COVID-19 : une visite non désirée d’un couple québécois dans le nord-ouest canadien

Old Crow, au Yukon. (Heather Avery/Radio-Canada)
Ils ont ouvert une carte du monde et choisi le village le plus septentrional du Yukon. Un jeune couple de Montréalais a parcouru 4500 km jusqu’à la communauté autochtone d’Old Crow pour fuir la COVID-19. Le chef de la Première Nation s’inquiète pour la santé de ses membres, particulièrement vulnérables à la propagation du virus.

Vendredi dernier, Sara Brokeri et Tristan Dembe ont débarqué du petit avion, seul moyen de se rendre à la communauté de 250 habitants située à 200 km au nord du cercle polaire.

Les habitants de la Première Nation des Gwitchin Vuntut ont été surpris de les voir arriver en pantalons de jogging, en veste et sans gants. Un membre de la communauté, « agent d’urgence » en temps de pandémie, a accompagné les deux Montréalais jusqu’à une coopérative qui abrite deux chambres pour les visiteurs.

« Ils ne savaient pas où ils allaient aller », raconte le chef de la Première Nation, Dana Tizya Tramm, qui a été immédiatement alerté de la situation.

Le couple dans la vingtaine semblait avoir une peur maladive du virus et des mesures de confinement, estime le chef. « Ils pensaient qu’il y aurait des chars de l’armée qui allaient rouler dans la rue chez eux. Ils ont choisi Old Crow sur la carte et ont pensé que ce serait l’endroit le plus sûr », ajoute-t-il.

Les parents de Sara Brokeri sont sans nouvelle de leur fille depuis des mois. La jeune femme de 21 ans était étudiante en théâtre au collège Dawson, à Montréal, avant de quitter le nid familial et commencer une relation avec M. Dembe.

« Il devait y avoir une grande dose d’ignorance de leur part quand ils ont décidé d’aller là-bas », a affirmé lundi sa mère, Marinela Brokeri, à Espaces autochtones. Elle se dit « sincèrement sous le choc ».

Crise du logement

Le jeune couple aurait vendu tous ses biens pour se rendre à Old Crow et s’y installer. Ils n’y sont restés finalement que deux jours, confinés, sur instruction du gouvernement local. Ils sont repartis vers Whitehorse dimanche sur un vol de la compagnie Air North.

« Je les ai informés de la réalité, qu’ils mettaient la santé de la communauté en danger et la leur aussi. Ici, nous avons une infirmière, quelques officiers de la GRC, mais c’est tout », affirme le chef Dana Tizya Tramm, qui dénonce une vision « romancée » des territoires du Nord.

Old Crow, comme une grande partie des communautés autochtones, fait face à une crise du logement, ce qui rend sa population particulièrement vulnérable à la propagation de virus.

« Nous n’avons pas de logement, même pour nos propres bénéficiaires. En ces temps de crise, nous avons fermé notre gouvernement et ralenti la construction », souligne le chef.

Sur Twitter, l’avocat Kris Statnyk, de la Première Nation Vuntut Gwitchin, s’indigne de la situation.

« En tant que communauté nordique éloignée [qui a enduré] 300 ans de colonialisme et un héritage de sous-financement flagrant des infrastructures et des services essentiels, notre communauté est plus à risque de conséquences graves de la COVID-19. Ne la visitez pas et n’y cherchez pas refuge », écrivait-il dimanche.

« J’ai peur que ce soit le début d’une ruée vers le nord », s’inquiète pour sa part le chef Dana Tizya Tramm.

Vendredi, le jour où le couple montréalais débarquait à Old Crow, le gouvernement du Yukon a déclaré l’état d’urgence dans l’ensemble du territoire.

La même journée, la Première Nation des Gwitchin Vuntut annonçait que toute personne voulant entrer dans la communauté devait s’auto-isoler pendant deux semaines à Whitehorse.

Dans le nord du Québec, les autorités du Nunavik ont décrété un couvre-feu pour éviter la propagation du coronavirus après qu’un premier cas eut été déclaré positif samedi, à Salluit.

Laurence Niosi, Radio-Canada

Laurence Niosi, Radio-Canada

Pour d’autres nouvelles sur les Autochtones au Canada, visitez le site d’Espaces autochtones.

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