Pressions pour que les Autochtones canadiens supervisent les pratiques policières

Des femmes des Premières Nations portant des masques faciaux et des boucliers tambourinent lors d’une cérémonie de guérison sur la place publique en l’honneur de Chantel Moore à Edmundston, Nouveau-Brunswick, le samedi 13 juin 2020. Moore était une femme indigène de 26 ans qui a été tuée par balle par la police à Edmundston le 4 juin. (Stephen MacGillivray/La Presse canadienne)
Michèle Audette, ancienne commissaire à l’Enquête nationale canadienne sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, juge qu’il est plus que temps de mettre sur pied des groupes civils autochtones pour superviser les pratiques policières au pays.

Pendant trois ans, elle a écouté les témoignages de familles et de femmes autochtones victimes de crimes qui n’ont pas su vers qui se tourner lorsqu’elles estimaient que la police était la cause des préjudices qu’elles subissaient.

Or, dans le rapport final d’enquête remis au gouvernement canadien l’an dernier et qui comprenait 231 propositions de réforme, plusieurs d’entre elles concernaient une réforme des forces policières et une meilleure supervision de leurs actions.

Le rapport exhortait spécifiquement les gouvernements du pays à créer des organes civils autochtones dans toutes les régions pour superviser les enquêtes policières lorsqu’elles touchent des membres des communautés autochtones. Or, il ne s’est rien passé depuis, dénonce Michèle Audette.

Des tragédies similaires récentes au pays illustrent à ses yeux un problème étendu de discrimination systémique au pays et la nécessité que des Autochtones puissent surveiller le déroulement de certaines enquêtes concernant l’un des leurs.

« Même si vous êtes une bonne personne, c’est la structure, la culture et la discrimination systémique ou le racisme. Brisons ce cycle en ayant un organisme civil ».Michèle Audette
Michèle Audette estime que le vent tourne dans le contexte des manifestations réclamant une réforme des pratiques policières tant aux États-Unis qu’au Canada dans la foulée notamment de la mort de George Floyd au Minnesota le printemps dernier. (Association des femmes autochtones du Canada)
Réponse de ministères responsables

En réaction aux propos de l’ex-commissaire Michèle Audette, un porte-parole du ministère canadien de la Sécurité publique affirme qu’il y avait eu depuis la publication du rapport d’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées des réunions avec des dirigeants autochtones au sujet des pratiques des services de police.

Selon ce porte-parole, on peut s’attendre à ce que des questions sur la surveillance efficace de la police par des civils et la relation entre la population autochtone du Canada et les services de police fassent l’objet d’autres discussions. Les mesures pour corriger la situation devront être soigneusement évaluées au fur et à mesure des discussions, explique Tim Warmington dans un courriel.

Ian McLeod, un porte-parole du ministère fédéral de la Justice, indique pour sa part qu’il ne peut pas parler spécifiquement des mesures de surveillance concernant les agissements de la police, mais il admet qu’il y a beaucoup de travail à faire en ce qui concerne le soutien aux peuples autochtones.

Cette photo du 10 mars 2020 montre le visage ensanglanté du chef de la Première Nation Athabasca Chipewyan, Allan Adam, après une confrontation avec la Gendarmerie royale du Canada. Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a déclaré que la vidéo de la police à l’aide d’une caméra de tableau de bord est choquante et n’est pas un incident isolé. (Allan Adam/La Presse canadienne)
Un incident qui a fait le tour du pays

Une vidéo de 12 minutes de l’arrestation du chef Allan Adam filmée en mars dernier, en Alberta, par la caméra d’une auto-patrouille de la Gendarmerie royale du Canada, montrait un policier jetant au sol sans avertissement le dirigeant autochtone puis lui donner un coup de poing à la tête et se mettre à lui serrer le coup.

Lors d’une conférence de presse, ce chef de la Première Nation Chipewyan d’Athabasca, dans le nord-est de l’Alberta, avait dénoncé le fait que des agents de la GRC l’avaient agressé violemment dans un stationnement de la ville pétrolière de Fort McMurray avec comme preuve une image agrandie de ses blessures au visage.

En juin dernier, la vidéo obtenue par CBC News venait confirmer ses dires et conforter la thèse que le comportement des policiers était lié au racisme systémique.

La vidéo a été versée au dossier public du tribunal dans le cadre d’une requête visant à faire suspendre les accusations contre Adam.

Les accusations contre le chef autochtone ont été retirées depuis, mais l’affaire a causé d’importants remous au pays.

Stéphane Parent, Radio Canada International

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