Une ressource numérique pour prévoir les effets des changements climatiques sur les routes du Nord canadien

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Des chercheurs de l’Université de Toronto créeront une ressource numérique qui informera les automobilistes et motoneigistes sur les conditions de leurs routes. Certains sentiers et routes du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest sont de plus en plus menacés par les aléas climatiques. (Courtoisie de Yukari Hori)
Une équipe de chercheurs de l’Université de Toronto concevra une plateforme web qui mesurera la vulnérabilité des routes de l’Arctique canadien aux changements climatiques.

« Actuellement, il n’y a aucune carte officielle qui renseigne sur les conditions des routes d’hiver, des routes d’accès et des sentiers dans les trois territoires du Nord », soutient la stagiaire postdoctorale au Département de sciences physiques et de sciences de l’environnement de l’Université de Toronto, Yukari Hori.

Les chercheurs, affiliés à l’Université de Toronto, à l’Université de l’Alberta et au Conseil national de recherches Canada, mettront en place une ressource numérique qui sera accessible au grand public d’ici 2024. Selon Yukari Hori, la plateforme comprendra notamment des cartes qui montreront l’état actuel, passé et futur de routes et de sentiers du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest.

« Je pense que c’est un angle d’analyse sur lequel très peu d’études se penchent », estime la chercheuse.

La chercheuse Yukari Hori a fait un doctorat portant sur les impacts des changements climatiques sur les routes d’hiver de communautés autochtones de l’ouest de la baie James, dans le Nord de l’Ontario. Cette image montre la chercheuse devant le village d’Iqaluit, au Nunavut, en mars 2018. (Nicole Ymana/Courtoisie de Yukari Hori)

Au mois de septembre, les chercheurs recevront un financement fédéral de 828 300 $ sur cinq ans dans le cadre du Fonds national des corridors commerciaux, qui finance des projets d’infrastructure un peu partout au pays.

« Nous allons concevoir des systèmes de modélisation du climat qui nous permettront de faire des projections climatiques », explique-t-elle. De cette manière, les usagers pourront mieux comprendre à quelle vitesse certaines routes risquent de se détériorer, voire de devenir impraticables.

« En raison des changements climatiques, certaines routes d’hiver ne sont plus assez solides pour supporter des poids lourds. »

Yukari Hori, stagiaire postdoctorale au Département de sciences physiques et de sciences de l’environnement de l’Université de Toronto
Des routes de plus en plus vulnérables

La hausse des températures et l’imprévisibilité des conditions météorologiques menacent de plus en plus ces trois types de routes, qui assurent parfois le seul lien terrestre entre des communautés et permettent le ravitaillement de marchandises vers des mines ou des collectivités isolées.

« Au Nunavut, il n’y a officiellement aucune route d’hiver, mais les gens comptent beaucoup sur des réseaux de petits sentiers empruntés par des motoneiges », précise-t-elle.

Le Nunavut ne dispose pas de routes qui relient les communautés entre elles ou qui se dirigent vers une province ou un territoire limitrophe. Mais le projet de route toutes saisons entre les Territoires du Nord-Ouest se concrétise peu à peu, après l’octroi mercredi d’un financement fédéral et territorial de 40 millions de dollars pour mettre en marche les premières étapes.

Aux Territoires du Nord-Ouest, des routes d’hiver sont aménagées sur de la neige compacte, généralement entre décembre et mars. Mais certaines communautés, telles qu’Aklavik et Inuvik, sont aussi reliées par des routes de glace.

Durant l’hiver, les Territoires du Nord-Ouest comptent dix routes d’hiver et deux routes de glace, selon le gouvernement.

La route de glace reliant Detah à Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, est parfois impraticable en raison des conditions météorologiques défavorables. (Katie Toth/CBC)

À terme, Yukari Hori croit que les changements climatiques risquent d’avoir de lourdes conséquences économiques et sociales sur les collectivités qui dépendent de ces réseaux.

« Quel sera l’impact à long terme sur leur économie? », s’interroge la chercheuse, qui explique ressentir l’urgence de répondre à cette question. « Nous devons vraiment faire ce travail de recherche dans les petites communautés », ajoute-t-elle.

La chercheuse se rendra aux Territoires du Nord-Ouest en janvier 2020 pour mener des entrevues avec des résidents, mais elle ignore pour l’instant quelles communautés seront visitées. Elle mettra le cap vers le Nunavut l’année suivante.

Yukari Hori s’appuiera aussi sur des données territoriales et fédérales, notamment de Statistique Canada et d’Environnement Canada. D’autres membres de l’équipe se rendront aussi sur place pour collecter des échantillons de glace.

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