L’Europe base sa nouvelle stratégie arctique sur la coopération et le climat

Le commissaire européen à l’environnement, Virginijus Sinkevicius, donne une conférence de presse sur la nouvelle stratégie de la Commission européenne dans l’Arctique.(Photo : Aris Oikonomou / AFP / Getty Images)

L’Arctique revêt une importance stratégique capitale pour l’Union européenne (UE), qui souhaite y renforcer sa présence et son action à plusieurs niveaux, a annoncé le bloc mercredi.

Lutter contre le réchauffement climatique, cesser l’exploitation des ressources naturelles, soutenir les populations locales ou encore renforcer la coopération internationale dans la région sont les priorités de la nouvelle Stratégie arctique de l’UE.

« L’Arctique évolue rapidement, en raison de l’impact du réchauffement climatique, de la concurrence accrue pour les ressources naturelles et des rivalités géopolitiques », a souligné le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

« Ces évolutions montrent que l’Europe doit définir ses intérêts géopolitiques de manière large afin de promouvoir la stabilité, la sécurité et la coopération pacifique dans l’Arctique. »

Josep Borrell, haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité
Lutter contre le réchauffement climatique là où il est le plus visible

En tant qu’acteur économique majeur, le bloc de 27 pays dit reconnaître sa part dans le réchauffement de l’Arctique.

« L’UE a un impact significatif sur l’Arctique par son empreinte environnementale et sa demande en ressources et produits originaires de cette région », peut-on lire dans le rapport.

Rappelons que les nations de l’Union européenne représentent 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et sont responsables d’environ 36 % des dépôts de carbone noir dans l’Arctique. Le carbone noir accélère le réchauffement de la région et la fonte des glaces tout en constituant un polluant atmosphérique nocif.

« L’Arctique se réchauffe trois fois plus vite que le reste de la planète », souligne le commissaire à l’Environnement Virginijus Sinkevicius qui veut rendre la région « sûre, stable, durable et prospère ».

Selon le dernier rapport du GIEC, les glaces de l’océan Arctique pourraient pratiquement disparaître au moins une fois durant l’été d’ici l’an 2050. (David Goldman/Associated Press)

Pour y arriver, l’Union veut se baser sur son pacte vert européen (atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et réduire ses émissions de 55 % d’ici 2030) et sa nouvelle approche en faveur d’une économie bleue durable.

L’Europe s’engage notamment à soutenir la protection marine, à combattre les sources de pollution telles que les plastiques et à promouvoir la recherche sur le dégel du pergélisol.

Interdire les forages dans l’Arctique

« Le charbon, le gaz et le pétrole doivent rester sous terre dans cette région », souligne le rapport.

L’UE dit vouloir négocier un moratoire international pour interdire l’exploitation des gisements de gaz, de pétrole et de charbon dans l’Arctique et pourrait interdire l’achat des hydrocarbures extraits de cette région.

Pour y parvenir, l’UE compte notamment s’appuyer sur les moratoires partiels déjà existants sur l’exploration des hydrocarbures dans l’Arctique mis en place avec les États-Unis, le Canada ou le Groenland.

« Forte de décennies d’expérience en matière de promotion de la coopération régionale, l’UE jouera pleinement son rôle », expliquent les auteurs du rapport dans un article de Project Syndicate.

L’UE devra tout de même convaincre les États-Unis, le Canada, la Russie, la Norvège et l’Islande d’accepter un tel moratoire. Or, la Russie a fait de l’exploitation des richesses arctiques – pétrole, gaz et minerais – une priorité stratégique.

Le président russe Vladimir Poutine prononce un discours lors d’une session du Forum international de l’Arctique à Arkhangelsk, en Russie, le 30 mars 2017. (Photo : Sergei Karpukhin/Reuters)

Cependant, Vladimir Poutine a récemment déclaré que Moscou finirait par bénéficier d’une telle interdiction compte tenu de la hausse des prix.

« Si de telles décisions entraînent une certaine volatilité des prix, [l’économie russe] n’en souffrira pas tant que ça. Nous réduirons la production, mais nous obtiendrons tout de même les prix que nous souhaitons », a déclaré M. Poutine lors d’une conférence sur l’énergie suivie par Reuters.

L’UE compte également investir dans la transition vers les énergies renouvelables dans la région afin de pallier les besoins en ressources naturelles.

Promouvoir la coopération internationale dans la région

Un des leitmotive de la nouvelle stratégie est de promouvoir la coopération entre les différents acteurs présents dans une région qui attire de plus en plus.

Les températures augmentant, la banquise arctique recule année après année, laissant apparaître de nouvelles voies maritimes et de nouveaux accès aux ressources naturelles et aux minerais.

Quelques pays sont déjà en train d’exploiter ce nouveau passage du Nord-Ouest, moitié moins long que celui du canal de Suez. La Chine et la Russie investissent massivement dans cette route qui doit simplifier la livraison d’hydrocarbures à l’Asie du Sud-Est en reliant les océans Atlantique, Pacifique et Arctique.

« Ces évolutions montrent que l’Europe doit avoir une définition large de ses intérêts géopolitiques afin de promouvoir la stabilité, la sécurité et une coopération pacifique dans l’Arctique. »

Josep Borrell et Virginijus Sinkevičius
Le premier brise-glace de l’histoire conçu et fabriqué en Chine, le Xuelong 2, est mis à l’eau à Shanghai. (STR/AFP/Getty Images)

Pour faire entendre sa voix, l’UE compte sur les trois États membres (Norvège, Suède et Finlande) qui ont des territoires en Arctique ainsi que sur sa participation dans plusieurs instances régionales, dont le Conseil de l’Arctique, le Conseil euroarctique de la mer de Barents et la « Dimension septentrionale ».

L’UE prévoit également d’ouvrir un bureau à Nuuk, la capitale du Groenland, comme l’ont fait les États-Unis l’année dernière, afin de renforcer sa présence dans la région.

Enfin, une autre priorité régionale de l’Union européenne est l’inclusion sociale.

« Les défis qui se posent aux Autochtones éleveurs de rennes ne s’arrêtent pas aux frontières nationales », écrivent les auteurs, qui veulent mettre en avant la voix des Autochtones, des jeunes et des femmes dans la région.

Le document doit maintenant être approuvé par les 27 États membres s’il veut entrer en vigueur.

Mathiew Leiser, Regard sur l'Arctique

Né dans le sud de la France d'une mère anglaise et d'un père français, Mathiew Leiser a parcouru le monde dès son plus jeune âge. Après des études de journalisme international à Londres, il a rapidement acquis différentes compétences journalistiques en travaillant comme journaliste indépendant dans divers médias. De la BBC à l'Agence France Presse en passant par l'agence d'UGC Newsflare, Mathiew a acquis de l'expérience dans différents domaines du journalisme. En 2019, il décide de s'installer à Montréal pour affronter les hivers rigoureux et profiter des beaux étés mais surtout développer son journalisme. Il a rapidement intégré Radio Canada International où il s'efforce de donner le meilleur de lui-même au sein des différentes équipes.

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