédéral et dont l’objectif est d’encourager des villes du pays à développer des projets qui s’appuient sur de nouvelles technologies.

Ensemble, les organismes mettront sur pied le programme Katinnganiq : communauté, connectivité et accessibilité numérique pour la promotion de la vie au Nunavut, dont le mandat premier sera « de se servir des technologies pour renforcer la confiance en soi et l’identité » qui sont des clés pour prévenir le suicide, estime Ryan Oliver.

Ryan Oliver, directeur de l’association Pinnguaq, qui signifie « jouer » en inuktitut. (Hailey Bennett/Courtoisie de Pinnguaq)

« Notre programme va permettre aux gens de raconter leur histoire et de mieux comprendre les technologies qui les entourent », affirme-t-il, en ajoutant que les technologies permettent à la fois aux jeunes de s’exprimer, de développer leur créativité et de s’affranchir culturellement. Mais il souhaiterait voir davantage la perspective autochtone se transposer dans différents secteurs numériques, dont l’industrie du jeu vidéo. Il cite l’exemple du jeu Je ne suis pas seul, inspiré de contes autochtones de l’Alaska et dont l’héroïne est une jeune Inuite.

Rendre les technologies accessibles à tous

Malgré l’ampleur de la bourse, Ryan Oliver croit qu’il est encore trop tôt pour envisager que l’organisme ait pignon sur rue dans plusieurs communautés. « Nous allons commencer par créer de petits espaces où les gens auront accès à des ressources éducatives, notamment dans des bibliothèques », précise-t-il.

L’association Pinnguaq souhaite d’abord développer son projet à Pangnirtung, à Arviat et à Cambridge Bay. « Ultimement, l’objectif est d’élargir le programme à travers le territoire », conclut celui qui déplore une convergence des services vers la capitale territoriale.

« Quand on regarde le Nunavut dans son ensemble, on se rend compte qu’Iqaluit est la communauté où l’on retrouve la majorité des perspectives d’emplois, mais il existe 24 autres communautés. » Ryan Oliver, directeur de l’association Pinnguaq
Mettre les bouchées doubles

Le directeur de Pinnguaq estime que l’enseignement des nouvelles technologies est à la traîne au Canada, en particulier dans le nord du pays. « Nous sommes le seul organisme [informatique] basé de manière permanente au Nunavut […] et pourtant, les technologies sont l’avenir de l’emploi », affirme-t-il.

« Il est primordial que les [résidents du Nunavut] aient les mêmes débouchés que les autres Canadiens », croit le directeur de l’association Pinnguaq, Ryan Oliver.
Depuis sa création en 2012, l’organisme a su user de créativité pour donner ses ateliers sans compter sur Internet, dont l’accès est encore très inégal sur le territoire. « Tous les outils et programmes que nous avons développés sont accessibles sans utiliser Internet », explique Ryan Oliver. « Les Inuits du Nunavut ne devraient pas avoir à attendre que la connexion soit optimale partout sur leur territoire pour commencer à développer des compétences informatiques », ajoute-t-il.

Dans les prochaines années, l’organisme compte mettre les bouchées doubles pour trouver différentes manières d’intégrer le savoir traditionnel à ses ateliers numériques. Ryan Oliver cite, à titre d’exemple, l’idée d’un partenariat entre des sculpteurs inuits et des experts en modélisation tridimensionnelle, ou encore entre des conteurs et des designers interactifs.

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