Des phoques de l’Arctique sur les côtes de l’Irlande

L’organisme Seal Rescue Ireland a recueilli un phoque annelé (sur cette image) dimanche, une dizaine de jours après qu’il a été aperçu une première fois le long des côtes irlandaises. (Photo : Seal Rescue Ireland)
Deux espèces de phoques endémiques à l’Arctique et au nord de l’océan Atlantique ont récemment été trouvées au sud de la côte irlandaise, une découverte qu’un organisme venant en aide à ce type de mammifères marins associe aux changements climatiques.

« Les changements de courants marins vont de plus en plus perturber la migration d’espèces comme celles que nous avons découvertes », explique Melanie Croce, la directrice générale de l’organisme de sauvetage et de réadaptation de phoques Seal Rescue Ireland, qui a pris en charge l’un des deux mammifères.

Le premier animal – un phoque à crête – a été vu le 1er janvier à quelques kilomètres à l’ouest de la ville de Schull, dans la pointe sud de l’Irlande. « Comme il avait l’air en bonne santé, nous avons décidé de ne pas le prendre avec nous et d’évaluer son état de santé sur place, explique Melanie Croce. Il a par la suite regagné la mer, mais malheureusement, il est mort quelque temps après. »

L’organisme croit que l’animal aurait ingéré du sable, ce qui aurait causé son décès. « En Irlande, cela fait plusieurs fois que nous constatons la présence de sable dans l’alimentation de phoques à crête », indique-t-elle. Des chercheurs de l’University College Cork doivent effectuer une nécropsie de l’animal au cours du mois à venir pour déterminer la cause exacte de sa mort.

Au total, quatre autres phoques à crête ont été aperçus le long des côtes irlandaises depuis les vingt dernières années, mais un seul est resté en vie après avoir été rescapé, rapporte l’organisme.

« Les phoques à crête sont des espèces de l’Arctique, donc elles sont censées se trouver bien plus au Nord! »

Melanie Croce, directrice générale de l’organisme Seal Rescue Ireland

Il n’est pas rare de voir des phoques gris gagner les côtes irlandaises, mais peu d’espèces de phoques endémiques à l’Arctique y sont parvenues jusqu’à présent.

Une trentaine de latitudes plus au sud que la normale

Le 2 janvier, un phoque annelé a à son tour été repéré dans la région, cette fois dans le comté de Kerry, dans le sud-ouest de l’Irlande. « C’est le premier cas documenté de phoque annelé en Irlande », affirme-t-elle.

L’animal de 9,25 kg est toutefois retourné à l’eau avant que l’équipe de sauvetage ne parvienne à l’attraper. Contre toute attente, dimanche, le phoque annelé a resurgi à environ 180 kilomètres plus au Nord, dans le comté de Clare.

« Cette distance paraît importante, mais considérant la distance qu’a peut-être franchie l’animal, c’est en réalité très peu », indique la directrice générale de Seal Rescue Ireland.

(Note : cette carte montre l’emplacement approximatif où a été vu une deuxième fois le phoque annelé, dimanche.)

L’organisme tente de mieux comprendre les facteurs pouvant expliquer la découverte de ce mammifère marin à près d’une trentaine de degrés de latitude plus au sud que la normale.

« La saison habituelle de mise bas est entre avril et mars, donc si cette femelle était née durant cette période, elle aurait aujourd’hui 9 mois et serait beaucoup plus grosse, croit-elle. Donc il se peut qu’elle soit née en dehors de la saison de mise bas. »

Bouleversements des courants marins

Melanie Croce et son équipe ignorent toutefois si le phoque annelé a véritablement parcouru des milliers de kilomètres vers le sud pour aboutir en Irlande.

Sa petite taille leur laisse penser qu’il aurait même pu naître dans la région. Un constat qui, s’il s’avère véridique, pourrait montrer quelles conséquences les changements climatiques ont sur cette espèce de phoques.

Selon Seal Rescue Ireland, les phoques annelés mesurent en moyenne de 60 à 65 cm à la naissance et pèsent entre 4,5 et 5 kg. Celui qui a été recueilli le 2 janvier était toutefois plus petit que la normale. (Photo : Seal Rescue Ireland)

« Le fait d’avoir trouvé deux espèces arctiques consécutivement est vraiment étrange, pense-t-elle. Nous pensons que le courant, un processus très complexe qui dépend de la température et du taux de salinité, serait peut-être en cause. »

« Avec les changements climatiques, la hausse de la température des océans et la fonte des glaces vont continuer d’altérer la température et le taux de salinité des océans, ce qui va inévitablement causer des situations similaires. »

Melanie Croce, directrice générale de l’organisme Seal Rescue Ireland

L’organisme s’attend à ce que les situations survenues plus tôt ce mois-ci se multiplient au cours des prochaines années. « C’est une conséquence inévitable des changements de courants marins », déplore Melanie Croce.

L’équipe travaille actuellement avec deux organismes, l’Alaska SeaLife Center et le Centre de réhabilitation et de recherche de phoques de Pieterburen, aux Pays-Bas, pour déterminer le lieu et le moment le plus adéquat pour relâcher le phoque annelé.

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