L’identification des Autochtones dans les communiqués de la police fédérale suscite l’inquiétude

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, se dit troublé que les Autochtones du Labrador sont vraisemblablement surreprésentés parmi les accusés identifiés dans les communiqués de la GRC. (Colleen Connors/CBC)
Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador se dit frustré par les révélations d’une analyse de CBC qui a montré que les Autochtones sont surreprésentés parmi les accusés identifiés dans les communiqués de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), une pratique dénoncée par plusieurs Innus et Inuit.
« Je trouve ça très troublant. J’ai parlé au ministère de la Justice et de la Sécurité publique, et on travaille avec la GRC, qui prépare sa propre analyse. »Dwight Ball, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador

CBC a étudié du 1er mai au 24 juillet un total de 85 communiqués annonçant des accusations pour plusieurs crimes, dont conduite avec facultés affaiblies, agression, agression sexuelle et vol.

Parmi ces communiqués, huit relatent des crimes qui ont eu lieu dans des communautés autochtones. Dans 7 cas sur 8 (soit 88 % du temps), l’accusé a été identifié.

Dans les autres 77 communiqués, l’accusé n’a été identifié que 20 % du temps.

Au total, 27 communiqués ont nommé l’accusé et plus du quart d’entre eux identifiaient des Autochtones du Labrador, alors que ces derniers ne constituent que 8,9 % de la population totale de Terre-Neuve-et-Labrador, selon le recensement de 2016.

« Nous allons travailler avec les groupes autochtones, avec la police et avec le ministère [de la Justice] pour nous assurer d’améliorer la situation, si ces chiffres sont bel et bien corrects.»Dwight Ball, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador
Frustrations au Labrador

Plusieurs personnes interviewées par CBC ont fait part de leur frustration quant aux communiqués de la GRC.

« Tout le monde connaît votre nom et c’est plus facile pour les non-Autochtones de nous juger », a relaté Jodie Ashini, membre de la communauté innue de Sheshatshiu et l’une des premières personnes à poser des questions à la GRC à ce sujet sur les réseaux sociaux.

Jodie Ashini, membre de la Première Nation de Sheshatshiu, estime que les Autochtones sont injustement identifiés plus souvent que les autres accusés dans les communiqués de la GRC. (Photo : Gracieuseté)

L’avocat Mark Gruchy a rappelé que l’échantillon de l’analyse de CBC est relativement petit, mais a ajouté que le pourcentage d’Autochtones nommés dans les communiqués de la police demeure élevé et semble disproportionné.

La GRC sur la défensive

La caporale Jolene Garland, porte-parole du corps policier à Terre-Neuve-et-Labrador, affirme que la GRC ne fait pas d’effort pour cibler les Autochtones.

« Le genre, l’origine ethnique et les lieux où des crimes sont commis n’entrent pas en jeu au moment d’identifier des personnes.. »Caporale Jolene Garland, porte-parole de la GRC
La race d’une personne accusée n’est pas un facteur qui détermine si elle est identifiée publiquement, assure la caporale Jolene Garland, porte-parole de la GRC à Terre-Neuve-et-Labrador. (CBC)

Le seul facteur dont les policiers tiennent compte est le dépôt d’accusations en cour, dit-elle. En l’absence d’accusation, l’identité de la personne n’est pas rendue publique. Mais si une accusation est portée contre une personne, son identité est précisée dans le communiqué, ajoute-t-elle.

La caporale Garland précise que les policiers identifient les accusés, lorsque c’est possible, pour plusieurs raisons. En premier lieu, c’est une question de transparence et de rendre compte au public. L’identification des accusés maintient la confiance que le public accorde aux policiers, dit-elle.

C’est aussi un moyen de dissuader en général d’autres personnes qui songeraient à commettre un crime, indique la caporale Garland.

Ball ne présentera pas d’excuses aux anciens élèves des pensionnats

La semaine dernière, Dwight Ball a reconnu qu’il sera incapable de présenter des excuses au nom de la province aux survivants des pensionnats autochtones au Labrador avant qu’il quitte la politique. M. Ball avait promis de le faire en novembre 2017.

« Il faut le faire, mais il ne me reste pas assez de temps pour le faire en tant que premier ministre. »Dwight Ball

Il faut le faire, mais il ne me reste pas assez de temps pour le faire en tant que premier ministre, a-t-il indiqué vendredi dernier.

Selon le premier ministre, la province voulait initialement organiser un événement au Labrador en mars dernier et ensuite en juillet. Ces plans ont été annulés en raison de la pandémie.

M. Ball assure que la décision de reporter les excuses a été prise en consultation avec les chefs des groupes autochtones.

Avec les informations de CBC

Radio-Canada

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