Un guide pour la collaboration avec les Autochtones dans le cinéma présenté dans le Nord canadien

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Table ronde sur la réconciliation par le cinéma. (Nicolas Servel/L’Aquilon)
Êtes-vous la bonne personne pour raconter une histoire portant sur les peuples des Premières Nations, les Métis ou les Inuits? Et si vous êtes convaincu que c’est le cas, comment le faire en respectant des concepts simples d’équité et d’honnêteté et en cultivant des relations respectueuses avec vos collaborateurs autochtones?

Protocoles et chemins cinématographiques : un guide de production médiatique pour la collaboration avec les communautés, cultures, concepts et histoires des peuples des Premières nations, Métis, et Inuit, est désormais là pour vous aider à répondre à ces questions.

Signé Marcia Nickerson et publié en mai 2019 pour le compte du festival ImagineNative, ce protocole a été présenté à Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, le dimanche 10 novembre, à une cinquantaine de professionnels et amateurs de l’industrie cinématographique, en marge du festival international de films de Yellowknife.

Une table ronde, qui a donné l’occasion à Jesse Wente, directeur du Bureau de l’écran autochtone, et à Marie Clements, réalisatrice du film Red Snow, de commenter et d’expliquer certains éléments du document et d’apporter des perspectives concrètes quant à sa raison d’être, sous la modération d’Amos Scott, agent du bureau du cinéma des TNO.

À l’origine, des relations biaisées

« Au cours de l’histoire du cinéma, la vaste majorité des productions portant sur les Autochtones ont été faites par des non-Autochtones », lance Jesse Wente. Les tromperies des traités, les pensionnats indiens et le génocide culturel qui en a découlé ont laissé leurs stigmates sur les peuples autochtones.

Et si les productions cinématographiques faites par les Blancs ont peut-être de bonnes intentions, elles sont souvent vues par les sujets traités comme une autre forme de colonisation; parce que les personnages et les problématiques vécues sont caricaturés, que les histoires sont déformées. Cela conduit à une mauvaise représentation de la culture et de l’identité autochtone.

La réappropriation de la trame narrative autochtone, définie par Wente comme la capacité d’une nation à conserver un contrôle sur les histoires qui les décrivent, est donc un élément central du document. Il vise également à rétablir une relation de confiance et de respect entre le Canada et ses communautés autochtones afin d’assister à une renaissance de la culture des premiers peuples, pour que l’identité canadienne, dit-il, puisse être représentée pleinement dans l’univers audiovisuel.

Selon Marie Clements, beaucoup de sacrifices ont été faits par les artistes autochtones des générations passées pour faire accepter leur voix et leur vision, pour changer les états d’esprit chez les producteurs, les organismes de financement ou du gouvernement.

« J’ai commencé à travailler sur Red Snow il y 9 ou 10 ans, et on me disait, il y a trop de personnes de couleurs à l’écran, il n’y a pas de vedette blanche, tu ne récolteras jamais les fonds nécessaires. Mais aujourd’hui, de plus en plus de projets voient le jour et quand on va au festival ImagineNative, on voit le talent qui est là et qui ne demande qu’à être produit », précise-t-elle.

« Le Canada, si on rassemble les budgets de Téléfilm Canada, du fonds canadien pour les médias, de CBC et de l’ONF, c’est grosso modo 565 millions de dollars par an pour faire respecter sa propre souveraineté culturelle, sans compter le conseil canadien pour les arts et les organismes de financement régionaux, de surenchérir Jesse Wente. Ils ont même une branche francophone et anglophone distincte pour chacun de ces services, parce que c’est inconcevable qu’un script français soit lu et jugé par un anglophone. Nous ne pouvons pas encore avoir cela et nous voulons être traités de manière égale. »

Un outil de réconciliation

Un tel document, ainsi que la mise en place d’un système de vérification, permettront d’empêcher que des fonds ne soient accaparés par les productions non autochtones lorsqu’il s’agit de raconter des histoires autochtones et d’assurer que des principes de réciprocités, notamment financières, mais aussi à travers des processus de mentorat ou de formation, soient mis en œuvre.

Protocole et chemins cinématographiques n’est pas un code ou un ensemble de règles à suivre à la ligne, mais plutôt une série de bonnes conduites à adopter, selon le stade d’avancement d’un projet, et qui implique ou qui porte sur l’identité autochtone autour de principes fondamentaux de consentement, de responsabilité, de réciprocité et d’honnêteté.

« Si le guide a été conçu pour l’industrie audiovisuelle non autochtone, les principes abordés s’appliquent également aux médias d’information », ajoute M. Wente.

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